Avec la libéralisation des exportations des produits agricoles, l'Office de Commercialisation et d'Exportation avait perdu sa mission principale et semblait condamné à disparaître, ce que de nombreuses voix ont commencé à réclamer. La Cour des comptes, dans son rapport pour l'année 2010 sur cet établissement public, n'en disait pas moins, estimant qu'«au vu de la situation précaire de l'OCE, aussi bien au regard de l'exercice de son activité, sur laquelle il n'est plus compétitif, que de sa situation financière fortement dégradée, la Cour des comptes recommande aux pouvoirs publics d'engager une réflexion profonde quant à l'avenir de l'OCE, dont la mission n'est plus d'actualité». Sauf que c'était sans tenir compte de la capacité de cet établissement public à opérer un repositionnement stratégique qui lui a donné une nouvelle raison d'être. «Pendant la période 2009 à 2010, nous avons procédé à l'élaboration d'un nouveau plan stratégique, de plans opérationnels, de budgets prévisionnels et des business plan», explique M. Najib Mikou, directeur de l'OCE depuis août 2008. «Cette démarche a d'abord exigé de la part du nouveau management de l'office de procéder à l'assainissement du portefeuille dans le cadre du nouveau plan stratégique, et plus particulièrement à la liquidation de deux filiales de l'OCE, à savoir la SLIMACO en 2009, et la SOCOBER en 2010, après avoir réglé tous les conflits sociaux ayant reporté leur nécessaire liquidation depuis des années. L'Office a également procédé à l'amélioration de la situation financière de l'OCE, afin qu'il mène son repositionnement stratégique loin de toute pression ou de dépendance financières. C'est ainsi que l'Office est parvenu à réaliser un résultat financier positif net pendant les exercices 2008/2009 et 2009/2010, et ce après une longue succession d'exercices déficitaires. Nous avons aussi mis en place, en 2008, un dispositif de recouvrement des créances de l'Office, procédé à l'élaboration d'un nouveau système d'information, de 2009 à 2011, ainsi que la mise en place, au cours de la même période, de tous les outils de bonne gouvernance, dont un nouvel organigramme, un manuel d'organisation générale, un manuel des procédures administratives et comptables, un règlement des marchés, un statut du personnel, une cartographie des risques, l'entité de l'audit interne, la déclaration du patrimoine du directeur général de l'OCE et de l'ensemble de l'encadrement supérieur du l'Office. »Les organes de gestion de l'Office ont été redynamisés, conformément à la loi. Six réunions du conseil d'administration ont été tenues depuis mon arrivée à la tête de l'office, alors qu'avant, le conseil d'administration n'avait pas été tenu de 2002 à 2008. J'ai tenu plus de réunions du conseil d'administration que depuis la période allant de 1990 à 2008. Nous avons entamé, par ailleurs, en 2010, la mise en oeuvre d'un programme triennal de recrutement de profils correspondant aux nouveaux métiers de l'OCE. »Ces profondes transformations de l'Office devaient être accompagnées par un changement d'image, aussi nous avons conçu, en 2010, une nouvelle identité visuelle de l'OCE et un nouveau nom commercial: «Maroc Taswiq». Nous avons, d'autre part, réalisé et mis en ligne un site marchand en quatre langues que l'OCE dédie principalement à la vente à distance, au Maroc et à l'international, des produits des petits producteurs et des coopératives de l'économie solidaire. Je voudrais aussi annoncer l'ouverture imminente d'une première plateforme commerciale à Casablanca, dédiée aux produits de l'économie solidaire. »Je me dois, toutefois, de souligner que toutes ces réalisations sont aujourd'hui suspendues à l'adoption par le parlement de la nouvelle loi transformant l'OCE en société anonyme, démarche pour laquelle un nouveau projet de loi, la 26.09, a été élaboré en septembre 2008, adopté par le Conseil des ministres, le 5 mars 2010, mais il est toujours en cours d'étude au parlement. Ce projet de loi fixe également de nouvelles missions à l'OCE et prévoit l'ouverture de son capital aux petits et moyens producteurs». Dans la droite ligne de la philosophie de