À Tanger, le 1er avril 2026, AMP Maroc a réuni une partie des acteurs clés de l'industrie automobile autour d'un format inédit : le MajlissAutoTech Thermoplastiques. À mi-chemin entre forum technique et espace d'échange informel, l'événement ambitionne de structurer davantage un écosystème déjà en pleine maturité, tout en l'orientant vers les défis de la décarbonation et de la durabilité. Producteurs internationaux de référence – à l'image de SABIC Specialties, Mitsubishi Chemical Performance Polymers ou KPAC – transformateurs et donneurs d'ordres ont ainsi croisé leurs expertises autour des applications clés des plastiques techniques : pièces automobiles, câblerie, composants pour batteries électriques ou encore systèmes techniques. Un écosystème arrivé à maturité... et en transition Pour Amine Berrada, Country Manager d'AMP Maroc, cette première édition répond à un besoin structurel du secteur : créer du lien et accélérer la montée en gamme industrielle. « Nous avons souhaité créer un format différent, favorisant des échanges directs et concrets entre les acteurs de l'écosystème », explique-t-il. « Le secteur automobile marocain a atteint un certain degré de maturité, capable de rivaliser avec les écosystèmes européens ». Porté par les plateformes industrielles de Tanger et Kénitra, le secteur bénéficie aujourd'hui d'une organisation en chaîne bien structurée, du constructeur jusqu'au transformateur. Une dynamique qui, selon Berrada, doit désormais franchir un nouveau cap : celui de l'intégration technologique et environnementale. Décarbonation : Opportunité ou menace? Au cœur des échanges, un enjeu s'impose : la transition vers une industrie automobile bas carbone. Sous l'effet des normes européennes, l'ensemble de la chaîne de valeur est désormais appelée à intégrer des matériaux plus durables. « Nous sommes confrontés à des exigences croissantes en matière d'économie circulaire, avec l'intégration de matériaux recyclés, qu'ils soient mécaniques, chimiques ou biosourcés », souligne Amine Berrada. Une évolution qui ne relève plus de l'anticipation, mais d'une transformation déjà engagée : « Les industriels sont aujourd'hui sensibilisés, et même demandeurs de ces solutions ». Cette pression réglementaire agit ainsi comme un catalyseur d'innovation, poussant les acteurs à repenser leurs procédés et leurs choix de matériaux. De son côté Raphaël Gehrer, directeur de Polymix North Africa, estime que la décarbonation de l'automobile passera d'abord par l'innovation matière. « L'enjeu est de concevoir la voiture de demain en réduisant son empreinte carbone tout en conservant ses performances techniques », explique-t-il. Plusieurs leviers sont identifiés : l'utilisation de matériaux recyclés à faible empreinte carbone, le développement de polymères innovants et surtout, l'allègement des véhicules. « Réduire le poids des pièces permet de diminuer significativement les émissions. Cela passe par des matériaux à faible densité mais à haute performance mécanique », précise-t-il. Ces évolutions sont d'autant plus stratégiques qu'elles accompagnent la montée en puissance de l'électromobilité, où le poids et l'efficacité énergétique deviennent des critères déterminants. Dans ce contexte, le positionnement du Maroc se renforce. Déjà leader en Afrique du Nord, le Royaume s'impose progressivement comme une plateforme industrielle tournée vers les technologies de demain. « Le Maroc est aujourd'hui un acteur clé de l'automobile, aussi bien pour les véhicules actuels que pour ceux de demain », affirme Raphaël Gehrer, évoquant un écosystème structuré autour de grands constructeurs comme Renault et Stellantis. Au-delà de la performance industrielle, c'est toute une stratégie d'intégration euro-méditerranéenne qui se dessine. « Nous voulons promouvoir un "Made in Morocco, made with Europe", insiste Amine Berrada, soulignant l'interdépendance croissante entre les deux rives. Avec cette première édition du MajlissAutoTech, AMP Maroc pose les bases d'un nouveau rendez-vous pour l'industrie. L'ambition est d'accompagner la transformation d'un secteur déjà solide vers un modèle plus durable, innovant et intégré. À terme, ce format pourrait être décliné dans d'autres villes et élargi à d'autres secteurs stratégiques, à mesure que les enjeux de décarbonation s'imposent à l'ensemble du tissu industriel. Car au-delà des matériaux, c'est bien un changement de paradigme qui s'opère : celui d'une industrie où performance économique et responsabilité environnementale ne s'opposent plus, mais avancent désormais de concert.