Lors d'un voyage en 2014 dans une région montagneuse reculée, Abderrahmane Rais, créateur de contenu marocain, a vu sa vie transformée par la rencontre d'une veuve vivant dans des conditions précaires. Ce moment a inspiré la création de l'initiative "Sorour", visant à soutenir les femmes marginalisées, et a conduit Abderrahmane à être honoré au prix "Hope Makers" à Dubaï. DR ‹ › En 2014, lors d'un voyage dans une région montagneuse reculée, Abderrahmane Rais ne se doutait pas qu'une rencontre allait bouleverser sa vie. Une rencontre fortuite qui a été le point de départ d'un engagement de terrain qui, en une décennie, a permis de venir en aide à des dizaines de familles vivant dans des zones rurales marginalisées du Sud marocain. En traversant des chemins escarpés et des maisons dispersées, le créateur de contenu fit la connaissance d'une femme vivant dans des conditions précaires. Ce jour-là, sans plan précis, il fut poussé par un élan de compassion à s'arrêter. «C'était une veuve, seule dans une maison sur le point de s'effondrer. Son fils vivait loin et ne lui rendait plus visite. Son histoire m'a profondément touché.» Au point qu'il ne pouvait pas l'ignorer. Originaire de la communauté Ismouka dans la province de Tiznit, le jeune homme décida alors de partager son récit sur ses réseaux sociaux. «Dès que j'ai publié son histoire, un bienfaiteur a pris en charge sa situation et lui a construit une nouvelle maison», raconte-t-il à Yabiladi. Ce fut le véritable point de départ. Dans ces villages, tout a changé Dans les zones montagneuses du Souss et du Sud marocain, l'isolement géographique, la précarité économique et l'absence de réseaux de solidarité formels touchent particulièrement les femmes veuves, souvent invisibles des dispositifs classiques d'aide sociale. Dans ces villages au cœur des montagnes, Abderrahmane découvrit des femmes veuves élevant seules leurs enfants, souvent sans revenu stable, souligne-t-il. Certaines avaient de jeunes enfants, d'autres étaient en situation de handicap. Il comprit que ces femmes vivaient dans l'ombre, malgré de nombreuses initiatives, elles restaient marginalisées. C'est ainsi qu'il lança «Sorour», une initiative pour faire connaître leurs histoires. «Au début, je les aidais avec mes moyens, mais j'ai réalisé qu'elles avaient besoin de plus d'aide», explique-t-il. Abderrahmane, alors étudiant de 22 ans, finançait ses voyages avec sa bourse universitaire. Une situation délicate car il devait concilier ses études et des voyages dans des régions éloignées. Certains membres de sa famille élargie s'opposaient à son choix, préférant qu'il opte pour un emploi stable, mais il a pu compter sur le soutien indéfectible de ses parents. Au début de cette aventure, il ne possédait pas de caméra pour documenter ces histoires, rêvant d'en acquérir une pour partager ces récits avec le monde. «Après avoir vu ma passion et ma détermination, ma mère a vendu ses bijoux en argent pour que je puisse acheter ma première caméra. Je la conserve encore aujourd'hui, car elle symbolise le début de mon engagement.» Abderrahmane Rais «Donner nous change avant de changer les autres» Initialement, Abderrahmane se rendait dans les villages de manière aléatoire, mais bientôt, les gens commencèrent à le contacter pour l'informer de cas nécessitant un soutien. Avec son éternel sourire, il raconte : «J'ai commencé à rembourser les dettes des veuves en me renseignant dans les magasins, puis en leur rendant visite pour évaluer leur vulnérabilité et leur isolement.» Des bienfaiteurs, parmi ses abonnés, principalement de la diaspora marocaine ou étrangers, se sont engagés à envoyer des montants mensuels fixes aux familles. Chacun contribue à sa manière. En plus de son soutien aux veuves, Abderrahmane, diplômé en études françaises et titulaire d'un master en culture, patrimoine et développement, a initié d'autres projets, comme rendre hommage aux enseignants qui l'ont marqué durant son enfance, ou encore creuser des puits. Les initiatives d'Abderrahmane, aujourd'hui basé à Agadir, ont même attiré l'attention du footballeur international marocain Abderrazak Hamdallah, qui a contacté et soutenu plusieurs familles bénéficiaires. Le 15 février 2026, à Dubaï, quelques jours avant le Ramadan, Abderrahmane a été parmi les lauréats du prix «Hope Makers» organisé annuellement par le Cheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, recevant un million de dirhams émiratis. D'une rencontre fortuite avec une femme dans une maison en ruine à une reconnaissance sur une scène arabe prestigieuse, Abderrahmane est resté fidèle à une idée : «Nous avons besoin d'aider les autres, car donner nous transforme nous-mêmes.» Aujourd'hui encore, Abderrahmane continue de sillonner les villages, convaincu que les histoires les plus invisibles sont souvent celles qui méritent le plus d'être racontées.