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Interview-Jean-Claude Barny : « La parole de Fanon est aujourd'hui d'une nécessité absolue »
Publié dans L'opinion le 30 - 12 - 2024

À travers son dernier film « Fanon », Jean-Claude Barny met en lumière l'héritage et les combats de Frantz Fanon, figure incontournable de l'anticolonialisme. Le réalisateur partage sa vision sur l'urgence de transmettre ce message à une époque marquée par la division et la discrimination. Interview.
* Pourquoi avez-vous choisi de consacrer un film à Frantz Fanon ? Qu'est-ce qui vous a personnellement marqué dans son parcours ou ses idées ?
Dans le contexte actuel, où tout semble se dégrader autour de nous, il me semblait indispensable de montrer que le cinéma pouvait, lui aussi, résonner avec son époque. Les musiciens le font, les écrivains également, alors pourquoi pas les cinéastes ? Cela fait plus de trente ans que je constate l'effritement de nos sociétés. En tant qu'amoureux du cinéma, je me devais de participer à ce combat que d'autres mènent dans leur domaine.
Pour moi, Frantz Fanon est une figure symbolique incontournable. Il incarne la lutte contre l'anticolonialisme, le racisme et les discriminations. C'est un homme qui a travaillé de manière scientifique, dont les ouvrages sont reconnus mondialement. Pourtant, il a été ostracisé et effacé de la mémoire collective en France. Cela m'a donné encore plus de motivation pour lui redonner la place qu'il mérite. Sa parole est aujourd'hui d'une nécessité absolue.

* Faire un film sur Fanon, est-ce uniquement raconter sa vie ou aussi transmettre un message plus large ?
Faire un film sur Fanon, ce n'est pas seulement raconter sa vie, mais aussi aborder la misère et les discriminations que nous vivons encore. Il y a un mot clé dans ce film : la peur. Je l'ai ressentie moi-même en France, même si j'ai grandi dans un environnement cosmopolite et tolérant. Dans les années 1990, mes meilleurs amis étaient d'origines diverses : marocaine, algérienne, subsaharienne, italienne, byzantine. Nous partagions un amour sincère pour nos cultures respectives. Mais cette harmonie a été brisée par des forces qui cherchaient à diviser plutôt qu'à rassembler.
C'est dans ce contexte que j'ai décidé de faire des films, d'abord pour réagir à ce climat de division, puis, avec le temps, pour aller plus loin dans la réflexion. Avec Fanon, il ne s'agissait pas de produire une œuvre fragile. Il fallait frapper fort, toucher les consciences, et atteindre le niveau de maturité et de lucidité qu'exige notre époque. Aujourd'hui, je veux que ce film résonne avec ta génération, plus avertie que la mienne, pour qu'elle puisse s'approprier ces combats et les porter encore plus loin.

* Votre production raconte une Histoire marquante du passé, mais il est projeté à une audience jeune et actuelle. Comment avez-vous trouvé l'équilibre entre la mémoire historique et la résonance contemporaine ?
Trouver cet équilibre est au cœur du travail cinématographique. En tant que cinéaste, je ne me contente pas de raconter une histoire : je mets en scène, je joue avec les lumières, les cadres, les costumes et les effets. Le cinéma est une discipline artistique à part entière, qui exige une sensibilité particulière pour toucher les spectateurs.
Pour moi, chaque film est une forme de langage, un échange entre le réalisateur et son public. J'intègre dans mes œuvres tout ce que je suis en tant qu'être humain, tout ce que je partage avec ma famille, mes amis, et même avec des inconnus. Le cinéma devient ainsi un outil presque pédagogique, qui invite le spectateur à réfléchir, à interagir avec ce qu'il voit à l'écran.
Je cherche à briser le quatrième mur de manière subtile, à inclure le spectateur dans certaines scènes sans jamais lui imposer un discours. L'objectif est de l'accompagner dans sa propre réflexion, de l'inviter à se questionner plutôt qu'à lui dicter des réponses. Ce n'est pas une injonction, mais une proposition.
J'ai voulu concevoir ce film pour une audience exigeante et sensible, des personnes capables d'aller au-delà des images pour en extraire une compréhension plus profonde. Ce sont ces esprits curieux, brillants, qui propagent l'intérêt pour un film. Ils en discutent avec d'autres, partagent leurs impressions et permettent à l'œuvre de résonner au-delà de la salle de cinéma.
Quand on parle de l'histoire de quelqu'un comme Frantz Fanon, il faut viser haut. Ce film s'adresse à ceux qui savent décoder les messages, comme on lirait une matrice complexe. Ce sont eux qui enrichiront la discussion, qui ouvriront de nouvelles pistes de réflexion, et, au bout du compte, qui feront vivre l'héritage que je m'efforce de transmettre à travers cette œuvre.
* Votre film explore une facette intime de la vie de Fanon. Comment avez-vous équilibré cet aspect personnel avec son engagement politique et philosophique ?
La matière de mon film, c'était avant tout la psychiatrie. Entre la philosophie et l'esprit, il y a un point commun : la psyché humaine. Mon approche part toujours de la pensée humaine, de ce que nous sommes dans une situation d'échange, qu'il s'agisse d'un traumatisme ou d'une dynamique colon-colonisé. Ces interactions sont régies par des codes qui, dans les années 1950 en Algérie, reflétaient des rapports de domination imposés par l'Etat.
Frantz Fanon s'opposait à ces structures. Il considérait que le colonisé et le colon étaient tous deux pris dans un cycle de « désamour ». Son ambition était de rassembler ces deux figures, et c'est précisément cet esprit que j'ai voulu transmettre dans mon film. Avec mes collaborateurs, Philippe Bernard et Sébastien Onomo, nous avons cherché à décrypter visuellement la pensée de Fanon. L'idée était de rendre cette philosophie palpable, de la traduire en images.

