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La moralisation au cœur des revendications
Publié dans L'opinion le 01 - 10 - 2025

Pour celles et ceux qui ont vécu les manifestations du 20 février 2011, les protestations qui enflamment aujourd'hui les rues de plusieurs villes du Royaume ont un goût de déjà-vu. Des foules de jeunes (mais pas seulement...) descendent massivement dans la rue, sur fond d'une dynamique intérieure forgée au gré des attentes déçues et des colères ravalées durant plusieurs décennies, afin de voir un Maroc prospère et surtout égalitaire envers toutes les franges de la société. Des doléances, tout à fait légitimes comme l'a assumé, un peu tardivement, le gouvernement, en s'engageant à interagir positivement avec la situation et en promettant des réformes imminentes. Et il va de soi que dans ces moments difficiles, la sincérité et la lucidité imposent de reconnaître que, si des avancées notables ont été réalisées, notamment à travers le chantier en cours de l'Etat social, la route reste longue et semée d'embûches, vers une transformation véritable.
L'erreur serait donc de se limiter à une réaction ponctuelle face aux griefs exprimés dans la rue, ce qui ne ferait qu'apaiser temporairement la tension. Car, en réalité, les revendications autour de la Santé et de l'Education, objets des sit-in récents, ne sont que la partie émergée de l'iceberg, dont la masse invisible cache de véritables fractures dans l'emploi, la transparence et surtout l'équité et la moralisation de la vie publique qui sont aujourd'hui comme depuis longtemps, le point nodal des revendications des diverses vagues de protestations qu'a connu le Royaume depuis son indépendance.
Depuis les années 1960 et jusqu'à nos jours, la moralisation de la vie publique revient en effet comme un leitmotiv, tout comme l'efficience de la gestion des secteurs sociaux qui reste de loin perfectible. Cette moralisation devrait se traduire par un assainissement urgent de la sphère politique mais également économique, doublée d'une reddition des comptes sans complaisance, et d'une gestion enfin efficiente des secteurs sociaux, tout en s'attaquant à la corruption, la gabegie, le clientélisme et le réseautage sauvage et décomplexé qui sévit à toutes les strates de la vie publique.
L'erreur serait aussi de réitérer l'attentisme du passé, comme ce fut le cas après les protestations de 2011 - incluses à tort dans le cadre de ce qui avait été appelé les printemps arabes - car cela ne ferait qu'attiser les braises d'une colère déjà incandescente. Il n'empêche et quel que soit le degrés de cette colère ou le bien fondé des revendications formulées, celles-ci doivent être exprimées dans un esprit de responsabilité et de civilité, en totale rupture avec les violences consignées par le ministère de l'intérieur de part et d'autre du Royaume, sans occulter ou nier celles imputées à certains membres des forces de l'ordre et rapportées par les médias, et que l'on ne peut que condamner fermement et durablement.


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