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France : Le vote des étrangers, entre espoir et démagogie
Publié dans Yabiladi le 19 - 10 - 2011

Verra-t-on dans quelques années des citoyens marocains aller voter lors des élections locales françaises ? On est en droit de s'interroger, au regard de l'effervescence que suscite au sein de la classe politique française, la proposition du Parti socialiste (PS) d'accorder le droit de vote aux ressortissants non européens, pour les élections locales.
L'article 30 de la nouvelle constitution marocaine prévoit que les étrangers qui résident dans le Royaume, puissent voter lors des élections locales, si toutefois, leurs pays garantissent le même droit aux ressortissants marocains qui y résident. Le gouvernement espagnol s'est déjà montré disposé à aller dans ce sens, en ouvrant la porte à un vote des MRE lors des élections locales. En France, le débat sur le vote des étrangers, existe depuis 30 ans, et a récemment pris une nouvelle tournure.
En 1981, François Mitterand, candidat socialiste à l'élection présidentielle, prévoit dans son programme, d'accorder le droit de vote aux immigrés lors des élections municipales. Depuis 30 ans le projet n'apas abouti, la gauche n'ayant jamais été en majorité au Sénat. Alors que la chambre haute du Parlement français a finalement basculé à gauche fin septembre, les militants du Parti à la rose, semblent décidés à transformer l'essai. «Il est temps de mettre fin à une discrimination qui perdure entre les étrangers communautaires et ceux issus des pays hors Union Européenne. Nous instaurerons le droit de vote aux élections locales pour les étrangers non communautaires» affirmaient les socialistes lors de leur Convention pour l'égalité réelle du 11 décembre dernier.
En effet, seuls les étrangers ressortissants de l'Union européenne ont droit au suffrage, lors des élections locales. Le PS semble donc disposé à rétablir l'équité dans les droits octroyés aux citoyens. C'est ainsi que les Socialistes ont permis à des ressortissants étrangers hors-UE de voter lors des récentes élections primaires, en vue de la Présidentielle de 2012. À gauche comme à droite, le Projet socialiste dérange.
Une proposition très contestée
S'il est rare de voir des militants de gauche et de droite s'accorder sur une question, il semble bien que la proposition socialiste ait réussi dans ce sens. Jean-Pierre Chevènement, ex-cadre du PS, s'est opposé au droit de vote des étrangers aux élections locales, dans son livre «Sortir la France de l'impasse», paru le 5 octobre. Dans une interview accordée au site d'information Atlantico, Julien Landfried, son porte-parole, affirme que la proposition socialiste «dissocie nationalité et citoyenneté, en donnant à des non-nationaux une partie des prérogatives de citoyenneté des nationaux».
Dans le même ordre d'idée, mais beaucoup plus virulent, Thierry Mariani (UMP), ministre des Transports, a estimé que la proposition socialiste était «un calcul cynique pour créer artificiellement de nouveaux bataillons électoraux pour la gauche». Pour lui, faire voter les étrangers reviendrait à les faire profiter «des privilèges des citoyens français». Il a d'ailleurs fustigé la décision du PS de permettre aux immigrés de voter lors des élections primaires du parti, accusant les socialistes de «redéfinir la citoyenneté». Ce mercredi, Thierry Mariani a lancé une pétition «nationale» contre «la proposition démagogique et archaïque du PS».
Personne n'est dupe
Alors que la classe politique française semble donc se livrer une bataille farouche sur la question du vote des immigrés, les principaux concernés ne veulent pas s'enflammer. Ali El Baz, coordinateur de l'Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), rappelle que les immigrés ne sont pas dupes. «Ça fait 20 ans que je revendique le droit de vote, quand la gauche est dans l'opposition, elle le propose tout le temps. Lorsqu'elle arrive au pouvoir, elle l'oublie». Son avis sur le Projet socialiste de 2012 : «des promesses électorales de plus».
Concernant la position de Julien Landfried et Thierry Mariani, notamment sur la question de la citoyenneté, il estime que «ce sont des questions dépassées. Un Lituanien ou un portugais peut arriver en France, et voter après 6 mois. Moi je ne peux toujours pas voter après 20 ans».


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