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Fès : Histoire : Capitale culturelle et spirituelle du Royaume
Publié dans Albayane le 15 - 08 - 2010

Le mois sacré du Ramadan est toujours l'occasion pour toutes les publications, indépendamment de leur périodicité, de se mettre au goût de cette période propice au recueillement et à la spiritualité.
La lecture est généralement l'activité la plus prisée. Dans ce sens, nous avons choisi de faire un voyage à travers l'histoire des régions du Royaume en dressant le profil à travers le temps d'un certain nombre de villes marocaines. L'histoire du Maroc qui remonte à plus de douze siècles se révèle être l'une des plus riches et des plus fécondes que l'humanité ait connues. Nous commencerons durant ce mois sacré par le circuit des villes impériales en évoquant certaines de leurs particularités historiques, architecturales et urbanistiques. Il en sera ainsi des principales étapes qui ont marqué l'itinéraire à travers le temps des villes des seize régions du royaume.
Capitale culturelle et spirituelle du Maroc, Fès est une ville millénaire. En la jalonnant, on peut facilement se laisser emporter à travers son histoire, grâce à ses nombreuses mosquées, médersas, fondouks, fontaines et salles d'ablution, jardins historiques, murailles et remparts, portes fortifiées, mellah et synagogues, manufactures, mausolées, palais et riads, places et souks. Mais que ce soit des Idrissides aux Alaouites, des Andalous aux Juifs, toutes les dynasties et tous les peuples ont laissé leur empreinte sur la ville.
Ces dernières années de nombreux monuments ont été restaurés, comme la médersa El-Attarîn, la médersa Bou-Inania (XIVème siècle), la Magana (une horloge hydraulique unique au monde) et la bibliothèque de la mosquée Quaraouiyine. Cette dernière possède de très rares manuscrits écris par de célèbres savants comme Ibn Rochd (Averroès) ou Ibn Khaldoun. Appelés “monuments verts” les jardins du palais Batha, construit au XIXème siècle par le sultan alaouite Moulay Hassan Ier et celui du Riad Moqri datant du début XXème.
La ville « Médina Fès » a été fondée par Idris Ier en 789 à la place de l'actuel quartier des Andalous. En 809, Idris II fonde « al-Aliya » sur l'autre rive de l'oued de Fès. Al Aliya se développe très vite et devient une véritable ville avec mosquée, palais et kisariya.
Les évolutions suivantes sont dues à deux vagues successives d'émigration : à partir de 817 - 818 s'installent dans la ville près de 800 familles andalouses expulsées de la ville espagnole de Cordoue. Peu de temps après environ 2 000 familles de Kairouan s'installent sur l'autre berge.
La mosquée universitaire «Quaraouiyine» fondée au IXe siècle devient l'un des centres spirituels et culturels les plus importants de l'époque]. Son influence se fait ressentir jusque dans les écoles de l'Espagne islamique et au-delà vers l'Europe et elle est connue pour être la plus ancienne université au monde.
Les nouveaux arrivants apportent avec eux aussi bien un savoir-faire technique et artisanal qu'une longue expérience de la vie citadine. Sous leur impulsion, Fès devient un centre culturel important et après la fondation de la mosquée universitaire Quaraouiyine le cœur religieux du Maghreb.
Fès se trouve à un emplacement particulièrement avantageux, au croisement de routes commerciales importantes, au cœur d'une région naturellement généreuse avec des matières premières précieuses pour l'artisanat (pierre, bois, argile). Elle se trouve notamment sur la route des caravanes allant de la Méditerranée à l'Afrique noire en passant par la grande ville commerciale Sijilmassa.
Les deux parties de la ville s'unissent au Moyen Âge, détruisant le mur qui les séparait. Fès perd son rôle de capitale avec la fondation de Marrakech par la dynastie almoravide au XIe siècle mais le reprend en 1250 grâce à la dynastie mérinide. Sous leur règne, la nouvelle ville El Medinet El-Beida (la ville blanche) est fondée en 1276 et est équipée de remparts, de palais et de jardins. Elle est rapidement connue sous le nom de Fès Djedid (la nouvelle Fès) en opposition à Fès el Bali (la vieille ville).
Au début du XIVe siècle, apogée de l'art hispano-mauresque, la ville connaît une forte croissance. Grâce aux caravanes allant jusqu'au port de Badis dans le Rif, Fès est en permanence liée à l'Espagne islamique et à l'Europe. En 1471, la ville tombe aux mains de la dynastie Wattasside.
En 1522, Fès souffre d'un tremblement de terre qui détruit la ville en partie. Dans les années qui suivent, de nombreux bâtiments sont reconstruits, restaurés ou remplacés par des nouveaux. La dynastie des Saadiens prend la ville en 1554 mais choisit Marrakech comme capitale.
À la fin du XVIIe siècle, avec les débuts de la dynastie alaouite, Moulay Ismail choisit Meknès comme nouvelle capitale. Il installe à Fès une partie du clan des Udaia qui l'avaient aidé à gagner le pouvoir. Moulay Abdallah, le successeur de Moulay Ismail, fait de Fès son lieu de résidence et fait rénover ou nouvellement construire mosquées, écoles (madrasas), ponts et rues, les rues de Fès Djedid sont pavées.
