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Santé mentale: Aït Taleb face au manque alarmant de professionnels
Publié dans L'opinion le 10 - 01 - 2024

Le Maroc connaît un énorme déficit concernant le nombre de psychologues et de psychiatres exerçant dans le secteur. Un constat affligeant, admet le ministre de la Santé et de la Protection Sociale, Khalid Ait Taleb, lors de son intervention, mardi 9 janvier, à la Chambre des Conseillers.
Les psychologues et les psychiatres sont encore en sous-effectif au Maroc. Difficultés à recruter ces spécialistes, à les garder, à leur donner les moyens de repérer les maux des Marocains. Résultat : le système craque de partout, les besoins en santé mentale sont aussi immenses.

Chiffre éloquent : moins de 2644 spécialistes en santé mentale
Ce déséquilibre est exacerbé par le fait que « le Royaume ne compte actuellement que 418 médecins, 171 d'entre eux exercent dans le secteur public tandis que 247 travaillent dans le privé, en plus de 47 pédopsychiatres, 1460 infirmiers spécialisés et 719 assistants sociaux dans le secteur public », a précisé Khalid Ait Taleb.
En 2022, le Maroc disposait de pas moins de 343 psychiatres et 214 psychologues, dont 200 œuvrant dans le secteur privé, 1.335 infirmiers psychiatriques, 16 pédopsychiatres, 14 assistants sociaux, 64 médecins formés à la prise en charge des addictions, 197 orthophonistes et 36 psychomotriciens.
Ceci étant dit, deux constats s'imposent : la pénurie s'étend désormais de plus en plus, l'exode des professionnels vers le secteur privé s'accélère aussi. Cette tendance n'est pas près de s'inverser, bien au contraire.
Parallèlement, le Royaume enregistre une hausse inquiétante des maladies et troubles mentaux. Ainsi, près de 48,9% des Marocains âgés de plus de 15 ans ont déjà connu des signes de troubles mentaux et psychiques, selon le dernier rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental de 2022.En outre, 26% des Marocains ont également souffert de dépression, 9% des Marocains souffrent d'anxiété au cours de leur vie, tandis que 5,6% de troubles mentaux et 1% de schizophrénie. Conséquence : le coût des soins pour ces maladies est plutôt élevé sans oublier que l'accès reste très limité pour la population.
Pire, bénéficier des soins demeure encore plus critique si l'on se réfère aux dernières statistiques publiées par le Conseil National des Droits de l'Homme (CNDH), dans son rapport annuel 2021. Ce dernier fait état d'une situation inquiétante dans les hôpitaux de santé mentale marocains, dont la capacité d'accueil est de 2.136 lits seulement pour 150.000 personnes souffrant de maladies mentales. Un chiffre en croissance depuis 2016, puisqu'en quatre ans, le Maroc a compté 50.000 nouvelles personnes atteintes de troubles mentaux, selon l'estimation communiquée à cet effet. Devant cette grave carence, le résultat est clair : la détresse s'accumule et les problèmes se « chronicisent ».
Pour s'attaquer à la source du problème, le professeur Khalid Ait Taleb a énuméré plusieurs raisons derrière ces faits et ces chiffres. Dans ce sens, a-t-il dit, « cette spécialité très convoitée aux Etats-Unis, souvent choisie comme premier choix de carrière, n'attire plus les foules au Maroc, en raison des salaires peu compétitifs et beaucoup de contraintes ». Autrement dit, « les étudiants sont découragés d'exercer un métier pareil au Maroc, faute d'incitations ».
« Pour créer une révolution dans le secteur de la santé mentale, il faut mettre en place des mesures incitatives, afin que la spécialité attire plus de personnes, comme c'est le cas de certains pays », a-t-il suggéré.
Le ministre a affirmé, par ailleurs, qu'une révision de la loi sur la santé mentale est en vue, afin de permettre un accès plus facile des psychologues à la Fonction publique. Ainsi, « malgré les efforts et les investissements sur les infrastructures, cela reste insuffisant tant que les ressources humaines manquent », a conclu le responsable.


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