La quatrième édition du festival international Tourtite d'Ifrane fait vibrer toute une cité, enivrée par la clémence de la nature, à laquelle est dédiée cette festivité de haute qualité. La pléthore et le raffinement des menus minutieusement sélectionnés à toutes les attentes ravivent les citoyens, à longueur de journée. Les spécificités régionales sont lourdement mises en avant afin de valoriser, à raison, les singularités identitaires d'une communauté attachée au patrimoine aussi riche qu'attrayant. C'est dans cette logique que se sont poursuivies les soirées artistiques au rafraîchissant complexe sportif, où sont sidérés des flots humains, dans une sérénité et un engouement indéfinissables. Mercredi soir, on leur suggéra comme spectacle, tout d'abord, la troupe Nejma des arts populaires d'Algérie, un ensemble de toute finesse et de toute somptuosité, inspirées des mosaïques régionales des oasis et de Kabylie. De par la couleur bigarrée et le mouvement synchronisé, cet ensemble, aguerri et limpide, a semé l'émerveillement au sein des populations, épatées par le rythme enflammé et l'élégance de la virtuosité en chœur. Des moments d'extrême volupté qui renvoient littéralement à nombre d'expressions orientales de chez nous et qui font aussi rêver à un rapprochement des deux peuples respectifs dont les racines sont séculairement similaires, à plus d'un titre, loin des barrières et des animosités. Après ce spectacle qui tint en haleine le public, de bout en bout, la sympathique troupe Joudour fait son apparition, magistralement conduite par le célébrissime Rachid Regragui. L'admiration et la séduction ne font alors que monter d'un cran, tellement en compagnie d'une ingéniosité des plus spectaculaires. En effet, de morceau en morceau, l'orchestre, à priori moderne, avec des instruments tels la trompette, la batterie, la violoncelle, le saxophone, introduit, avec subtilité et harmonie, des facettes typiques de l'art musical indélébile de notre arrière pays, tels Ahidous, Gnaoua, Guedra…Ce foisonnement fluide et cohérent de la note musicale recherchée et du rythme ancestral envoûtant enfante une symbiose de toute splendeur. L'enchevêtrement sinueux et articulé était tel qu'on se croirait dans une entité indivisible. C'est combien la maîtrise et la maestria des artistes aussi bien symphoniques que populaires procuraient une sensation de fierté et de frémissement. Le prodige était tout simplement de taille. La toute gracieuse troupe des Polyphonies des Pyrénées de Oloron Sainte-Marie de France, faisait, ensuite, son entrée sur scène sous les applaudissements nourris. Dans une réelle dédicace à la montagne, Atlas et Pyrénées, le groupe populaire de l'Hexagone véhicule parfaitement cette notion de surplombement altier des altitudes dont ne cessent de s'enorgueillir nos vaillants montagnards. Le spectacle plein de cet ensemble, imprégné de cette identité pittoresque, a partagé, avec brio et vista, la diversité culturelle d'une ville de montagne sur l'autre rive de la méditerranée. C'est d'ailleurs là la devise du festival qui s'en va creuser dans les entrailles traditionnelles les richesses d'un patrimoine aux similitudes indéniables. Le lendemain dans la soirée, c'était consacré à la musique soufie, avec Hamadcha, Aissaoua et Al malhoun. Une occasion pour les adeptes de ces prestations typiques de s'envoler dans l'univers de la spiritualité et de la purification. Une soirée sereine où la méditation pesait sur les coeurs attendris. Le festival allait connaître, par la suite, des soirées endiablées avec la virevoltante Aicha Tachinouite et le virtuose Hamid El Kasri qui viennent de faire un tabac au festival du Rai à Oujda. Viennent également à cette panoplie prodigieuse Zaina Daoudia et Abdelaziz Stati qui mirent le feu sur la scène de Tourtite. C'est ce qu'on appelle, achever en apothéose.