Des walis et gouverneurs de préfectures et provinces, dans différentes régions du Royaume, notamment celles de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, ont mobilisé caïds, auxiliaires d'autorité, présidents de communes et responsables des services d'urbanisme afin de faire face à l'extension des ceintures d'habitat clandestin, dont le rythme s'accélère durant le mois de Ramadan. Des sources bien informées ont indiqué à Hespress que l'intervention des administrations territoriales fait suite à la recrudescence de manipulations liées aux permis de rénovation dits « ramadaniens » et à un certain laxisme des autorités et des services d'urbanisme dans le contrôle du respect de leurs dispositions. Cette situation a ouvert la voie à la construction de bâtiments résidentiels et industriels en dehors du cadre légal, notamment durant les périodes nocturnes. Selon les sources consultées, les autorités provinciales cherchent désormais à renforcer les contrôles et à activer les procédures répressives pour limiter les abus liés aux permis de rénovation, qui menacent de transformer le paysage de plusieurs communes rurales et semi-urbaines. Cette démarche intervient dans un contexte de directives répétées de l'administration centrale appelant à davantage de fermeté dans l'application de la loi et à la lutte contre les réseaux de lotissement clandestin exploitant les failles du contrôle pour réaliser des gains illégaux. Toujours d'après ces sources, les gouverneurs se sont appuyés, pour orienter les missions de contrôle sur le terrain, sur des rapports transmis par les divisions des affaires intérieures aux services centraux du ministère de l'Intérieur. Ces rapports ont relevé une activité soutenue des réseaux de construction illégale durant les premiers jours de Ramadan, particulièrement entre la rupture du jeûne et l'aube, notamment dans les provinces périphériques où l'habitat clandestin menace de submerger certaines communes rurales et de les transformer en centres urbains de fait. Les rapports ont également fait état d'une prolifération d'entrepôts géants clôturés, d'une superficie d'au moins 5.000 mètres carrés entre espaces couverts et terrains nus attenants, dans des douars relevant de communes situées en périphérie, en particulier dans les provinces de Nouaceur et Mediouna, près de Casablanca. De nombreux ensembles résidentiels et installations industrielles y auraient été édifiés sans autorisation pour abriter des activités non réglementées échappant à tout contrôle. Des audits du secteur de l'urbanisme couvrant les quatre dernières années avaient déjà révélé la complicité de certains agents d'autorité et élus dans la délivrance de permis unilatéraux sans consultation des instances légalement compétentes, notamment les agences urbaines. Des manipulations des dispositions légales en vigueur ont été relevées, incluant la signature antidatée de permis remontant à une période où les présidents de communes étaient autorisés à délivrer seuls ces autorisations, ainsi que la distribution de permis signés et prêts à l'emploi. Le ministre de l'Intérieur a récemment mis en garde les présidents de communes contre la signature de permis unilatéraux contraires aux dispositions du droit de l'urbanisme sans consultation des agences urbaines et des autorités concernées. Lors d'une intervention au Parlement, il a rappelé les conséquences juridiques d'une telle pratique et affirmé que les autorités de tutelle ne feraient preuve d'aucune indulgence face à ces agissements. Selon les sources de Hespress, des rapports émanant des préfectures et provinces ont tenu plusieurs caïds et pachas pour responsables de la prolifération des foyers d'habitat clandestin, pointant un manque de coordination avec les communes en matière de contrôle et de répression des infractions urbanistiques, l'absence de désignation d'agents dédiés à cette mission et le défaut de transmission des copies des autorisations et certificats relatifs à l'urbanisme. Enfin, les rapports ont également accusé certains auxiliaires d'autorité d'avoir accumulé d'importantes fortunes grâce à la rente générée par la construction illégale, notamment dans les espaces résidentiels et professionnels ainsi que dans les entrepôts, dont la majorité abriterait désormais des activités industrielles, certaines représentant un risque pour la sécurité des riverains.