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Portrait : Lmafaddel El Jaïdi, tisserand et écrivain
Publié dans L'opinion le 26 - 10 - 2014

C'est au bout de la place Outa Lhamman, dans le quartier de la kasbah de Chefchaouen, juste à proximité de la place Lmakhzen, que se trouve la boutique de vêtements traditionnels de Lmfaddel El Jaidi. De taille moyenne, tête dégarnie, regard vif derrière de grosses lunettes, manière de parler alerte, c'est un tisserand de Chefchaouen doublé d'écrivain. Son parcours est atypique. Il a écrit deux romans en arabe qui sont restés inédits à ce jour lus par une coterie de proches amis. Découvert par le poète Ahmed Benmaymoun, il représente le cas surprenant d'artisan grand lecteur d'une curiosité insatiable.
« Le parcours de Lmfaddel est intéressant à plus d'un titre, c'est celui d'un artisan autodidacte qui s'est fait lui-même en découvrant la lecture sans avoir dépassé l'école primaire, son texte sur la place Lmakhzen me parait plein de vérité et d'audace pour décrire la complexité du quotidien avec ses joies, ses iniquités et ses misères...» note Ahmed Benmaymoun.
Lmfaddel El Jaidi est né à Chefchaouen. Agé à peine de quelques années, il doit quitter sa ville natale car son père, fkih de métier, devait aller s'établir à Emouzzar Kandar pour y enseigner le Coran. La famille vit chichement du revenu modeste du fkih. Lmfaddel entre à l'école où il passe trois à quatre ans avant de la quitter définitivement.
Depuis le début, il aimait entendre raconter des histoires dit-il. Il aimait faire des gribouillis pour tenter d'agencer des mots en guise d'embryons d'histoires qu'il montrait à son père ou à l'instituteur. La famille devait revenir s'établir à Chefchaouen.
« A mon retour dans ma ville natale, j'ai senti qu'elle avait beaucoup changé. A cause de la pauvreté je ne suis plus allé à l'école, je me suis retrouvé dans un atelier de tisserand pour apprendre le métier ».
Il s'y est mis à fond, de toute son énergie pour devenir bon derraz et manier lmramma de main de maître. C'est pour aider la famille en tissant draps, fichus, mendil, jellab, rideaux, tapis fait main en pure laine. C'était au temps où les ruelles de Chefchaouen fourmillaient encore d'atelier d'artisans et les femmes tiraient encore des subsides en maniant la quenouille pour filer la laine avant que cette pratique ne se perde. Il est resté des années dans les ateliers de tisserands avec maallems et apprentis, « une ambiance confinée parfois bonne, parfois délétère ». Jusqu'au jour où il entend parler de l'histoire étrange d'un homme qui a écrit sur sa vie. On en parlait dans l'atelier comme d'un événement frappant.
« Je ne me rappelle plus de qui il s'agissait. Ça m'a étonné cette idée. Je suis allé chez moi et j'ai pris des stylos et des feuilles et j'ai commencé à griffonner essayant de mettre noir sur blanc ce que j'avais sur le cœur, souvenirs impressions, je passais une partie de mes nuits à griffonner des lettres. A la fin c'était un gros sac de feuilles noircies».
Mais il se rendait compte en écrivant qu'il avait oublié l'orthographe des mots et que ce qu'il essayait d'écrire était à peine lisible pour lui-même. Un jour il fait connaissance de trois tisserands qui aimaient lire. L'un était passionné de Manfalouti, les autres ne juraient que par Jabrane Khalil Jabrane et Jorge Zaydane.
« Une aubaine pour moi. Je découvrais la littérature arabe romantique. Je leur ai emprunté des livres. Je me suis plongé d'abord dans la lecture des œuvres de Jorge Zaydane. J'ai acheté tous ses livres que j'ai lus goulûment jusqu'au dernier ».
Par la suite il passe à d'autres catégories d'œuvres littéraires arabes et mondiales. Comme genre littéraire il préférait le roman.
« Je parvenais à retrouver de bonnes traductions de la littérature mondiale que j'achetais à Chefchaouen et Tétouan. Que de livres j'avais achetés à des vendeurs étalant leurs marchandises à même le sol. J'ai ainsi pu lire Dostoïevski, Tolstoï, les auteurs américains Faulkner, Hemingway »
Il préfère à ce jour beaucoup Tolstoï de « Guerre et paix » et l'Hemingway des nouvelles.
« Ce qui me déplaisait c'est le pathos chez beaucoup d'auteurs arabes ».
Après avoir beaucoup lu et avoir pris connaissance de beaucoup d'interviews et de textes de critique sur les techniques d'écriture, il décidé d'écrire ce roman « Demnet Lmakhzen ». Il s'inspire de la vie de cette place Lmakhzen qui se trouve près de son échoppe. C'est une place transformée actuellement en parking.
« Je parle aussi de Chefchaouen en général et du Maroc. Les personnages sont des femmes et des hommes ordinaires souvent analphabètes mais dont l'expérience humaine est très riche et peut en remontrer aux soi-disant personnes instruites ».
Il précise qu'il ne fait pas œuvre d'ethnographe. Dans son texte il y a fusion entre réel et imaginaire « mais l'imaginaire représente plus des deux tiers de l'œuvre ».
Pour un lecteur hors de Chefchaouen qui connaît la langue arabe, le mot « demnet » en arabe fait référence à une décharge avec des déchets. Pour les habitants de Chefchaouen il rappelle automatiquement la fameuse place appelée « Demnet Lmakhzen ». Dans le langage courant à Chefchaouen le sens arabe du demnet a été supplanté par un autre faisant référence à un terrain agricole qu'on exploitait à la périphérie de l'ancienne ville. L'auteur utilise un jeu de mot entre les deux sens, arabe classique et usage local, pour introduire une dimension satirique sur l'injustice et les marginalisés de tous poils.
« Quand on utilise le mot demnet dans le sens de décharge c'est pour pointer du doigt la situation des laissés pour compte et pour signifier qu'on a besoin de démocratie pour mettre fin aux révoltantes inégalités ».


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