Finale CHAN-2024: Le Maroc remporte son troisième titre    CHAN. Félicitations Royales pour l'Equipe nationale championne d'Afrique    Le Maroc attire le géant chinois des pneus Guizhou Tyre pour la construction d'une nouvelle base de production    Le Prince Héritier Moulay El Hassan avance avec assurance vers un doctorat en relations internationales    À la suite de sa rencontre avec Nasser Bourita... Le congressman américain Michael Lawler salue les relations entre Rabat et Washington et réaffirme son soutien au plan d'autonomie au Sahara    Fouzi Lekjaa... Une décennie de réussites propulse le football marocain vers 13 titres continentaux et une demi-finale mondiale    Salon Chine–Pays arabes à Ningxia : un carrefour stratégique pour l'économie et la culture    Salon Chine–Pays arabes à Ningxia : un carrefour stratégique pour l'économie et la culture    Salon Chine–Pays arabes à Ningxia : un carrefour stratégique pour l'économie et la culture    CHAN 2024 / Jour de Finale : Les Lions botolistes 2025 à l'assaut d'une troisième étoile continentale    CHAN 2024 / Finale Maroc-Madagacar : quels arbitres ?    Dialogue entre un Pain de Sucre et un Coq    Le Secrétariat d'Etat suspend la commercialisation des huîtres de Boutalha    Marché immobilier : Les dessous d'une «fausse» crise [INTEGRAL]    L'humeur : Alaoui et BHL à Tanger, la confusion    Risques sanitaires : L'Agence marocaine du médicament interdit les produits contenant du TPO    CHAN 2024: Le Maroc décroche son troisième titre    Un samedi chargé pour les Lions de l'Atlas : entre finale africaine et chocs européens    Ports gérés par l'ANP : L'activité progresse à 51,2 millions de tonnes    Secteur non financier : La progression du crédit bancaire décélère à 3,4% en juillet    Le Trésor place 3,7 MMDH d'excédents de trésorerie    Tourisme : des recettes record de 67 MMDH à fin juillet 2025    Innovation énergétique : Le Maroc inaugure la première centrale solaire flottante    Quand le journal "Le Monde" se moque des règles d'éthique professionnelle    Essais nucléaires : l'ONU exhorte les dirigeants mondiaux à arrêter de « jouer avec le feu »    La Guinéenne Diene Keita nommée Directrice exécutive du FNUAP    USA : la procédure accélérée d'expulsion de migrants bloquée    Le temps qu'il fera ce samedi 30 août 2025    Les températures attendues ce samedi 30 août 2025    France: 20% des vols annulés à l'aéroport d'Orly à cause d'un épisode orageux    Marruecos: Los partidos denuncian los artículos del diario Le Monde y las filtraciones de Jabraoot DZ    Provincia de Taroudant: Ocho muertos en un accidente de tráfico en la RN11    Benjamin Ziff nouveau chargé d'affaires de la mission des Etats-Unis au Maroc    Le Maroc et l'Irak renforcent leur coopération judiciaire    Clasificación de futsal FIFA: Marruecos avanza 16 puestos en la categoría femenina    En l'absence d'un chef désigné, la zaouïa Boutchichiya reporte son forum sur le soufisme    Bong Joon Ho to chair jury at 22nd Marrakech International Film Festival 2025    Mode : Ces icônes et célébrités internationales qui ont brillé en caftan marocain    Réforme électorale : le PJD plaide pour la neutralité et l'équité du scrutin    CHAN 2024 / Finale Maroc - Madagascar : A 90 minutes de la gloire !    Rapport CE : Sur un million de produits, seuls 82 subissent un contrôle douanier dans l'UE    Enquêtes Le Monde : la commission de la presse dénonce un manque de rigueur    Des congressmen US réaffirment la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara et souhaitent voir davantage d'investissements américains dans cette région    Province de Taroudant : un accident sur la RN11 cause huit morts    Le réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho, auteur de Parasite, à la tête du jury du Festival de Marrakech    Aziz Akhannouch : « Des manœuvres flagrantes pour saper les acquis de notre pays »    L'Association pour la culture et l'industrie Maroc-Israël condamne vigoureusement "Le Monde" pour un article jugé offensant envers le roi Mohammed VI    Donald Trump s'exprimera à l'ONU en septembre    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Jimi Hendrix et le berger
Publié dans Albayane le 13 - 01 - 2021


Chapitre d'un récit fictionnel à venir
Par M'barek Housni
– Libre à vous de ne pas me croire, dit le vieil homme
Il avait un visage buriné caché par une épaisse fumée de cigarette, et appuyait sur chaque mot pour nous convaincre du bien-fondé de ses allégations.
Il parlait de Jimi Hendrix.
Nous, on le regardait. Combien sont-ils ces amis supposés du grand guitariste ? Il ne paraissait pas s'apercevoir de l'air un peu incrédule avec lequel on suivait ses propos.
– C'était quand ?
– Il y a cinquante ans. J'étais très jeune à l'époque, à peine vingt ans… la belle époque…
– Et vous l'aviez reconnu à cet âge-là ?
