Le gaspillage alimentaire au Maroc a atteint des proportions alarmantes. Selon le Conseil Economique, Social et Environnemental, chaque Marocain jette en moyenne 113 kilogrammes de nourriture par an. Un fléau qui coûte cher à l'économie, à l'environnement et aux plus vulnérables et qui appelle urgemment une réponse nationale coordonnée. En 2022, les ménages marocains ont mis à la poubelle pas moins de 4,2 millions de tonnes de denrées alimentaires, soit 113 kilogrammes par personne et par an. Un chiffre en hausse inquiétante par rapport aux 91 kilogrammes enregistrés en 2021, révèle Abdelkader Amara, président du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), lors d'une rencontre tenue mercredi 11 mars à Rabat, consacrée à la présentation des conclusions de l'avis du Conseil sur le thème : « Pertes et gaspillage alimentaires au Maroc : ampleur du phénomène et enjeux pour une intervention efficace». Gaspillage à tous les étages Ce gaspillage ne se limite pas aux cuisines et aux réfrigérateurs des foyers. Il s'étend en réalité sur toute la chaîne alimentaire, de la ferme à la table, comme l'explique Amara. Dans les premières étapes de production, récolte, stockage et transport, les pertes atteignent entre 20 et 40 %, particulièrement dans les filières des fruits, légumes et céréales. Plus loin dans la chaîne, c'est le comportement du consommateur qui prend le relais : achats excessifs, mauvaise conservation des aliments, invendus non valorisés... autant d'habitudes qui aggravent le bilan, déplore le CESE dans son avis. Un coût lourd Les conséquences de ce gaspillage sont multiples et profondes. Sur le plan économique, producteurs et distributeurs en paient directement le prix. « Sur le plan social, cette situation fragilise davantage les ménages à faibles revenus, en pesant sur la disponibilité et l'accessibilité des produits alimentaires », analyse Amara. Mais c'est aussi l'environnement qui en pâtit. Pour produire des aliments qui ne seront jamais consommés, le Maroc mobilise chaque année environ 1,6 milliard de mètres cubes d'eau. Une ressource déjà sous tension dans un pays confronté au stress hydrique, argumente président du CESE. À cela s'ajoutent les émissions de gaz à effet de serre et la pollution générées par la décomposition des déchets alimentaires. Ce que propose le CESE Si des efforts ont bien été engagés aussi bien du côté des institutions que du secteur privé, ils restent cependant éparpillés et peu coordonnés, déplore Amara. L'absence d'un cadre juridique dédié, d'une vision nationale cohérente et de mécanismes de suivi structurés empêche ces initiatives de produire un impact à la hauteur des enjeux. Face à ce constat, le CESE ne se contente pas de dresser un tableau sombre. Il formule des recommandations concrètes pour y remédier à commencer par une loi spécifique contre le gaspillage alimentaire et un mécanisme de gouvernance multi-acteurs pour fédérer les efforts. Le CESE recommande également la mise en place d'un observatoire national de suivi des pertes alimentaires et le développement des infrastructures de stockage et de transport ainsi que l'encouragement aux dons de surplus alimentaires. Dans ce même sens, le CESE appelle également au soutien des initiatives citoyennes de lutte contre le gaspillage. Autant de recommandations pour inscrire la lutte contre le gaspillage alimentaire au cœur d'une stratégie alimentaire nationale durable, au service de la souveraineté alimentaire du Maroc, de la préservation de ses ressources naturelles et d'une plus grande justice sociale.