Pendant que les péripéties médicales américaines de Johnny Hallyday jetaient un opaque voile sur les nombreuses préoccupations politiques françaises (presse écrite et médias audiovisuels ouvrant leurs éditions sur létat de santé de la star), le full art français perdait à petit feu un immense nom, un talent indéniable et un garçon orgueilleux enviable. Mano Solo, fils du gigantesque empêcheur de tourner en rond, le dessinateur aux frasques mémorables Cabu, sen est allé dimanche dernier après avoir souffert seul et pas en solo. Deux mois au lendemain de son passage à lOlympia parisien, cet ancien de lextravagant groupe Chihuahuas rend lâme à lissu de quelques anévrismes. Ses multiples souffrances, il les partageait à conte dauteur, celles dun jeune homme mordant à pleines dents dans la vie, jusquà cette mort où le sida a eu le dernier mot. Son humour décapant lui a fait collectionner trois disques dor. En 1997, sur lalbum «Je ne sais pas trop» (disque dor), il chantait de sa voix bouleversante : «Il marrive encore de pleurer sur mon sort, davoir peur de la mort, mais je suis vivant». Seule certitude aujourdhui, cest cette mort affligeante, contractée à 46 ans et des poussières. Né en avril 1963, Emmanuel Cabut a pour maman Isabelle Monin, lune des fondateurs de la revue écolo La Gueule Ouverte. Avec de tels parents, Mano ne pouvait prétendre à une carrière de trader. A 17 printemps, il fait dans le punk. En 1990, il chante au théâtre parisien du Tourtour ses propres textes. Trois années plus tard, il réalise «Marmaille nue», nom quil emprunte pour créer, quelques mois après, sa maison dédition. Parce que ce solo nombreux a peint, dessiné et écrit, entre 1995 et 1996, un recueil de poèmes et un roman. Le Tourtour, il y retourne en 1999 pour enregistrer en live «Internationale Shalala». Un set acoustique à deux guitares, la sienne et celle de Jean-Louis Solans. «Shalala» étant un cri du cur que Solo chantait dhabitude en communion avec son public. Les opus studio et live se succèdent et la verve est de plus en plus corsée. Mano Solo, les pieds sur terre, était aussi un militant intraitable, à travers des émissions de radio ou en montant des concerts de charité. Mano, un artiste fortement engagé, vient tristement de dégager.