En France, l'appât du gain et les activités de groupes criminels révèlent les liens présumés ou avérés de certains noms du rap avec le monde du banditisme. Dans le livre enquête «L'Empire» (Flammarion, 2025) des journalistes Paul Deutschmann, Simon Piel et Joan Tilouine, le rappeur franco-marocain Maes est cité parmi plusieurs. Arrêté au Maroc, il est dans le viseur de la justice dès 2015. En janvier 2025, l'arrestation de Maes au Maroc pour enlèvement et séquestration a annoncé la fin de la cavale du rappeur franco-marocain, jusque-là installé à Dubaï. Visé par un mandat d'arrêt international, il est soupçonné par les autorités françaises d'avoir commandité des assassinats depuis son dernier lieu de résidence avant son incarcération. Paru mercredi dernier, «L'Empire» (éd. Flammarion, 2025) des journalistes Paul Deutschmann, Simon Piel et Joan Tilouine cite l'artiste parmi plusieurs noms impliqués dans des faits criminels, liés au banditisme dans le milieu du rap français. Dans son édition du 29 octobre 2025, le journal Le Monde a consacré deux pages aux bonnes feuilles issues de cet ouvrage, qui dépeint le côté sombre des coulisses de la scène rap en France. L'opus explique comment le milieu a été convoité par les organisations criminelles à partir de 2015, vu la manne financière générée par un univers musical qui a redéfini les liens entre artistes et maisons de disques, tourneurs, jeune public ou même mode et styles de vie, au-delà de la musique en elle-même. Des représailles qui annoncent l'escalade de violence Le nom de Walid Georgey, connu comme Maes, est cité dans ce contexte. Vers 2020, il subit des tentatives de racket de la part d'individus de Servan. Loin d'abdiquer, il répond violemment par une fusillade, précipitant son exil. «Le jeune Franco-Marocain aux nombreux disques de platine s'est établi à Dubaï à la fin de l'année 2021, pour ne pas risquer de tomber sous les balles en plein cœur du quartier des Beaudottes, à Sevran, en Seine-Saint-Denis, où il a grandi», écrivent les auteurs, évoquant à plusieurs reprises une «place forte» du narco-banditisme et du rap, où des bandes convoitent les revenus de certains artistes. «Le rappeur [Maes] le sait : de gros voyous ont placé un 'contrat' sur sa tête. En apparence, ils ne lui reprochent pas grand-chose, si ce n'est d'avoir un peu trop 'oublié d'où il vient', comme ils disent. Et de tirer profit de leurs propres histoires, celles des petits et grands trafiquants dont Maes chante les mésaventures». Les racketteurs lui reprochent également d'avoir refusé «d'apporter l'aide escomptée à de jeunes rappeurs sevranais désireux de percer dans l'industrie». «L'argent de l'artiste, riche et célèbre, ne ruissellerait pas assez dans les poches des caïds et de leurs obligés», expliquent les auteurs, montrant ainsi comment des exécutants lui ont envoyé un «avertissement» en mettant le feu à trois véhicules de l'équipe de tournage d'un clip dans la cité. Le lendemain, Maes revient dans le quartier «pour en découdre». Deux individus d'un clan ennemi sont blessés par balles, faisant ainsi du rappeur une cible. Si l'exil du rappeur et de sa famille à Dubaï l'éloigne des représailles, des membres de son entourage en paient le prix fort. Lors d'un passage en France, son manager Batzo est assassiné en 2022. Dans «L'Empire», les auteurs expliquent que cet engrenage a mis Maes au cœur d'un univers criminel sombre, puisqu'il aurait commandité des représailles contre les responsables du racket initial. Une cavale terminée au Maroc Aux Emirat arabes unis, Maes réinvestit par ailleur une part importante de ses fonds dans la société qui gère Aristo Desert, un centre de divertissement prisé par de nombreuses célébrités, qui y trouvent piscine, terrains de jeux, restaurant et locations de buggies. Mais rattrapé encore par le milieu criminel, le rappeur voit l'étau se resserrer autour de lui à Dubaï. L'escalade de violence lui a valu d'être recherché par Interpol. Tentant d'éviter toute extradition vers la France, il se lance dans une cavale qui le mène vers Oman, puis l'Egypte. Il est finalement interpellé à son arrivée au Maroc, où il reste incarcéré. Dans l'Hexagone, son nom est lié à d'autres affaires. En octobre 2023, la justice française a déjà condamné Maes par contumace à dix mois de prison pour violences en réunion, après avoir frappé un homme en 2018. Il est également cité dans des enquêtes sur des règlements de compte liés au trafic de drogue. En 2015, il a été incarcéré en France pour des faits similaires.