Rabat prône une large coopération régionale La spectaculaire prise d'otages sur le site gazier de Tigantourine, dans le sud-est algérien, est désormais un douloureux souvenir. Car elle s'est achevée dans un bain de sang, où quelque 70 personnes, terroristes et otages étrangers compris, ont trouvé la mort dans l'assaut final mené par l'armée algérienne. Le Maroc a exprimé à son voisin de l'Est son soutien dans cette difficile épreuve, tout en lui rappelant la nécessité de mettre en commun tous les moyens régionaux pour faire face à la menace terroriste. Dans une conférence de presse organisée dans l'après-midi de lundi dernier, le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal a donné le bilan officiel de l'attaque d'In Amenas, qui a duré quatre jours. Selon lui, 36 otages étrangers et un Algérien ont été tués, alors que cinq autres étrangers sont toujours portés disparus («les portés disparus» est généralement un doux euphémisme visant à minimiser, dans l'immédiat, un nombre plus important de morts). Du côté des terroristes, 29 d'entre eux ont été liquidés, dont leur chef, l'Algérien Bencheneb Amine, et cinq autres arrêtés. Sept nationalités composaient le commando terroriste formé d'une quarantaine de personnes : 11 Tunisiens, 3 Algériens, 2 Canadiens, 1 Mauritanien, et des Egyptiens, Maliens et Nigériens dont le nombre respectif n'a pas été précisé. Finalement après un cafouillage communicationnel qui a d'abord fait dire au ministre de l'Intérieur algérien, Dahou Ould Kablia, que ces terroristes sont venus d'Algérie, avant qu'il ne se rétracte - et s'excuse – en affirmant qu'ils se sont infiltrés à partir des frontières lybiennes, voici que le Premier ministre Sellal affirme, en définitive, qu'ils sont venus du nord du Mali. Il en donne pour preuve que l'attaque contre le site gazier y était en préparation depuis deux mois et visait surtout, selon lui, à saboter aux explosifs cette importante installation stratégique. Une autre façon de dire qu'il n'y a aucun lieu de cause à effet avec l'actuelle intervention française au Mali, que l'Algérie a paradoxalement fini par soutenir, elle qui s'est toujours opposée à toute intervention, autre que celle de l'Algérie, dans les pays du Sahel, et particulièrement au Mali. Une stratégie «exclusionniste» qui a amené l'Algérie à limiter la coopération antiterroriste aux seuls pays dits du «champ» (Algérie, Mali, Mauritanie, Niger), en se refusant obstinément d'y inclure les autres pays de la région maghrébine ainsi que les puissances occidentales, pourtant concernés au premier chef par la montée du terrorisme dans cette région. Cette stratégie n'a finalement servi qu'à renforcer la nébuleuse islamiste, qui a réussi entre temps à occuper les deux tiers du territoire malien, tout en ambitionnant de mettre sous sa coupe le reste du pays. L'attaque d'In Amenas, combinée à l'intervention étrangère au Mali que les bandes islamistes ont fini par précipiter, aura sûrement servi à l'Algérie pour changer son fusil d'épaule. C'est en tout cas ce qu'espère le Maroc qui, tout en exprimant, par la voix de son ministère des Affaires étrangères et de la coopération, sa totale solidarité avec l'Algérie dans la douloureuse épreuve qu'elle vient de subir à In Amenas, l'appelle à souscrire à une approche globale intégrée et une large coopération régionale pour faire face aux menaces terroristes grandissantes. Car pour mieux contrer l'internationale terroriste qui a infesté durant cette dernière décennie la région sahélo-saharienne, il n'y a d'autre antidote qu'une large coopération régionale, sans aucune exclusive.