À l'approche de l'Aïd al-Adha 2026, le marché du bétail marocain navigue entre incertitudes climatiques et pressions inflationnistes. Malgré un retour des pluies, la reconstitution fragile du cheptel et une échéance printanière avancée font craindre des tensions sur l'offre. À cinq mois de l'Aïd al-Adha 2026, les premières projections sur le marché national du bétail appellent à une vigilance accrue. Malgré les précipitations salvatrices enregistrées fin 2025 et début 2026, la reconstitution du cheptel marocain demeure un processus lent et complexe. Dans un contexte marqué par la hausse persistante des coûts d'alimentation et les séquelles profondes de plusieurs années de sécheresse, la célébration prévue en mai 2026 pourrait cristalliser les tensions sur l'offre et maintenir une pression significative sur les prix. Cette conjoncture reste fragile, dans la mesure où le cycle de reproduction des animaux ne permet pas une adaptation immédiate aux conditions climatiques plus favorables observées récemment. Le recensement national du cheptel, dont les données ont été consolidées fin 2025, révèle une situation contrastée au sein de l'élevage national. Le Maroc compte actuellement environ 32,8 millions de têtes de bétail, un chiffre qui témoigne d'une certaine résilience mais qui cache des disparités importantes entre les espèces. Si le cheptel ovin se stabilise progressivement avec environ 23 millions de têtes, dont 16% de brebis, la situation des bovins reste préoccupante. Avec seulement 2 millions de têtes recensées contre une moyenne habituelle située entre 3 et 3,2 millions, le déficit structurel en viande bovine accentue la pression sur les ovins, traditionnellement privilégiés pour le sacrifice de l'Aïd. Lire aussi : Aïd Al-Adha : un voyage culinaire au cœur des traditions marocaines Les experts soulignent que si l'abondance ovine semble réelle sur le papier, la disponibilité effective pour l'Aïd est freinée par une rétention stratégique pratiquée par les éleveurs. Profitant de l'amélioration des pâturages grâce aux pluies récentes, qui réduisent les coûts d'alimentation à court terme, les éleveurs préfèrent conserver leurs bêtes afin de maximiser leurs profits à l'approche de la fête religieuse. Prix élevés, importations et encadrement Le calendrier lunaire impose une contrainte majeure pour l'édition 2026 puisque la célébration aura lieu en mai, soit avant les grandes récoltes céréalières nationales. Cette précocité empêche les éleveurs de s'appuyer sur la nouvelle production de fourrage et d'orge pour l'engraissement final des bêtes. Ils se voient ainsi obligés de recourir à des stocks anciens ou à des aliments importés dont les prix restent élevés. Actuellement, le prix de la viande d'agneau au détail oscille déjà entre 120 et 125 dirhams le kilogramme, un niveau historiquement élevé qui préfigure une charge financière conséquente pour les ménages. Les experts avertissent que les bénéfices de la pluviométrie actuelle sur les prix ne se feront pleinement sentir qu'à partir de l'année prochaine. Face à ce scénario de tension, l'Etat a mobilisé des ressources considérables pour stabiliser le marché. Un programme d'urgence doté de 6,2 milliards de dirhams est déployé sur la période 2025-2026 pour soutenir la reconstitution du cheptel national. Parallèlement, environ 11 milliards de dirhams ont été alloués en appui direct pour l'achat d'aliments de bétail et l'aménagement de points d'eau. Pour pallier le déficit, le gouvernement maintient la suspension des droits de douane et de la TVA sur l'importation de bétail, facilitant l'arrivée de têtes depuis le Brésil, l'Uruguay et l'Espagne, bien que ces mesures peinent encore à faire baisser les prix de manière significative chez les bouchers. Enfin, la lutte contre la spéculation demeure un défi majeur pour les autorités. Selon les experts, le rôle du ministère de l'Intérieur est jugé crucial dans le recensement et le suivi rigoureux du bétail pour limiter l'influence des intermédiaires. Ces derniers sont souvent accusés de gonfler artificiellement les prix de plus de 15 dirhams par kilogramme entre la sortie de ferme et le consommateur final. La désorganisation de certains circuits favorise ces hausses. En somme, l'Aïd 2026 exigera une planification stratégique rigoureuse pour concilier la tradition religieuse avec les équilibres économiques précaires des foyers marocains.