* Vous mentionnez un travail important sur l'immersion sonore. Quel rôle la musique joue-t-elle dans votre oeuvre ?
La musique a été essentielle pour ce projet. Je voulais qu'elle agisse comme un guide émotionnel, qu'elle hypnotise le public à des moments clés. À chaque instant où la pensée de Fanon doit s'imposer, la musique entre en jeu, capturant l'attention et amplifiant l'intensité de l'expérience. Elle a été conçue comme un outil pour ouvrir les yeux et les oreilles des spectateurs, pour les plonger dans une atmosphère où chaque détail compte.
L'aspect sonore, c'est comme une peinture. Je voulais peindre des tableaux avec des sonorités, comme les images de la mangrove ou des couleurs rougeâtres qui symbolisent des émotions et des luttes. Cette immersion sonore permet aux spectateurs de ressentir autant qu'ils comprennent.

* Vous évoquez aussi un voyage dans le temps. Comment avez-vous réussi à recréer l'atmosphère de l'Algérie des années 1950 ?
Mon ambition était de projeter les spectateurs dans une véritable expérience temporelle. Tout devait être conforme à l'époque : les décors, les costumes, les gestes, chaque détail visuel. C'est comme dans des œuvres telles que Dune ou Star Wars, où tout l'univers semble cohérent et immersif.
Ici, nous sommes en 1955, à Bida, et tout dans le film reflète cette période. Mais au-delà du réalisme historique, il y a une leçon à tirer pour notre époque. Si nous ne faisons pas attention, les erreurs et traumatismes du passé, comme ceux de la guerre d'Algérie, pourraient se reproduire sous d'autres formes.
Unir ces dimensions était précisément le cœur de mon travail. Fanon était convaincu que l'identité et les émotions sont indissociables de la communication et des rapports humains. Mon film s'efforce de montrer que ces éléments, bien que parfois intangibles, définissent nos interactions et notre manière d'appréhender le monde.
* Comment avez-vous réussi à aborder toutes ces thématiques engagées de manière équilibrée, sans risquer de bouleverser ou de diviser les spectateurs ?
Pour arriver à cet équilibre, il faut avant tout se rappeler qu'on fait du cinéma. Si on se met à penser comme un politicien, c'est terminé. On prend alors un parti pris, et les spectateurs auront une vision tranchée, voire clivante, de l'œuvre.
Mais je peux vous assurer que mon film n'est pas clivant. Il est authentique, sincère. Si quelqu'un ne l'apprécie pas, c'est peut-être qu'il a le cœur froid. Je le dis sans détour : ce film est conçu pour toucher les consciences, mais sans brutalité.
Le secret, c'est de rester fidèle à son métier de cinéaste. Comme un musicien de hip-hop qui enrobe des paroles parfois dures avec des beats et un flow captivant, nous, réalisateurs, devons « enrober » nos thématiques avec l'esthétique du cinéma. Cela passe par des choix précis : des lumières travaillées, des cadrages réfléchis, et des comédiens qui captivent le regard.
Prenons l'exemple du comédien qui interprète le personnage principal : c'est un acteur charismatique, imposant, presque séduisant dans sa présence. Ce type de choix permet de rendre le message plus accessible et moins brutal. Car si le contenu est fort mais qu'on ne lui donne pas un cadre séduisant, le spectateur peut se sentir repoussé.

* Quel message souhaitez-vous que votre film laisse à la génération actuelle et à celle à venir ?
Je veux que ce film soit une invitation à la réflexion et à l'action. Fanon a consacré sa vie à dénoncer les injustices, à éveiller les consciences et à appeler à une humanité plus juste et égalitaire. Aujourd'hui, plus que jamais, ces combats sont toujours d'actualité.
Mon espoir est que les spectateurs, surtout les jeunes, trouvent dans ce film une source d'inspiration pour s'engager à leur manière. Nous vivons dans un monde complexe, mais aussi riche de possibilités. Si ce film peut encourager ne serait-ce qu'une personne à briser le silence, à défendre ses convictions ou à refuser la résignation, alors il aura accompli sa mission.
Pour moi, le cinéma a ce pouvoir unique : celui de toucher le cœur et l'esprit. Et si la parole de Fanon peut résonner à travers le prisme du cinéma, alors son héritage continuera à illuminer les générations futures.


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