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28 avril 1912 : Nomination d'Hubert Lyautey, premier résident général du protectorat français au Maroc
Publié dans Yabiladi le 28 - 04 - 2017

Le 28 avril 1912, le gouvernement français nommait Louis Hubert Lyautey premier commissaire résident général du protectorat français au Maroc. Une fonction qu'il commencera en mai 1912 et assurera jusqu'en septembre 1925. Icône du protectorat et figure de proue du Maroc contemporain, on lui doit notamment le transfert de la capitale administrative de Fès à Rabat sous le sultan Moulay Youssef.
Monarchiste travaillant pour la République française, catholique défenseur de l'Islam et surtout figure du protectorat français, tout le monde reste unanime à affirmer que Louis Hubert Lyautey, reste une icône de l'histoire du Maroc contemporain. Il est surtout le plus célèbre des Résidents généraux au Maroc et celui à qui on doit notamment le drapeau national marocain et le transfert de la capitale de Fès à Rabat. Né un 17 novembre 1854 à Nancy, ce militaire français, officier pendant les guerres coloniales et ministre de la Guerre lors de la Première Guerre mondiale, fut nommé le 28 avril 1912 premier commissaire résident général du protectorat français au Maroc. Une fonction qu'il assurera jusqu'en 1925.
Nomination dans un contexte hautement sensible
Quatre ans seulement après son intronisation, après avoir chassé son frère du trône en décembre 1908, Moulay Abdelhafid signera le 30 mars 1912 à Fès le «Traité pour l'organisation du protectorat français dans l'empire chérifien». Dès la signature, le sultan chérifien ne souhaitait guère la médiatisation de ce traité. Du moins, jusqu'à ce qu'il préparerait le peuple ou qu'il quitterait la ville de Fès. Mais l'information se propage telle une trainée de poudre. L'indignation est générale dans la capitale spirituelle du royaume au point que le peuple décide, dès le 17 avril, d'investir les rues pour manifester contre la «cession de Dar El Islam aux chrétiens». Les affrontements sont tellement violents que les Français les ont intitulés «journées sanglantes de Fès».
Le Maroc continuait à bouillonner lorsqu'éclate à Fès, «une mutinerie d'une troupe chérifienne qui massacre son encadrement français [et] c'est alors que le gouvernement [français] se hâte de nommer Lyautey Résident général», rapporte l'historien Pierre Gossa dans son livre «Franchet d'Esperey : un maréchal méconnu : le vainqueur des Balkans, 1918» (Nouvelles Editions Latines, 1999). Ce dernier le décrit comme un homme à la personnalité attachante, «mais parfois déconcertante et souvent écrasante».
Lyautey arrive à Fès la dernière semaine de mai. Dans une correspondance adressée à sa sœur au lendemain de son arrivée et citée par nos confrères de Zamane, le nouveau Résident général décrit la situation alarmante de la capitale spirituelle. «Je suis arrivé ici hier et j'ai rencontré le sultan. La ville a été attaquée de l'Est et du Nord. Nous avions repoussé les insurgés 12 heures durant», décrit-il.
Hubert Lyautey (en uniforme clair) et Moulay Abdelhafid (assis). / Ph.DR
Le sultan Moulay Youssef, la «plus belle réussite» de Lyautey au Maroc
Première décision de Lyautey : transférer la capitale de Fès à Rabat afin de «mettre l'antique cité à l'abri de toute tentative insurrectionnelle». Une action qui permettra de sécuriser le Maroc central. Il confiera aussi Fès, assiégée par les tribus, au Général Henri Joseph Eugène Gouraud. C'est durant les premiers mois de sa prise de fonction que le sultan Moulay Abdelhafid s'exile avant d'abdiquer. C'est aussi grâce aux pressions de Lyautey sur les oulémas du pays que ces derniers choisissent Moulay Youssef, père du futur Mohammed V, pour succéder à son frère aîné. Parallèlement à sa mission de résident général, sa passion pour la monarchie le poussera à perfectionner l'image du nouveau monarque et le renforcement de la monarchie alaouite. Une mission qu'Hubert Lyautey évoquait dans une de ses lettres adressées à Albert de Mun et citées par l'historien André Maurois dans son ouvrage «Lyautey» (Editions Ploton, 1931).
«J'ai écarté soigneusement de lui (le sultan Moulay Youssef, ndlr) toutes les promiscuités européennes, les automobiles et les dîners au champagne. Je l'ai entouré de vieux Marocains rituels. Son tempérament de bon musulman et d'honnête homme a fait le reste. Il a restauré la grande prière du vendredi, avec le cérémonial antique. Il a célébré les fêtes de l'Aïd el-Seghir avec une pompe et un respect des traditions inconnus depuis Moulay Hassan. Je crois que Moulay Youssef est ma plus belle réussite.»
Lyautey en compagnie du sultan Moulay Youssef. / Ph. DR
L'artisan de l'article 222 sur la «rupture publique du jeûne»
Hubert Lyautey était convaincu que la restauration du pouvoir du sultan alaouite est un élément déterminant dans un processus visant à mettre le tout dernier clou dans le cercueil de l'insurrection. Un processus qui passe inévitablement par plusieurs étapes, dont la préservation de l'urbanisme typique des centres historiques, et le renforcement du culte et des croyances musulmanes du pays. Une méthode typique inspirée de Joseph Gallieni, colonel en Indochine jusqu'en 1896 et gouverneur général de Madagascar jusqu'en 1905. Une doctrine qui consiste à «gagner la population par la persuasion plutôt que par la force et ne recourir à celle-ci qu'en dernier ressort et à condition d'être sûr du succès», commente l'historien Pierre Gossa. C'est alors que le résident général mena une politique islamique. Il a interdit aux non-musulmans d'entrer dans les mosquées, a empêché les Marocains d'accéder aux bars et d'acheter des produits alcoolisés et a instauré une peine contre l'état d'ivresse en public. On lui doit plusieurs articles qui figurent encore dans le Code pénal marocain, comme l'article 222 qui punit la «rupture publique du jeûne». On lui doit aussi un Dahir, datant du 17 novembre 1915 et qui suggèrent d'orner le drapeau national marocain par une étoile verte de Solomon.