– Bien sûr que non. Au début, on ne pouvait pas le distinguer, car ils se ressemblaient tous.
– Qui ça ?
– Les hippies quoi… Ils s'habillaient tous de la même manière, des chemises très colorées et des pantalons bigarrés à pattes d'éléphant…
– Vous étiez arrivé à les distinguer par la suite ?
– Oui, mais ce n'était pas facile, ils avaient la même chevelure, hommes et femmes.
– Et vous aviez pu reconnaître Jimi Hendrix ?
– Bien sûr, il avait une guitare…
– Les autres n'en avaient pas ?
– Si… (Il balbutia et nous jeta un regard de chien battu)
Je le contemplai un peu. Je l'imaginai à vingt ans… Etant de la région, étant un Ihihi, plusieurs images qui s'accordaient avec son physique rondouillard et sa gestuelle dynamitée par le feu de la nostalgie me vinrent à l'esprit. Je ne pouvais le concevoir que berger, gardant ses chèvres dans les étendues épineux de l'arganeraie. Dans la clarté brûlante de l'après-midi, il aurait été un jeune homme chétif vêtu d'une foukia et chaussé de tourzieinne, ces sandales fabriquées de pneus de voitures usés, seules capables d'endurer la dureté des roches blanches et des épines. Il aurait un de ses passages à vide propres à tous les bergers, en plein soleil. Il aurait alors aperçu un groupe de jeunes Occidentaux bizarres dans les creux des falaises, sur la plage, dansant, fumant, chantant, s'aimant, les uns parfaitement nus d'autres habillés de « haillons », aurait-il dit. Il aurait eu les yeux étonnés par tant de nudités blanches offertes et du dévergondage qu'il n'avait jamais vus dans sa courte vie d'alors.
Et on l'aurait invité. Peace and love. Ses yeux étonnés et incrédules, son corps vigoureux, sa beauté de montagnard préservée de « l'immondicité de la vie occidentale » auraient sûrement suscité des convoitises. Des blondes avec des cheveux dans l'air lui auraient souri lumineusement. Il en aurait perdu son petit latin amazigh. Et petit à petit, il aurait rendu des services en tous genres. Le dollar collait à flot.
– Combien tu en as accompagnées? Je lui demandai avec un amazigh du terroir.
Il se cloua sur son siège et me regarda, estomaqué. Puis voyant mon air affable et malicieux, lui aussi du terroir, il répondit en gonflant sa poitrine, pas peu fier.
– Oh, c'était la belle vie… Et tout cet argent tout en couleur… et ces fesses offertes...
Les autres le regardèrent. Ils en oublièrent l'histoire de Jimi Hendrix. Mais la légende fut faite depuis de longues années. L'une des mille légendes qui jalonnent l'histoire contemporaine de Mogador. La légende raconte que le Vo Child avait donc passé quelques jours à Diabat, un village au sud de la ville, célèbre pour avoir accueilli une forte communauté hippie fin des années soixante début des années soixante-dix. À l'époque, nombre de jeunes américains allait aux aéroports s'enquérir des billets d'avion à destination d'une supposée ville de Diabat qui n'existait sur aucune carte.
Et voilà que notre berger qui reprit, sans trop de conviction cette fois-ci :
– Il n'empêche que je l'ai vu, ce Jimi Hendrix (il n'est plus que ce «ce» maintenant).
Il dit qu'il avait l'air en forme. Oui il était entouré de ses gardes du corps, des blonds baraqués. Il portait un collier avec trois diamants et une veste en jean fourrée.
Ce côté d'appropriation d'une célébrité continua. Tout ce tissage d'histoires inventées donnait de l'importance à leur personne effacée dans ce village tombé dans l'oubli depuis. On avait tant raconté.
– J'ai même posé avec lui
– Ah ! oui… Ça c'est une preuve inattaquable…
– Malheureusement j'ai perdu la photo…
Bien sûr. Le contraire aurait étonné.
D'autres personnes prétendaient l'avoir connu. Chacun y va de son histoire. Il n'y a qu'à voir les cafés qui affichent des posters du rocker au jour d'aujourd'hui. Il y a «the Jimmi's Story at Diabat» écrit sur un panneau improvisé où étaient dessinés le portrait du chanteur en noir et à droite, et à gauche un désert croqué avec des chameaux, des palmiers, et un ciel bleu. Une autre grande image sur le mur blanchi à la chaux avec le même portrait en noir et blanc et au-dessus des barques sur le bord du port et à côté on lit : « 1969, le passage historique de Jimi Hendrix à Diabat. Même ce «Caste in the sand» avait été paraît-il écrite ici. Ecrire la star, la dessiner, posséder un bout de sa vie comme inscription dans le monde, peu de lieux du sud peuvent le prétendre.
Mais en fait, Jimi Hendrix était passé à Mogador. Il avait bu un verre dans son célèbre hôtel à l'époque, l'hôtel des Iles, avait fait la fête comme il en savait la faire, et avait regagné ses States pour mourir d'overdose à vingt-sept ans.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.