l'INDH «Je voudrais mettre l'accent sur le fait que le nouveau positionnement stratégique de l'office est venu répondre à un besoin vital d'économie solidaire. Le nombre des coopératives agricoles qui ont adhéré à l'Office au cours de cette brève période atteint aujourd'hui les 370, alors que leur nombre ne dépassait pas les 25 quand nous avons entamé la mise en oeuvre de ce projet ambitieux au mois de janvier dernier. Ce qui prouve la crédibilité retrouvée de l'office auprès des agriculteurs». Economie solidaire, c'est le mot clé de la nouvelle politique de l'Office, qui ne s'arrête cependant pas là. Dans sa réponse aux remarques des auditeurs de la Cour des comptes, le directeur de l'OCE donne les grands traits de cette nouvelle politique de l'OCE. M. Mikou précise: «Au vu du nouveau positionnement stratégique de l'OCE, ce dernier sera une société commerciale (Sogo Shosha: modèle japonais ayant atteint un très grand succès à l'échelle internationale), à capital ouvert à ses affiliés et intervenant aussi bien sur le marché local qu'à l'export, principalement au profit des petits producteurs, afin de contribuer à la valorisation de leurs revenus et au développement de nos exportations. L'objectif majeur de ce repositionnement ne consiste nullement en sa mise en compétition avec les opérateurs privés. »En tant qu'organisme public, l'Office doit être le bras opérationnel du Gouvernement dans la mise en oeuvre de ses stratégies sectorielles, afin qu'il intervienne dans les bassins de vulnérabilité et de précarité ayant besoin de l'intervention publique. D'ailleurs, l'Office sera le seul organisme public à intervenir en aval de l'effort public dans l'Economie Solidaire pour assurer les prestations de valorisation, de logistique, de commercialisation et de recouvrement. L'INDH, l'Agence du développement Social, la direction de l'économie Sociale et l'Office interviennent tous en amont pour soutenir la production et favoriser l'organisation des producteurs. »L'intervention de l'OCE dans ce segment ne repose pas seulement sur des considérations sociales liées à l'effort particulier que l'Etat accomplit dans l'économie solidaire, mais également en raison du potentiel de production considérable qu'il représente et qui peut contribuer d'une façon substantielle au développement des exportations et à l'amélioration des revenus des petits producteurs. Les accords de libre-échange signés par notre pays avec de grands marchés internationaux, appellent un besoin important d'offre de production. »Par conséquent, l'intervention de l'Office ne peut être raisonnée en termes de compétitivité, mais en termes d'accomplissement d'un rôle public exclusif, rentable, efficace et transparent, dans le cadre d'une économie solidaire génératrice de potentiel d'exportation, de revenus stables et durables pour les petits producteurs et par là-même de croissance économique ». Dans le jargon des économistes, l'économie sociale et solidaire est dite le «tiers secteur», le premier secteur étant le public et le second le privé. C'est-à-dire que c'est une nouvelle approche qui veille à assurer un revenu décent aux petits producteurs, avec une forte prise de conscience écologique en prime, ce qui est en fait un outil de première importance pour assurer un développement durable. Après les ravages que l'on peut constater à travers le monde suite aux années de libéralisme débridé, il est temps de prendre conscience que tout ne peut être confié aux seules règles du marché, qui, par essence, relèvent du darwinisme social. Les forts, une élite, raflent tout et les faibles, majoritaires, sont tout simplement éliminés. La campagne hostile menée dernièrement contre l'OCE en tant que structure d'appui et d'accompagnement, alors même qu'il a entamé sa mue pour se repositionner comme un «organisme sain et utile», selon l'expression de M. Mikou, a des relents de libéralisme sauvage, cherchant à éliminer tout organisme public ayant pour mission de venir en aide aux petits producteurs, les mettant ainsi à l'abri de l'appétit insatiable des grands «prédateurs». C'est sans tenir compte des défenseurs d'un Maroc plus égalitaire