Dévoilée mercredi par le HCP, l'Enquête nationale sur la famille 2025 révèle un «remodelage progressif des modèles familiaux». Deuxième depuis l'édition de 1995, ce rapport met en avant la montée significative des structures parentales et le déclin de la famille élargie, sur fond de transition démographique. DR ‹ › À l'heure où le Maroc vit sa transition démographique, comme en atteste le recensement de 2024, les modèles familiaux connaissent des changements majeurs. Selon l'Enquête nationale sur la famille (ENF) de 2025, ces derniers s'inscrivent dans un contexte plus large d'évolutions socioéconomiques, qui redessinent aussi bien les modes de vie que l'organisation familiale. Dévoilés le 8 avril 2026 à Haut-Commissariat au Plan, ces résultats sont issus de la deuxième enquête depuis celle de 1995, permettant ainsi de mieux connaître les transformations de la structure de la famille. Dans ce sens, le HCP fait savoir que «la taille moyenne des ménages a reculé de 4,6 personnes en 2014 à 3,9 en 2024, passant désormais sous le seuil de quatre personnes par ménage». Selon la même source, «cette inflexion traduit le recul progressif de la cohabitation élargie et l'érosion du modèle familial fondé sur la co-résidence de plusieurs générations, au profit de foyers domestiques plus restreints, et partant, d'une autonomie résidentielle plus prononcée». En d'autres termes, ces résultats permettent de mieux saisir la dynamique des mutations démographiques, sociales et économiques à hauteur de ménage. Des familles réduites et des couples sans enfants Alors que les familles nucléaires sont aujourd'hui «la forme d'organisation domestique la plus répandue au Maroc», avec 73% des ménages en 2025, le HCP souligne que ce taux a été de 60,8% en 1995. Cette hausse de douze points traduit «une dynamique de transformation structurelle des modes de cohabitation, caractérisée par un resserrement du groupe domestique autour du noyau parental». Pour autant, cette évolution reste amorphe, avec une progression plus marquée dans les zones rurales (de 58,1% en 1995 à 72,7% en 2025). Dans les villes, elle est passée de 63% à 72,9%, donnant lieu ainsi à «une quasi-convergence» du modèle familial sur le plan national. Allant de pair avec cette nucléarisation généralisée, selon le HCP «la transformation des normes résidentielles, l'évolution de l'habitat et les contraintes du marché du logement» favorisent également «des configurations domestiques plus restreintes», surtout dans les villes. Par ailleurs, l'ENF 2025 révèle une tendance croissante des couples sans enfants. «Au niveau national, leur part passe de 3,4% en 1995 à 9,4% en 2025», soit une hausse de 6%. Le rapport note que ce changement est d'autant plus significatif qu'il «se manifeste de manière quasi identique en milieu urbain, de 3,4% à 9,4%, et en milieu rural, de 3,5 % à 9,3». Il s'agit ainsi d'une «transformation transversale du paysage familial, indépendamment du lieu de résidence et des catégories spécifiques de la population». Pour le HCP, c'est «un signal important d'évolution du cycle familial», qui se limitent pas à un profil unique. En effet, ces situations peuvent renvoyer à «des couples récemment constitués, à une constitution plus tardive du couple, ou à des choix influencés par l'emploi et les conditions de logement». En chiffres, près de 24% des chefs de ces couples ont entre 30 et 59 ans, «ce qui indique l'existence d'une proportion non négligeable de ménages sans enfant en âge d'activité», ajoute le rapport. La même source fait également état de l'accroissement des «nids vides», à savoir les couples dont les enfants ont quitté le foyer familial. Les chefs de ce type de ménages ont un âge moyen de 64,1 ans, tandis que 72,8% parmi eux ont 60 ans et plus. De ce fait, la montée de cette tendance traduit une «transition à des phases post parentales dans le cycle de vie, phénomène en cohérence avec le vieillissement démographique», explique le HCP. En 30 ans, des familles monoparentales en hausse Cette édition du rapport met en avant également une autre évolution de la structure familiale au Maroc, qui est celle du profil monoparental avec des enfants. Entre 1995 et 2025, cette part est passée de 7,3% à 8,8%, soit plus de 1,5% en une génération. Tout en restant modéré, ce changement «confirme la progression de la monoparentalité et son ancrage parmi les configurations familiales observées», indiquent les résultats de l'ENF. Celui-ci inscrit cette tendance dans «un contexte plus large de diversification des parcours conjugaux, marqué notamment par la hausse des divorces (23,3% des chefs monoparentaux), des veuvages (56,6%), ainsi que par des configurations de parentalité pouvant résulter de parcours migratoires dans la mesure où 12,5% des chef(ffe)s sont marié(e)s, dont 91,1% sont des femmes et 8,9% des hommes». L'ensemble de ces dynamiques donnent ainsi des clés de compréhension de la composition familiale, mais aussi de l'évolution des réseaux familiaux et de la solidarité intergénérationnelle, ainsi que la mobilité sociale, ou encore les perceptions et les valeurs associées à la famille, indique le HCP. Celui-ci fait état de «l'émergence de nouvelles dynamiques familiales et des changements de parcours de vie, notamment en ce qui concerne le mariage, le divorce, la fécondité et les conditions de vie». En filigrane, ces changements s'expliquent aussi par «l'évolution des aspirations individuelles et des comportements sociaux, reflétant l'adaptation progressive de la famille aux transformations de la société marocaine», bien que «la famille continue d'occuper une place centrale» et remplit plusieurs fonctions relatives au renforcement des liens. Il attestent surtout de «l'éloignement du modèle familial traditionnel et de la consolidation progressive d'une nouvelle réalité», qui doit être suivie de «politiques publiques adaptées».