Sur le stand de l'Association nationale des producteurs d'œufs (ANPO), l'affluence ne faiblit pas. Au cœur du Salon International de l'Agriculture au Maroc, la filière affiche ses performances et ses ambitions dans un contexte marqué par une demande intérieure en forte progression. « Aujourd'hui, le Maroc produit près de 25 millions d'œufs par jour, soit environ 7 milliards d'unités par an », explique le vice président de l'association nationale des producteurs d'œufs (ANPO), Mohamed Zaim. Une dynamique qui s'inscrit dans une tendance de long terme : la consommation annuelle par habitant est passée de 59 œufs dans les années 1960 à près de 199 aujourd'hui. Une progression qui reflète à la fois l'évolution des habitudes alimentaires et le rôle central de l'œuf dans le panier des ménages. « L'essentiel de la production nationale est consommé localement », précise-t-il, soulignant que seules 1 à 2 % des quantités sont exportées, principalement vers certains pays d'Afrique subsaharienne. Face à cette demande croissante, la filière anticipe déjà une montée en capacité. Des investissements sont en cours pour l'installation de nouvelles unités de production, avec l'objectif d'ajouter l'équivalent de 5 millions de poules pondeuses en 2026. À terme, la production quotidienne devrait atteindre 30 millions d'œufs. Cette montée en puissance vise à sécuriser l'approvisionnement du marché national, dans un contexte où l'œuf s'impose comme une source de protéines accessible. « C'est la protéine la moins chère sur le marché », insiste Mohamed Zaim, rappelant qu'un œuf apporte environ 6 grammes de protéines, à un coût nettement inférieur à celui de la viande rouge. Mais derrière cette dynamique, la filière reste confrontée à des contraintes structurelles. Le coût de production dépend largement des matières premières, en particulier de l'alimentation animale. « Près de 80 % du coût de revient de l'œuf provient de l'aliment de la poule », souligne-t-il, évoquant la dépendance aux importations de maïs, de soja ou encore de tournesol. Les tensions internationales récentes, qu'il s'agisse de crises géopolitiques ou de fluctuations des prix de l'énergie, ont ainsi un impact direct sur les coûts. Le transport maritime, essentiel pour l'acheminement des intrants, reste particulièrement sensible à ces évolutions. Malgré ces contraintes, la filière affirme avoir su préserver sa stabilité. « Nous disposons de stocks de sécurité et avons pu gérer les perturbations sans rupture d'approvisionnement », indique le vice-président de l'ANPO, soulignant l'appui des autorités et l'organisation du secteur. Structurée autour de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole, la filière bénéficie d'un cadre de gouvernance qui facilite la coordination entre les acteurs. L'objectif reste inchangé : garantir une production régulière, de qualité, et accessible au plus grand nombre. La filière vise désormais un cap stratégique : atteindre les 30 millions d'œufs par jour à la fin de l'année 2026 tout en structurant durablement son modèle face aux chocs exogènes.