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Surenchère macabre
Publié dans L'observateur du Maroc le 08 - 05 - 2014


Le meurtre d'un étudiant à l'intérieur de l'enceinte universitaire est un événement grave en soi. Hanaoui est mort parce qu'il défendait des idées aux antipodes de celles de ses adversaires du jour. C'est un événement qui doit interpeller tous les démocrates. L'université est censée être un lieu démocratique où le débat d'idées est le plus ouvert. Malheureusement, les structures partisanes ont préféré l'instrumentalisation. Le PJD a déplacé tout son staff, en avion, pour les funérailles. Il réclame la loi du talion contre le groupuscule gauchiste accusé du meurtre. À gauche, des voix s'élèvent pour rappeler, à juste titre, que ce sont les intégristes qui ont introduit la violence à l'université, il y a de cela plus de trente ans. D'ailleurs, ce crime inadmissible est lié à un autre, celui de Ait El Jied, étudiant gauchiste jugé, condamné et égorgé par les islamistes. Cette instrumentalisation est mesquine, dangereuse. L'appel à la loi du talion ne laisse présager que d'autres violences. Pendant ce temps, on oublie l'essentiel. Nos universités, depuis que les Islamistes ont enterré l'UNEM, périclitent, parce que justement, il n'y a plus aucune vie d'étudiant. Le foisonnement intellectuel de la Faculté n'est plus qu'un rêve. Dans leur extrême majorité, les étudiants vont en classe, passent leurs examens, sans le moindre engagement collectif, ni le plus réduit des espaces de débat. Des groupuscules hyper-activistes, de gauche, les résidus d'Ila Al Amam, ou islamistes sous différentes appellations, ou encore amazighs ou séparatistes imposent régulièrement leurs vues par la violence. Au lieu de la surenchère macabre, la seule question qui importe, c'est comment sortir de ce cercle vicieux. Le retour de l'encadrement politique, par tous les courants acceptés en démocratie est une nécessité. Il n'est pas normal que 95% des étudiants se disent dépolitisés. Si l'on est d'accord que ce sont des futures élites du pays, un tel désintérêt pour la chose publique est une catastrophe. Il faut bien évidemment assurer la sécurité, c'est le rôle des pouvoirs publics. Cela n'est en aucun cas suffisant. Les structures partisanes doivent assumer leur rôle d'encadrement, revenir à l'université non seulement pour recruter, mais aussi pour s'enrichir au travers des débats à l'intérieur de ce qui, de tous temps, a constitué un laboratoire d'idées. En choisissant la victimisation, le PJD rend un très mauvais service au pays et finalement à lui-même. Il réduit le meurtre du jeune El Hasnaoui à une simple opposition contre les islamistes. Or, ce meurtre abject est le symptôme d'un désastre plus grand. De la même manière, ce n'est pas en rappelant les assassinats de Benjelloun, ou d'Aît el jied que l'on fait avancer la cause. Une famille d'Errachidia a envoyé son fils à l'université en quête d'un avenir meilleur, il a été assassiné. La seule attitude digne c'est de dire plus jamais ça et d'agir en conséquence. Jurer qu'il sera vengé, c'est promettre à d'autres familles de vivre le même drame. C'est irresponsable, indigne, peu respectueux des engagements démocratiques affichés ❚

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