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Printemps Arabe et mouvements des places européennes : La contestation pour un changement réel
Publié dans Albayane le 14 - 12 - 2011

Il est admis dans les chroniques journalistiques et analyses sociologiques que le “Printemps Arabe” avait précédé les mois chauds qu'ont vécus les pays du sud de l'Europe durant 2011. En pleine crise de la dette souveraine et des attaques financières contre les pays dits périphériques d'Europe, d'abord au Portugal ensuite en Espagne et en Grèce, s'est produite une vague de mobilisations qui ont vite connu une force quasi-similaire à celles qui se déroulent dans les pays du Maghreb et au Proche-Orient.
Le premier symptôme de la gestation d'une nouvelle forme de protestation en Europe a été localisé au Portugal, pays où la situation a explosé de manière différente par rapport au reste des pays dits « périphériques ». Contrairement à l'Irlande et à l'Espagne, il n'y avait eu de bulle immobilière portugaise. Les années 2000 se sont caractérisées en fait par la stagnation économique, la poursuite de la désintégration du tissu industriel (surtout la production industrielle destinée à l'exportation et les textiles), et l'application de politiques de réajustement fiscal prescrites par l'Union Européenne. En d'autres termes, les recettes néolibérales n'ont apporté aucun remède miraculeux que se soit temporaire ou précaire. Pourtant, la crise a violemment frappé le système bancaire qui devait exiger des interventions à coups de milliards d'euros, bien qu'elle soit plus modérée que celles de l'Irlande ou du Royaume Uni.
La faible santé de l'économie portugaise et l'augmentation de la dette publique jusqu'à atteindre 90% du Produit Intérieur Brut (PIB) sont des causes suffisantes pour faire du Portugal un pays-cible des attaques financières. Le gouvernement fut obligé d'appliquer, en 2009, les recommandations destinées à « tranquilliser les marchés ». Celles-ci consistaient à geler les salaires des fonctionnaires et pensions des retraités ainsi que les prestations pour chômage, réduire les rubriques budgétaires destinées à l'éducation et la santé, diminuer le nombre de fonctionnaires, poursuivre les privatisations complètes des principales entreprises publiques. Tout ceci s'est avéré finalement inutile. Suivant les scénarios concoctés par les vautours financiers, la spirale de réductions de la notation de la dette et l'augmentation des primes de risque des bons du trésor portugais conduiront à la négociation d'un plan de sauvetage d'un montant de 78 milliards d'euros. En contrepartie, le gouvernement de Lisbonne s'est engagé à adopter un autre paquet de mesures qui, selon l'UE, devrait prolonger la récession jusqu'en 2013 et porterait le taux de chômage à 13%. Toutefois, et à la suite de l'annonce du plan de sauvetage, l'agence Moody's a dégradé de quatre crans la notation de la dette portugaise alors que Standard & Poor's et Fitch ont situé la note du Portugal en «BBB-».
La sensation d'abus et de chantage, le succès de la grève générale de novembre 2010, le fiasco de la classe politique et surtout le précédent du «Printemps Arabe» ont été le détonateur d'une mobilisation complètement innovatrice. A travers les réseaux sociaux et certains forums d'Internet, des groupes de jeunes avaient convoqué le 13 mars une grande manifestation. Dans le «Protesto de la Generaçao da rasca» (Manifeste de la génération en difficulté), qui servit de déclaration d'intentions, lit-on ceci : « nous les chômeurs, ceux touchant des salaires de 500 euros et autres mal rémunérés, esclaves déguisés, sous-contractuels, employés saisonniers, faux autonomes, travailleurs intermédiaires, mères, pères et enfants du Portugal (…) nous croyons que nous disposons des instruments et ressources nécessaires pour atteindre un futur meilleur». Par la suite, ce sont 300.000 personnes qui étaient sortis dans la rue et quelques jours plus tard, les élections législatives enregistrèrent le taux le plus fort d'abstention de l'histoire du pays (41%).
L'originalité du mouvement portugais de protestation a été immédiatement devenu le précédent à suivre par leurs voisins ibériques. L'Espagne a été jusqu'à ce moment un des pays les plus calmes de l'UE. Pourtant, elle connaissait les pourcentages de chômage les plus élevés avec un taux moyen supérieur à 20% mais qui monte à plus de 45% pour les moins de 25 ans et 35% pour les immigrés (53% pour les marocains). Bien que l'endettement de la population soit un des plus élevés d'Europe et que la bulle immobilière eut privé entre 2009 et 2001 près de 500.000 personnes de leurs logements (cas défaut de paiement d'hypothèques), le gouvernement socialiste dirigé par José Luis Rodriguez Zapatero a été un des plus disciplinés à l'heure d'appliquer les politiques exigées par les marchés. Il n'avait pas hésité à mettre en pratique une réforme du marché du travail, réduire de 5% les salaires des fonctionnaires, restructurer les pensions de retraite et augmenter l'âge limite de la retraite (de 65 à 67 ans), introduire des coupes des budgets des gouvernements régionaux dans les systèmes d'éducation et de santé, etc.
