Ma bibliothèque est un petit trésor qui finira, hélas par s'en aller le jour de mon grand départ mais pour l'heure les fantasmes et les rêves des écrivains continuent à la survoler à la manière des papillons éphémères, c'est un coin paisible où le soleil ne pénètre jamais et où le vent ne trouble jamais la paix des araignées. Le fantôme du Général Lyautey veille sur les lieux avec ses bataillons venus du Tonkin, de Madagascar, d'Oran et des dunes dénudées de l'oasis de Figuig. C'était un grand chef, le Général, le monarchiste devenu républicain, -un dictateur- libéral- un impulsif à qui il arrivait parfois de cracher des laves et de demander pardon après à ceux qu'il offensait. Je garde toujours en mémoire ses entretiens avec Charles de Foucauld à qu'il soutirait de précieux renseignements sur le Maroc des années 1883-1884, renseignements dont il tirera profit quelques années plus tard. La religion faisait partie du menu, Charles de Foucauld voulait libérer les esclaves du sud algérien pour leur faire porter la lourde Croix du Christ, mais Lyautey n'était pas d'accord ; pour lui les hommes sont libres chacun face aux rayons qui éclairent leur cœur. Vous devez vous demander ce que vient faire là le grand Général dont vous connaissez la légende mais c'est que ce jour là, l'arrivée des descendants des pionniers du Gharb ont réveillé le fantôme du grand homme qui roupille au dessus des étagères poussiéreuses de ma bibliothèque. Je ne rêve pas, je grimpe les escaliers qui mènent jusqu'au premier étage de l'hôtel et quel spectacle, quel brouhaha, spectacle où l'alcool, les émotions, et parfois les larmes catapultent leurs échos jusqu'au cœur de la forêt de la Maâmora. Ils veulent tous me parler je ne sais pourquoi à cause peut être de la langue de Voltaire et de Proust qui ne cesse de traîner ma charrette depuis le Moyen Atlas jusqu'aux falaises de la Normandie. Ils me parlent de Sidi Yahya où les lacs et les étangs s'étendaient jusqu'à Moulay Bouselham, lacs infestés de moustiques qui décimaient la population, des paysages sauvages pleins de beauté, des terres vierges qui attendaient des amants pour les fertiliser, de Kénitra, aussi, petit village sans âme où les grands chênes lièges se miraient dans les eaux du Sebou. On en fait des rencontres intéressantes au Jacaranda, on y- croise des artistes, des hommes d'affaires, des emmerdeurs aussi, des buveurs solitaires qui viennent chercher un peu de bonheur dans l'alcool, du frais sous les ailerons du climatiseur. Au début, les picoleurs ne regardent que le miroir qui leur renvoie l'image de leur gueule et quand l'alcool prend le dessus, une force étrange les ranime, ils ont envie d'embrasser tous les clients et mêmes les murs et l'alcool, un ami qui console, disait Philippe Claudel. A propos des personnages incontournables du Jacaranda, en voici, un héros de Rachidia, Lahcen Tiglaï-, un mec hilarant dont les cheveux ont été emportés, dès sa prime jeunesse par les vents violents du désert. On aime bien taquiner notre ami à cause de son crâne luisant en l'appelant Einstein de Goulmima, mais Lahcen ne se fâche jamais, c'est lui qui se fout de nos gueules quand nous sommes un peu éméchés. Lahcen est un charmeur, il aime les parfums des jolies secrétaires quand le patron est absent tenir l'échelle, à la jeune veuve aux grosses fesses quand elle nettoyé les vitres de l'hôtel. « Elle n'est pas très belle, me dit Lahcen mais elle doit avoir un trésor caché quelque part, j'admire discrètement la riche vallée de ses grosses fesses, c'est une terre fertilisable, mon ami !! » Lahcen me fait des confidences quand les emmerdeurs sont absents et en voici une autre. Au cours d'un mariage, il y avait un monde fou à l'hôtel, on entendait l'orchestre jusqu'aux confins de Si Yahya, les culs se balançaient sur la piste, les jeunes mariés se tenaient par la main, se regardaient dans les yeux avant de jouer aux acrobates jusqu'au lever du soleil. La lumière du jour commençait à rogner les franges de la nuit, l'orchestre, à devenir assommant et la mère de la jeune mariée de regagner sa chambre. Elle n'en pouvait plus la vieille à cause de son âge et de la fiesta qui s'éternisait mais au moment où elle voulut refermer la porte, elle aperçut Lahcen qu'elle pria de lui ramener une bouteille d'eau fraiche, Lahcen revint quelques instant après et déposa la bouteille sur la table de nuit. Il voulut repartir mais la vieille dame le retint en lui demandant de lui frotter un peu le dos et Lahcen se mit à masser le vieux corps de la dame et chaque fois qu'il lui effleurait les seins El haja se mettait à trembler allant jusqu'à lever les jambes jusqu'au plafond. Lahcen réalisa qu'il était tombé dans un guet–apens, il paniqua et Lahcen de prendre la poudre d'escampette. Madame Zomelette Ce soir, j'ai décidé de regagner le « Jacaranda » pour une collation soupante, le restaurant est carrément vide, les lucioles accrochées au plafond ont du mal à éclairer les nappes blanches et les couverts. Il n'a qu'a deux clients au resto, «un Mamadou»*, un monsieur distingué avec cravate et lunettes de soleil comme si nous traversions le désert du Kalahari. La serveuse, une drôle de môme fait du plat au « Mamadou », une dame aux fesses rabotées qui distribue ses faveurs en fonction du grade du client. Le frère africain à l'air ravi, moi je n'existe pas, mais au bout d'un moment la fausse blonde qui se dirige vers la cuisine pour satisfaire les désirs de Léon l'Africain ou de Mandela finit par me demander : « Qu'est ce que tu vou !!!?» « Une omelette aux champignons» Une Zomelette avec les zoufs ? Oui, c'est ça, avec des zoufs de poule ou d'autruche !!! » Mais non madame Zomelette, ne t'inquiète, pas je ne suis pas rancunier, continue à profiter de la vie à tracter ton arrière –train et laisse les semences prospérer dans la vallée de ton corps, ne t'inquiète pas il y aura toujours des poules avec ou sans plumes pour nous régaler. Quand je la croise, madame Zomelette sur le parvis du « Jacaranda », elle m'ignore affreusement, elle doit sûrement me prendre pour un petit con pour avoir gâché sa soirée avec l'homme aux lunettes noires, elle m'ignore en levant ses cils surchargés de khoul vers le ciel. * Mohamed