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Mondialisation et crises postcoloniales : L'Europe populiste
Publié dans Albayane le 01 - 11 - 2011

Les économistes des pays riches peinent à donner du sens aux différentes crises qui gangrènent les économies européennes. Leur culture et leur savoir ne les préparent pas à ce genre d'observations. Il me semble que ces crises sont d'abord politiques et qu'elles nécessitent un traitement politique, préalable indispensable aux solutions de technique économique. Les Européens, me semblent-il, ont des compétences reconnues dans l'art des destructions massives. Il faut leur rendre cette justice, cet art consommé, ils l'ont exercé sur eux-mêmes. C'est ainsi qu'ils se sont permis le luxe de se faire deux guerres mondiales ; elles leur ont permis de tuer des millions de soldats et de ramener leur économie à l'âge de pierre ; et, puis, incapables de réparer les immenses destructions, ils ont fait appel aux Etats-Unis qui ont fait le travail à leur place.
Je me demande si les Européens ne sont pas en train de se livrer une troisième guerre mondiale ; mais, cette fois-ci, les armes de destruction massives employées sont les déficits publics et les endettements surréalistes.
Cette guerre serait l'œuvre du populisme, celui-là même qui a présidé à la première guerre mondiale ainsi qu'à la seconde. Il est de retour de nouveau, avec des habits neufs. Historiquement, le populisme est né de la détestation des Lumières européennes et des idéaux de la révolution française ; partant de là, il devint un mouvement antidémocratique, la démocratie étant censée favoriser l'invasion du pays « réel » d'étrangers portant atteinte à l'unité et à la pureté de la population autochtone. Parti des jeunes et riches aristocrates, il devint progressivement un parti de masse des petits Blancs qui croient à leur supériorité sur le reste du monde. C'était leur manière d'accepter leur appauvrissement né de la société industrielle qu'ils ne comprenaient pas.
Le populisme a été défait au cours de la seconde guerre mondiale. Il est redevenu à la mode avec la même antienne : l'hostilité à l'étranger, mais, cette fois-ci, au nom des valeurs démocratiques. Le populisme a mis la démocratie au service de la haine de l'étranger ; comme du temps de Charles Maurras, mort en 1950, l'étranger est à la fois de l'intérieur et hors des frontières.
Nous nous bornerons, dans cet article, de citer quelques uns des fantasmes économiques et populistes qui ne permettent pas à l'Europe de traiter ses problèmes de déficits publics. Le populisme emploie de vieux lieux communs, mille fois réfutés ; mais ceux-ci flattent l'amour-propre des classes en voie de paupérisation.
Le premier argument populiste concerne l'Allemagne, pays étranger par excellence pour les pays européens qui a assumé sa défaite en 1945. L'Allemagne est enviée ; on lui envie sa balance des paiements excédentaire ; le pays est riche par ses exportations ; toutefois, fait-on remarquer, ses exportations se dirigent vers les autres pays européens, contribuant ainsi à leur appauvrissement. L'Allemagne est coupable de s'enrichir au détriment de ses voisins européens.
Cet argument est faux. Loin de l'enrichir, les excédents de la balance des paiements appauvrissent l'Allemagne. Tout se passe comme si les Allemands s'enlevaient le pain de la bouche et le donnaient à leurs voisins contre une certaine quantité de monnaie qu'ils entassent dans les caves de leur banque centrale. Ils thésaurisent ; ce faisant, ils se privent d'augmenter leur pouvoir d'achat en utilisant à leur profit la quantité de monnaie qu'ils reçoivent. La monnaie enrichit un peuple quand elle circule ; elle l'appauvrit quand elle s'entasse sans utilisation. C'est ainsi que vivent les Allemands ; en ce sens, rien ne les distingue des monarchies pétrolières : trop d'argent et peu d'utilisations.
Tout au contraire, les pays qui reçoivent les exportations allemandes s'enrichissent dans la mesure où ils disposent d'euros ou de dollars pour les payer ; ces euros proviennent de leurs revenus du tourisme ou de divers transferts non commerciaux ; ainsi, un pays s'enrichit quand il dispose d'un déficit commercial financé par les opérations courantes inscrites dans la balance des paiements. Il importe des biens d'équipements et donc, crée des emplois. Ou il importe des biens de consommations courantes et il améliore son niveau de vie.
Cependant, il y a appauvrissement quand le pays importateur de biens allemands a une balance commerciale déficitaire ainsi qu'une balance des opérations courantes également déficitaire ; dans ce cas, ce pays s'endette pour acquitter ses achats. Le remboursement de ces dettes pèse sur la productivité du pays ; il entre dans le cercle vicieux de la pauvreté. De la sorte, ils sont deux pays à s'appauvrir : l'Allemagne parce qu'elle thésaurise et le pays importateur parce qu'il s'endette. Et tout le jeu européen consiste à dépouiller l'Allemagne de ses excédents dont elle n'a que faire et à lui faire supporter les dettes des pays endettés ; c'est le non-dit de l'économie populiste : l'Allemagne égoïste ne pense pas à la solidarité européenne.