«Il n'est pas Bugeaud, ni un soldat d'Empire assoiffé de volonté de puissance ou de lucre. Il ne courait ni après sa réputation, ni derrière une étoile de plus à son épaulette. Ce monarchiste nostalgique de l'Ancien Régime est un homme qui a incontestablement aimé le Maroc, qui y a trouvé une patrie de substitution et a mis en scène ses retrouvailles avec elle», affirmait en 2012 l'historien français et spécialiste du Maroc, Daniel Rivet dans un article paru dans Jeune Afrique. «Il a cassé la siba (dissidence), même s'il ne comprenait rien au pays berbère. (…) Lyautey avait prédit l'indépendance pas seulement du Maroc, mais de toute l'Afrique du Nord», rapporte-t-il.
Inhumation au Maroc, un rêve inachevé
Mais il échouera dans sa mission de pacification des tribus marocaines. Peu avant la fin de son mandat, la guerre du Rif se déclencha. Mais même après la victoire des forces coloniales françaises et espagnoles et l'utilisation des armes chimiques contre les Rifains, la fin de Lyautey était inévitable. De retour en France en 1925, Lyautey meurt à Thorey le 27 juillet 1934, à l'âge de 79 ans. La France lui accorda alors des obsèques nationales et son cercueil se retrouva dans l'église des Cordeliers de Nancy.
Mais Lyautey souhaitait être inhumé au Maroc. Un an après, sa dépouille est transférée à Rabat dans un mausolée dont le mur entier fut occupé par l'épitaphe composée par lui-même, avec des mots en arabe : «Ici repose Louis Hubert Lyautey, qui fut le premier Résident Général du Maroc, de 1912 à 1925. Décédé dans la foi catholique, dont il reçut, en pleine foi, les derniers sacrements. Profondément respectueux des traditions ancestrales et de la religion gardées et pratiquées par les habitants du Maghreb auprès desquels il a voulu reposer, en cette terre qu'il a tant aimée. Dieu ait son âme dans la vie éternelle».
Tombeau du maréchal Lyautey dans l'église du Dôme des Invalides. / Ph. DR
Ce n'est qu'en 1961 que le roi Mohammed V, inquiet de la dégradation du mausolée situé dans le parc de la Résidence, à l'époque encore ambassade de France, demande le rapatriement de la dépouille du maréchal. Lyautey reposant depuis aux Invalides. Sur son nouveau tombeau, on distingue deux inscriptions tirées de ses déclarations. «Plus je vis au Maroc, plus je suis persuadé de la grandeur de ce Pays», énonce l'une d'elles.


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