Entre le Maroc, la France, le Ghana et les Etats-Unis, le compositeur Ismail Sentissi a suivi les routes des musiques du monde, qui l'ont mené à s'essayer à une large palette rythmique. Du metal à l'afrobeat, en passant par le chaabi, il a pris ses marques grâce à un jazz qui lui correspond. Un registre hors des sentiers battus, inspiré de son propre parcours de vie. Ismail Sentissi / Ph. Ava du Parc ‹ › «Todo es presente» est le deuxième album d'Ismail Sentissi, qui confirme sa marque de fabrique dans un opus proposant un voyage musical à travers le monde. Grâce à un style qui illustre au mieux la diversité de ses inspirations musicales, le pianiste et compositeur autodidacte basé à Paris combine harmonieusement des rythmes et des sonorités que l'on n'associerait pas intimement au jazz classique, mais dont l'arrangement est réussi. «Je ne suis pas sûr que ce soit une étiquette figée. Je fais de la musique instrumentale, je n'ai pas étudié ce genre et je n'ai pas acquis les codes, mais je mets des instruments ensemble pour donner de la puissance à une mélodie qui, à la base, est trouvée à la guitare et développée au piano», nous confie le natif de Casablanca et diplômé de l'Ecole des Ponts ParisTech. Ayant appris à jouer sur des morceaux qui lui plaisent, Ismail Sentissi a entrepris son voyage musical parallèlement à ses études scientifiques et à son travail dans le secteur bancaire, puis dans l'agrobusiness. En 2021, l'ingénieur de formation franchit le pas de son véritable baptême du feu musical. Dans son premier album, «Genoma», il a posé les bases de cette expérimentation créative, ce qui l'a mené à la scène marocaine de Jazzablanca en 2023. Jazzablanca 2023 : De la musique marocaine au rock, tous les chemins mènent au jazz Le 23 janvier 2026, le musicien a tenu le concert de lancement de son second album «Todo es presente», au Sunside Paris. Auprès de Yabiladi, il s'est réjouit des premiers retours, qui le confortent dans sa démarche peu classique d'appréhender le jazz, dans un format «plus concentré et plus intensif». «C'était notre première prestation et c'était beau, avec une salle pleine. Des morceaux sont aussi passés à l'antenne, notamment sur TSF Jazz, une radio de référence qui a inclus deux morceaux dans sa playlist», s'est-il félicité. Ismail Sentissi à Jazzablanca 2023 / Ph. Sife El Amine Un jazz dans toutes les couleurs Autant dire qu'en se produisant sur la scène underground metal à Casablanca, en explorant l'afrobeat pendant trois ans de vie professionnelle au Ghana, ainsi que les rythmes outre-atlantiques à Washington, ou en retrouvant une atmosphère familiale dans le chaabi marocain, Ismail Sentissi a conçu ses créations musicales comme un ensemble de plusieurs styles. C'est dans ce même sens qu'à travers «Todo es presente», il réunit piano, batterie, contrebasse, saxophone, trompette et trombone, avec ses compagnons de musique Maurizio Congiu, Cédrick Bec, Maxime Berton, Roman Reidid et Luca Spiler. Pour décloisonner les rythmes, il a aussi veillé à ne pas les associer à un seul instrument. «Beaucoup de morceaux que je joue au piano ont été trouvés à la guitare. Au piano et avec deux mains, on peut faire à la fois une mélodie et un accompagnement, sans être figé. A la guitare, je me suis souvent servi d'un looper pour superposer les sons, mais auxquels le piano a redonné une autre vie», explique-t-il. Ismail Sentissi / Ph. Ava du Parc «A la guitare, je joue d'autres compositions qui traduisent mes inspirations de la musique marocaine, des influences orientales et africaines, avec des mélodies mélancoliques mais une rythmique dansante. Parmi l'un des autres titres qui me tiennent à cœur et dans lequel je traduis mes diverses inspirations musicales, 'Fela' m'est inspiré du chanteur nigérian Fela Kuti.» Ismail Sentissi En quelque sorte, ces compositions racontent l'histoire d'une mobilité initialement universitaire et professionnelle, avec une recherche musicale comme fil d'Ariane. Ismail Sentissi l'explique, en soulignant que son séjour ghanéen a confirmé son goût pour la musique ouest africaine. Ph. Ava du Parc «Beaucoup des musiques que j'ai écoutées là-bas me plaisent. J'y ai trouvé une continuité rythmique du Maroc jusqu'à l'Afrique de l'Ouest et au-delà. Cela m'a donné matière à réfléchir à mes compositions, en écoutant non seulement les musiques africaines, mais aussi latino-américaines, l'afrobeat, la rumba, les grands classiques et Buena Vista Social Club.» Ismail Sentissi A la croisée du voyage musical et professionnel Le musicien nous confie ainsi que ses voyages et ses expérimentations musicales lui ont permis des rencontres marquantes. «On en est forcément influencé et on est amené à connaître de plus près des rythmes que l'on ne découvrirait pas en restant dans un même espace», a-t-il déclaré à Yabiladi. Ph. Ava du Parc En plus d'avoir tracé sa voie dans un jazz éclectique qui lui ressemble, Ismail Sentissi trouve son équilibre dans son activité professionnelle parallèle. Aujourd'hui, il dit exercer deux métiers «bien différents l'un de l'autre», mais qui l'auront tous deux amené aux mêmes endroits à travers le monde. «Je continue de travailler pour un fonds qui finance des entreprises agroalimentaires en Afrique et je m'y retrouve pleinement, tout comme dans la musique», nous déclare-t-il, affirmant que «la question de faire l'un ou l'autre ne se pose pas». «Je combine mes dates de concerts avec mon travail, mais également avec mes responsabilités familiales», dit encore Ismail Sentissi, qui aspire tout autant à transmettre sa fibre artistique à ses deux enfants encore en bas âge.