Jeudi, le Centre d'études de droits humains et démocratie (CEDHD) a mis en ligne un ouvrage traitant de la lutte contre l'extrémisme religieux. Ecrit à plusieurs mains et édité par cette ONG basée à Rabat, le livre propose de créer une dynamique collective, entre institutions et société civile, pour aborder la question à travers différents prismes. Intitulé «L'extrémisme violent au Maroc : Bilan et défis», le dernier ouvrage publié par le Centre d'études de droits humains et démocratie (CEDHD) propose une approche à travers le droit pour traiter une question souvent appréhendée d'un point de vue principalement sécuritaire. Sorti cette semaine et mis en ligne jeudi, ce livre s'arrête également sur la question de la réinsertion des détenus jugés dans le cadre de la loi antiterroriste. Pour ce faire, il inclut une contribution de différents acteurs intervenant dans ce processus, entre chercheurs universitaires, spécialistes des droits humains, responsables de l'administration pénitentiaire et cadres de la Sûreté nationale. Par ailleurs, l'ouvrage évoque le rôle citoyen des intellectuels dans la lutte contre cette forme d'extrémisme, en plus du témoignage d'un ex-détenu salafiste, Abdelouahab Rafiki en l'occurrence, sur son expérience de révision de ses positions extrémistes. Il s'agit en effet d'une «réflexion transversale et d'un débat sur le renouvellement des politiques sécuritaires pour analyser et mieux comprendre la thématique», explique à Yabiladi Habib Belkouch, président CEDHD. Un respect des règles de droit par tous «Les questions de lutte contre l'extrémisme violent ne revêtent pas seulement une dimension sécuritaire : elles doivent être traitées de leur point de vue idéologique, intellectuel, social, ce qui implique que penseurs, société civile et institutions de l'Etat doivent s'engager dans une dynamique collective», souligne encore Habib Belkouch. Ainsi, le président du CEDHD déclare que l'idée de cet ouvrage est partie de recommandations de l'Instance équité et réconciliation (IER), relatives aux cas de torture et de détentions arbitraires. Selon lui, «le souci est que ces violations ne se reproduisent plus, y compris dans la lutte contre l'extrémisme violent, pour s'ouvrir sur l'avenir en tenant compte des défis du présent, notamment en matière de sécurité nationale». En préparation de cette publication, le CEDHD a organisé une trentaine de conférences et de journées d'études. Dans ce processus, «il a été primordial que tous les acteurs concernés, étatiques et non-étatiques, soient réunis autour de la même table, car on ne peut pas discuter de cette thématique en l'absence des uns ou des autres», ajoute Habib Belkouch. Ainsi, cette dynamique a connu la participation «de sécuritaires, de militants de la société civile, d'acteurs institutionnels, parlementaires et gouvernementaux», mais non sans obstacles. «Au début, ça a été très difficile de rassembler tous ces acteurs. Il a fallu plus d'une année de plaidoyer et de médiation pour convaincre les différentes parties de l'importance qu'elles se réunissent toutes, discutent et réfléchissent ensemble, tout en développant la démocratisation du pays et le respect de la règle de droit par tous.» Habib Belkouch, président du CEDHD Un rôle citoyen des intellectuels dans la lutte contre l'extrémisme Dans ce processus et particulièrement dans le cadre des débats relatifs à la lutte contre l'extrémisme violent, les intellectuels restent cependant peu engagés «au niveau de la réflexion comme de la production des idées, dont nous avons cependant grand besoin», déplore Habib Belkouch. Et d'ajouter : «Je dirai même que cela n'est pas valable uniquement pour cette question mais dans d'autres, liées aux questions sur la démocratie, les politiques publiques et autres, ce qui reflète une démission globale et l'impression que chacun s'est retiré pour vaquer à ses occupations.» Dans une contribution à cet ouvrage autour de la question, le chercheur et spécialiste des mouvements islamistes, Mountassir Hamada, le note d'ailleurs : «Il est dommage de constater que nos intellectuels interagissent très peu avec les questions liées à l'extrémisme, en qualité aussi bien qu'en quantité, notamment par le biais de centres de recherches, et ce pour plusieurs considérations, comme le poids idéologique que peuvent avoir les contributions à ce débat.» Mountassir Hamada, spécialiste des mouvements islamistes Dans ce sens, le chercheur estime que le nombre le plus important des contributions ont été enregistrées au lendemain des attentats terroristes ayant frappé Casablanca, le 16 mai 2003. «A ce moment-là, nombre de personnalités des médias et d'intellectuels ont tenté de mettre la lumière sur les phénomènes de terrorisme et plusieurs écrits ont été produits», écrit-il en citant notamment ceux des penseurs Abbas El Jirari, Saïd Bensaïd Alaoui et Hannane Sekkat. Selon Mountassir Hamada, cette dynamique s'est essoufflée au fil des années. Au fur et à mesure des changements régionaux, elle a laissé plus de place à une recrudescence des contributions axées sur l'islam politique, dans un contexte de Printemps arabe. Au lendemain de la publication de cet ouvrage, Habib Belkouch explique à Yabiladi que le terrain intellectuel mérite encore d'être réinvesti par rapport à ces questions, mais que son ONG réfléchit également à questionner la relation entre sécurité et médias. «Le rôle de ces derniers est important dans la lutte contre l'extrémisme violent et la protection des espaces de liberté et de démocratie», souligne-t-il.