Ni syndicats, ni partis politiques mais seulement une multitude de personnes anonymes et petites organisations, invitées à travers l'Internet par la plateforme de récente création «Démocratie réelle, maintenant» a pris les rênes de la contestation. «Nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiques et technocrates», est le slogan de la protestation. Le 15 Mai étaient sortis dans la rue près de 100.000 personnes dans plus de 50 villes. Les pancartes auto-confectionnées et les consignes critiquaient le bipartisme dirigé par le binôme Parti Socialiste Ouvrier Espagnol - Parti Populaire, rejetaient les réductions budgétaires et dénonçaient le chantage financier tout en scandant que «Cette crise nous ne la payons pas». Le collectif 15M des «Indignés» est né.
Ce qui s'est produit au Portugal, et par la suite en Espagne, n'est pas une simple contestation sur la place publique sinon le début d'un cycle de mobilisations et de protestation. Les grands rendez-vous en été l'ont confirmé. Les grandes manifestations contre le «Pacte de l'Euro», du 19 juin, avaient réuni probablement plus d'un million de personnes en Espagne avec de gigantesques marches à Madrid et Barcelone. Les fameuses «Marches indignées», parties de différents points du pays ont eu pour point de rencontre la ville de Madrid les 23 et 24 juillet. Curieusement, un baromètre du Centre d'Investigations Sociologiques (Officiel), publié en cette date, indiquait qu'entre 6,5 et 8 millions d'espagnols affirment avoir participé d'une manière très intense aux mobilisations des «Indignés» ; plus de 70% de la population disait avoir une image positive du mouvement de protestation des «Indignés».
En Grèce, seuls dix jours après la naissance du 15 Mai espagnol, a vu le jour le « Mouvement des Places », comme réaction aux pressions des «pilleurs financiers».
A la différence du cycle de mobilisations de 2010, l'exemple de la Révolte Arabe et surtout du 15 Mai espagnol ont permis un changement de sens des pratiques de protestation en Grèce. Depuis le 25 mai, les concentrations massives et pacifiques à la Place Syntagma (en face du siège du parlement à Athènes) réunissent plus de personnes que les grandes manifestations antérieures. Comme au 15 M espagnol, les concentrations sont accompagnées d'assemblées massives et d'un exercice de démocratie directe qui est devenu le symbole du mouvement. D'autant plus, la consigne principale «Nous ne devons rien, nous ne vendons rien, nous ne payons rien» est clamée par tous. L'ennemi direct est les institutions européennes qui représentent les intérêts du capital financier. L'objectif du mouvement est de forcer le gouvernement à ne pas payer la dette.
Aussi bien les «Indignés» espagnols que grecques peuvent être considérés, à la fin de 2011, comme les expressions les plus avancées du mouvement européen contre la crise. A la différence des grèves générales qui, durant 2010 avaient paralysé la France et la Grèce et plusieurs autres pays européens, le mouvement des places grecques ou celui des Indignés en Espagne n'a été ni dirigé par des collectifs professionnels affectés par les programmes de restructuration ni par les grands syndicats qui tentaient de paralyser la réforme des systèmes publics de retraites. L'action a été entre les mains des générations les plus jeunes, les plus vulnérables et les plus touchées par la crise, celles soumises à une dégradation du système universitaire et sont profondément opposés aux systèmes politiques de leurs respectifs pays. De même, à la différence des mouvements contre le Contrat Première Embauche (CPE) en France en 2006 ou des jeunes grecques de 2008, ces mouvements ne se sont définis en accord avec aucune condition particulière (études, âge ou idéologie). Grâce à son impact social, ils se sont appuyés sur toutes les catégories sociales et sans exclusion, à l'exception peut-être des responsables politiques et financiers.
Ce qui est le plus significatif à noter dans ce mouvement, est la dénonciation de la corruption et la revendication de la pratique d'une démocratie réelle. Les places occupées se convertissent en agoras publiques où la discussion va au-delà de la prise de décisions stratégiques. A certains moments, elle est admise la forme d'un processus constituant où est permis de discuter de tout et où chacun a l'opportunité de penser, de dialoguer et de contester les propositions les plus audacieuses. Le problème de la représentation se dissout dans la décision collective au sein d'une multitude d'assemblées qui s'organisent dans chaque ville et dans chaque quartier. C'est l'expression d'une démocratie directe.
Il est peut-être tôt de juger l'impact de ces mouvements. Toutefois, les aspects de leur extension en Europe sont bien visibles. Ceci traduit la complexité de la situation qui se vit en Europe et la difficulté de convertir la colère de la population en formes politiques de mouvement de protestation.


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