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« Les cimetières historiques au Maroc ont résisté parce que l'approche ancienne du territoire intégrait les cimetières dans le tissu urbain »
Entretien avec Jamal Bammi, auteur de la première étude sur l'état des cimetières au Maroc
Publié dans L'opinion le 06 - 07 - 2013

Dans l'entretien suivant, Jamal Bammi, anthropologue, spécialiste en Botanique et Ecologie végétale et chercheur en sciences sociales, auteur de l'ouvrage en arabe sur l'état des cimetières musulmans au Maroc, a bien voulu nous parler de son travail et des perspectives de réhabilitation possibles des cimetières. Entretien :
-Quels genres de difficultés rencontrées
pour ce travail de recherche ?
-Je dirais des difficultés d'ordre théorique, car j'ai constaté qu'il n'y a pas d'accumulation de données concernant les cimetières au Maroc. Il y avait aussi la difficulté d'accès aux cimetières. Il y a un vrai problème sécuritaire, ce n'est pas facile en général de pénétrer et de circuler librement dans les cimetières sans être accompagné. Le moins qu'on puisse dire c'est que ce n'est pas toujours un lieu hospitalier. Or par définition, un cimetière devrait l'être. Une autre difficulté autrement plus épineuse, c'est celle de communiquer avec les responsables. Tout un casse-tête, on n'en sort pas car on vous balance par-ci par-là des idées éparpillées, floues, on se rend compte qu'il n'y a aucune vision ni globale ni partielle. On relève aussi des contradictions dans les propos des responsables.
-Pensez-vous avoir fait le tour de la question ?
-Je ne crois pas, car c'est impossible de faire un travail exhaustif pour une question de budget, de temps imparti. Mais j'ai essayé de réaliser quelque chose de significatif en choisissant des cas qui représentent un peu le territoire dans sa globalité et en tenant compte de l'approche thématique qui est capitale. J'ai divisé les cimetières en pédagogiques, écologiques, historiques etc. Cette approche m'a aidé profondément pour pouvoir aller plus loin, sinon c'est difficile de faire tout le Maroc avec les problèmes d'accès et les déplacements dans différentes régions.
-Avez-vous eu des aides étant donnée la tâche
de description démesurée ?
-J'ai eu des aides de collaborateurs qui m'ont permis de recueillir des données, de prendre des photos, mais la majorité des photos je les ai prises personnellement sur le terrain étant donné que le travail repose essentiellement sur une approche de terrain avec le choix des images, des plans, des détails pour un chercheur en anthropologie et en environnement. C'est ça qui m'a poussé à engager un travail dans ce sens.
-Dans l'approche thématique vous parlez d'un cimetière écologique, ça devrait être quoi au juste dans notre contexte ?
-Un cimetière écologique c'est un ancien cimetière abritant en général un mausolée de saint, généralement en zone rurale, et de ce fait il est respecté par la population locale, ce respect engendre, si on veut, une protection automatique de l'environnement. Les espèces végétales qui se trouvent à l'intérieur de cet espace n'ont rien à voir avec les espèces qui se trouvent ailleurs. Donc ce sont des espèces qui témoignent d'une histoire écologique de la région. Ce sont des végétations reliques avec des espèces endémiques qui témoignent d'une époque lointaine et qui pourraient quand même contribuer à un réaménagement écologique de la région parce que les espèces climatiques qui étaient en harmonie sont celles qui peuvent lutter efficacement contre les phénomènes d'érosion et de désertification, c'est-à-dire les problèmes qu'on vit aujourd'hui avec une particulière acuité sur le plan écologique. Si on n'arrive pas à comprendre le volet environnement on ne pourra jamais préconiser des plans d'aménagement adéquats, c'est fondamental et c'est la philosophie des jardins ou des cimetières écologiques.
-Ce concept de cimetière écologique serait-il plus adapté dans le monde urbain ou le monde rural ?
-Je crois qu'il est plus adapté dans le monde rural. Parce que dans les villes en général il n'y a pas de cimetière écologique. Dans la ville ce qui peut être préconisé ce sont les « cimetières paysages » avec un bon jardinage, des plantations d'arbres, des allées, des panneaux et l'éducation à l'environnement. Il s'agit de faire de ce cimetière paysage un lieu de paix, de méditation, de détente, de beauté et qui donne à la mort un sens pour les vivants étant donné que cette mort fait partie de la vie. Et c'est réalisable sur le terrain, ce n'est surtout pas utopique.
-Avez-vous des exemples pour un possible
cimetière-paysage ?
-Un bon exemple, le cimetière de Bab Laâlou de Rabat, il ferait un beau cimetière paysage du fait de sa position géographique idéale, mais malheureusement il est actuellement très dégradé. Il a des atouts car il est très bien situé avec l'Océan d'un côté et la médina de l'autre, avec à proximité le site de la Kasbah des Oudaya. Bref, tous les ingrédients pour donner quelque chose de réussi.
-Que dire de la situation des cimetières historiques ?
-Les cimetières historiques au Maroc ont résisté parce que l'approche ancienne du territoire intégrait les cimetières dans le tissu urbain. C'est la raison pour laquelle on trouve par exemple à Fès des cimetières historiques qui ont été en général préservés par la nature des choses, pas par les respects dû aux morts mais plutôt grâce à la conception de l'aménagement du territoire et la manière de construire. La façon de percevoir le paysage et l'espace a contribué à préserver ces cimetières. Actuellement, ce n'est plus le cas, parce que la dimension de marginalité et du périphérique du cimetière prend le dessus. Les anciens, par contre, intégraient le cimetière dans le tissu urbain comme quelque chose qui en faisait pleinement partie et lui ont de ce fait donné une valeur propre, un sens. Après, il y a eu négligence et donc perte de sens.
-Y a-t-il d'autres aspects qui n'ont pas été abordés dans l'étude?
-Justement l'aspect philosophique très important. La religion musulmane donne une valeur extraordinaire aux morts dans le Coran, le Hadith. L'histoire des cimetières dans le monde musulman est encyclopédique, on a tendance à l'oublier.
Autre chose que j'aurais voulu aborder, c'est de proposer un petit programme pratique global pour la création des cimetières paysages. Il s'agirait dans ce cas de rassembler les ingrédients dispersés dans le livre, les regrouper, les bien travailler pour donner une certaine vision claire et concrète de la réhabilitation des cimetières marocains. Cela n'a pas été effectué parce que ce n'était pas mon but au début, maintenant voyant un peu ce qui se passe, les pouvoirs publics pratiquement sans aucune réaction positive, je commence à penser que la seule alternative reste la société civile. Il faudrait encourager des initiatives dans ce sens avec des associations qui peuvent partir d'un programme pratique pour l'exécuter sur le terrain, par exemple choisir un cimetière et appliquer cette vision sur le terrain. C'est possible, on peut le faire dans la perspective d'intégration du cimetière dans le tissu urbain comme partie intégrante au lieu d'être sur la marge.


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