Le deuxième argument populiste concerne les marchés. On parle de la dictature des marchés. Ainsi, par exemple, je refuse de prêter mon argent à la Grèce parce que je suis persuadé qu'elle ne me remboursera jamais ; c'est, en principe, mon droit et du simple bon sens ; mais si nous sommes cent millions à réagir de la sorte, le populiste criera à la dictature des marchés ; parce que, ce qu'il voudrait, c'est me dépouiller sans me garantir la bonne fin de l'opération. Et pourquoi, s'il vous plaît ? parce que l'Europe est porteuse des idéaux dits universels et qu'à ce titre, elle n'a rien à se reprocher ; elle est victime de l'étranger de l'intérieur et c'est l'Allemagne, et de l'étranger de l'extérieur qui se cache derrière les marchés ; c'est cela le populisme, tel qu'il existe depuis le 19ème siècle.
Troisième argument : la démocratie. Ici, on retrouve les thèses des anarchistes américains devenus néoconservateurs sous Bush jr. Il est dit que l'homme a tous les droits et qu'il doit les exercer pleinement, sans être entravé par une quelconque limite. Or l'économie est la science des limites. Le populiste ne reconnaît pas ses limites. Il se reconnaît le droit de creuser le déficit budgétaire sans limites et de s'endetter à outrance ; c'est un des droits imprescriptibles de l'homme. Cela a été fait consciencieusement aux USA. Mais ce pays est protégé par le monopole qu'il exerce du dollar et par ses porte-avions qui sont dissuasifs.
L'Europe a usé des mêmes procédés, mais a-t-elle le pouvoir des anarchistes américains ? Certains économistes européens voudraient que la Banque centrale européenne agissent comme la Réserve fédérale américaine, fournissant des euros de façon illimitée pour permettre à l'Europe de s'enrichir. Mais les marchés sanctionnent les banques européennes qui ont cru tromper leur monde en montant les gags de Bâle 3 censés protéger les banques de tout accident de parcours ; ce n'était pas sérieux ; les banques européennes, au contraire des banques américaines, demeurent des banques universelles, mêlant de façon irresponsable les dépôts de leurs clients à leurs activités dites de marché ; mais on sait que cela ne marche pas ; et les marchés font preuve de méfiance à leur égard. On peut estimer que les marchés se méfieront de l'euro, si la Banque centrale européenne se met à la pratique de la création monétaire illimitée. L'avenir le dira. En réponse, les Européens agitent leurs idéaux comme des gris-gris, espérant que leurs déficits s'évanouiront comme par enchantement.
Pour le présent, prenons l'exemple de la Grèce, berceau de la civilisation européenne ; historiquement, ce n'est pas vrai, mais les Européens y croient dur comme fer. La Grèce connaît des déficits publics colossaux qu'elle ne peut rembourser. Tout le monde le sait ; pourtant un plan de réduction de ces déficits a été mis en place ; les Grecs ont raison de le refuser, car il épargne leurs riches et frappe les classes moyennes ; pourtant, les Grecs n'ont pas le choix ; ou ils acceptent volontairement de se laisser dépouiller ou bien un Pinochet grec viendra les faire obéir à coups de crosse. Ceci est le résultat d'une politique populiste.
Les populistes ne comprennent pas que croissance et déficit budgétaire sont incompatibles ; pourtant, la raison en est simple : le déficit dévore l'épargne disponible et laisse peu de place au financement de l'activité productrice. Pour relancer l'économie, il suffit de réduire les déficits publics ; évidemment, il est plus facile de creuser un déficit que le réduire ; c'est pour cela que les privatisations ont été conçues ; au départ, il était question de vendre des entreprises publiques, de résorber les déficits et de ne plus en faire ; au lieu de cela, on a vendu des entreprises et gardé les déficits. Ce n'était pas raisonnable ; mais l'homme populiste a tous les droits, notamment celui de mettre l'économie de son pays par terre. C'est cela la démocratie populiste ; elle conduit au désastre. Lénine disait des populistes qu'ils regardent le derrière des peuples ; cette définition englobe les pays riches comme les pays pauvres ; elle est universelle. Elle s'explique par tout ce que je viens de décrire ci-dessus. Aussi est-il bon d'inscrire dans la constitution d'un pays le refus des déficits publics ; encore faut-il l'inscrire après avoir résorbé les déficits et non pas avant ; faute de quoi, on retombe dans la politique populiste.
Le Maroc est-il concerné par les crises européennes ? Oui et non. Oui, parce qu' on notera sans doute un ralentissement des exportations marocaines vers les pays européens. Mais le Maroc n'a jamais eu une politique favorisant les exportations et celle-ci commence par un taux de change normal, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Le Maroc n'a pas bénéficié des aubaines de la mondialisation parce qu'il ne les a pas cherchées. C'est à son insu qu'il a profité de la hausse des prix des phosphates ; celle-ci est due à la demande croissante des céréales laquelle a entraîné la hausse du prix du phosphate.
L'aide publique européenne pourrait être réduite ; ce n'est même pas sûr, car c'est une aide de confort pour le glacis européen.
Par contre, le Maroc pourrait bénéficier d'un tourisme de séjour provenant des personnes du troisième âge qui trouveront un avantage matériel certain à vivre au Maroc. La crise pourrait aussi pousser les jeunes européens à s'investir au Maroc dans tous le sens du terme.
Mais les problèmes marocains sont indépendants des crises européennes ; ce sont l'enseignement, l'autosuffisance agricole, la réduction des déficits publics.
Casablanca, le 1er novembre 2011


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