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Festival : Khouribga accueille son premier navet
Publié dans L'opinion le 23 - 07 - 2021

C'est une histoire abracadabrantesque et grotesque qui vient, de nouveau, nous rappeler que la culture dans ce pays est boxée à l'envi, mise KO debout par de rampantes personnes. On vous en rend conte. En 1977, un détraqué du bulbe décide de créer un festival du cinéma africain, dit Rencontres des cinémas africains de Khouribga. Monté avec des bouts de ficelles, l'évènement prend progressivement forme, marque quelque pause et repart en passant les habits de Fondation.
Le festival, devenu pérenne, pousse sa folie à des débats mouvementés organisés à minuit. Le doux cinglé, à l'origine de cette macumba africaine, porte un nom sismique, aux répliques plus mouvementées que le tremblement de ses cils : Nour-Eddine Saïl. Cinéaste-philosophe, conférencier et écrivain, voix radio et décideur télé, directeur et président de prestigieuses maisons publiques ou privées, il rend l'âme le 15 décembre 2020, victime d'un virus dont on ne connait pas le visage. Aujourd'hui, sa mémoire est souillée par d'autres bacilles à multiples faciès, connus ceux-là.
La Fondation de son festival compte fatalement des membres. Parmi eux des cinéastes et autres artistes, mais également des élus de la ville. Ces derniers décident, quelque temps après le Grand voyage de Saïl, de solliciter sa veuve Nadia Larguet pour assurer une sorte d'intérim avant de décider d'un «repreneur» démocratiquement élu. Et vlan ! Le silence qui s'ensuit couve un brouhaha politique. Une Assemblée générale est programmée pour le 16 juillet, la majorité des membres étant notifiée par Whatsapp. Dans le lot des convives de cette distraction sournoisement organisée, deux réalisateurs et un écrivain non membres de la Fondation (Daoud Oulad Sayed, Hakim Balabbes, Hassan Najmi) et la star du perchoir, élu de la région (Bejaâd), le USFPéiste Habib El Malki. Dans la foulée, deux démissions tombent, celles du réalisateur Lahcen Zinoun et de la productrice Khadija Alami, tous deux membres réels de la dite Fondation.
Transparence et respect
L'Assemblée se solde par le choix d'El Malki qui concourait seul ! Nadia Larguet, avec esprit et cadence, dit : «Je n'ai absolument rien contre M. Habib El Malki. Je n'ai jamais pensé que la place me revenait. Quelle serait ma légitimité ? D'avoir été l'épouse de Nour-Eddine Saïl ? Cela ne suffit pas. Mais je regrette la façon dont les choses se sont déroulées. Pourquoi l'équipe de la Fondation me sollicite-t-elle pour assurer une éventuelle transition et ne m'avertit pas de la tenue d'une AG ? Je réclame simplement la transparence et le respect. Je suis triste pour Nour-Eddine, initiateur de ce festival unique, qui a toujours tout fait pour que son évènement reste indépendant, sans couleur politique, libre.»
De son Los Angeles où elle réside en intermittence avec Casablanca et Ouarzazate, Khadija Alami s'insurge : «Début mars, j'ai appelé pour qu'on se réunisse dans la perspective de discuter du devenir du festival. Mardi 13 juillet, je reçois une convocation pour une AG le vendredi 16/7 par Watsapp. Objet : nomination du nouveau président. Seulement, le nouveau président était déjà choisi et confirmé ! Je ne connais pas Monsieur El Malki. Je n'ai jamais eu le plaisir de le rencontrer dans aucune manifestation cinématographique. J'aurais apprécié qu'on nous tienne au moins informés sur le choix fait et son pourquoi au lieu de prendre la voie du fait accompli. Personnellement, je pensais à quelqu'un de plus proche de feu Saïl, qui partagerait sa vision du festival et du cinéma africain. J'aurais également imaginé une nomination transitoire qui renflouerait les caisses et payer les arriérés tout en cherchant (et pourquoi pas) un cinéaste africain du Burkina (FESPACO), du Sénégal ou autre pour prendre la relève et garder l'africanité du festival. En réalité, je ne connais au Maroc personne d'autre que Nour-Eddine Saïl capable de cerner le cinéma africain.»
Membre pas marionnette
Pour les caisses et leur anorexie, El Malki assure un rapide embonpoint. Ce que nous confirme le réalisateur Hassan Benjelloun, votant pour la candidature unique du parlementaire de 76 ans : «Oui, j'ai voté pour lui. A son élection, il a promis que le trou financier sera rapidement comblé et qu'il restera loin de toute implication cinématographique. Et arrêtons de dire qu'un festival est apolitique. Tous les festivals baignent dans la politique. Khouribga aussi, puisque des élus siègent dans la Fondation.» Ceux-là même qui ont fait dans la l'approche électorale.
Le premier démissionnaire, suite à cette incroyable cabale contre l'expression libre et l'art malaxant les différentes sensibilités d'un Continent, est Lahcen Zinoun, danseur- chorégraphe de son état et réalisateur inspiré : «J'ai eu mi-juin Azeddine Gourirran, membre du bureau du festival, pour éventuellement provoquer une réunion, mais rien n'a été fait. Le 6 juillet, je reçois une missive me demandant d'élire un président déjà choisi. Je ne suis pas une marionnette. J'ai donné ma démission en tant que directeur artistique du Festival. Ceci par respect pour mon défunt ami et maître Nour-Eddine Saïl. Cette décision était profondément réfléchie. Ajouter à cela le fait que je n'ai jamais eu l'ambition de remplacer notre regretté ami. Par respect à son âme, j'ai choisi de me retirer.»
Mais Hassan Benjelloun voit et entend les choses autrement : «Je ne connais pas Khadija Alami, je ne l'ai jamais croisée au sein de la Fondation. Elle et Lahcen Zinoun ont choisi la politique de la chaise vide. Ce qui m'attriste. Le poste de directeur du Festival est vacant. Ils auraient été là, ils se seraient présentés pour ce poste, on aurait peut-être choisi l'un des deux pour la fonction. » Cher Nour-Eddine, ne te retourne pas dans ta tombe, ne crains pas non plus les trous d'air. Pour toi, le ciel se terre.

A. H.


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