C'est à Fès que le traité de protectorat français et espagnol est signé le 30 mai 1912. Rabat est déclarée officiellement capitale du Maroc, Fès reste cependant un lieu de résidence royal important et un centre culturel, artisanal, commercial mais aussi politique. Le Comité d'Action Marocaine et après Le parti de l'Istiqlal se sont établis à Fès. Beaucoup des initiatives pour chasser l'occupant français partent de Fès. D'ailleurs la première fête du Trône y a été célébrée. Et c'est de Fès également, en 1933, que les deux premiers journaux du Mouvement National ont été lancés :
L'Action du peuple et la Volonté du peuple. En 1944, est rédigé le Manifeste pour l'Indépendance dans une maison de l'ancienne médina, aujourd'hui place de l'Istiqlal.
Sous la direction de Lyautey et d'après les plans de l'architecte Henri Prost, une nouvelle ville se développe dans les environs de Dar Debibagh au sud de Fès Djedid. Si elle fut dans un premier temps le quartier résidentiel des européens, la « ville nouvelle » a continué à se développer comme ville arabe moderne avec de nouveaux quartiers de villas. Les autorités, institutions et entreprises de services s'y sont installées.
La ville qui se modernise
A l'image du Maroc de Mohamed VI, la ville de Fès entame ce nouveau siècle en lançant de grands chantiers à caractère culturel, social et économique, tout aussi importants les uns que les autres.
Parmi les grandes réalisations programmées figurent principalement la construction de l'autoroute Fès-Oujda, la restauration et d'illumination des murailles historiques de la médina, des travaux ferroviaires de grande envergure, l'inauguration du centre régional d'Interface relevant de l'université Sidi Mohammed Benabdellah et le lancement d'un nouveau pôle urbain à la zone Aîn Ch'kef.
Ces dernières décennies, le tourisme n'a cessé de se développer et est devenu un important facteur économique, d'autant plus important grâce à des manifestations culturelles telle que « le Festival des musiques sacrées du monde.»
En effet parmi les projets ambitieux il y a lieu de citer aussi le Programme du développement régional du tourisme (PDRT) qui représente une véritable feuille de route pour la relance du secteur. Ce programme est en fait un contrat liant le gouvernement, les instances régionales et les élus. Il s'agit d'une nouvelle politique volontariste pour le développement de l'activité à l'échelle régionale.
Dans ce sens, l'amélioration du produit touristique vise la création de deux nouvelles zones touristiques dans les quartiers d'Ouislane et d'Oued Fès d'une capacité d'hébergement additionnelle en médina à travers la reconversion de maisons à forte charge historique et de «Fondouks en palais et maisons d'hôtes.
Un autre programme de développement régional d'artisanat (PDRA) a fait aussi l'objet d'une convention, signée entre le département de l'artisanat et de l'économie sociale, ainsi que les conseils de la commune, de la préfecture et de la région de Fès-Boulemane. Ce programme, le premier du genre lancé dans le cadre de la vision 2015 pour l'artisanat, repose en particulier sur la volonté de faire de la ville de Fès une locomotive pour le développement national du secteur de l'artisanat en ciblant les produits à fort contenu culturel et en exploitant les atouts exceptionnels de la médina de Fès.
Sur le plan industriel et dans le cadre d'une vision stratégique coordonnée entre les différents acteurs locaux et institutionnels pour un développement du secteur, le premier Programme de Développement Régional Industriel (PDRI) a été lancé dans la région avec un espace dédié à l'offshoring «Fes Shore». L'objectif principal est de positionner la capitale spirituelle au sein de la stratégie nationale de développement industrielle «Emergence» et impulser le développement de nouveaux métiers en vue de booster la croissance et repositionner des secteurs structurants à fort potentiel et à grande valeur ajoutée.
Le PDRI porte sur la définition de segments de projets industriels, l'identification de niches de projets et des filières à fort potentiel de développement et l'identification de la demande effective et potentielle de l'assiette foncière à aménager pour créer un pôle industriel.
Une mise en valeur très ciblée du potentiel innovateur de la région de Fès et du Bipôle Fès- Meknès peut être assurée par la première technopole régionale « Fès Technovalley «, l'un des projets phares lancés en 2007 à Fès. Une analyse sectorielle a été réalisée afin d'identifier les secteurs clés qui permettent l'ouverture des perspectives en matière de développement local et qui s'intègrent aux plans d'actions prioritaires et stratégiques. Cette analyse a pour objet d'étudier les principaux leviers de l'économie de la région actuels et futurs afin de les inscrire dans la démarche technopolitaine.
Ce projet sera aussi consacré au développement de nouveaux potentiels économiques et offre aux entreprises l'assurance de bénéficier de la promotion globale, d'un site unique implanté dans un environnement urbain jouissant de notoriété mondiale, culturelle, touristique et technologique. Le groupement d'intérêt économique « Fès Technovalley Technopole GIE » a été crée pour mettre en œuvre tous les moyens nécessaires à la mise en place, la gestion et le développement du projet Fès Technovalley,
Un tel projet dans la région de Fès aura pour but non seulement de jouer un rôle moteur et d'entraînement en matière de développement économique et technologique de la région, mais aussi d'être un carrefour régional générateur d'une synergie entre l'entreprise, la recherche, la formation et l'innovation.
Les monuments de la ville
La Mosquée des Andalous
Elle est située sur la rive droite de l'oued de Fès, à proximité de la médersa Sahrij. Elle doit son nom à des familles réfugiées andalouses. Elle fut érigée en 859-860 sous le règne de la Dynastie Idrisside par une femme appelée Mariyam el Fihriya, soeur de Fatima el Fihriya, fondatrice de la Mosquée El-Qaraouiyyîn. Le bâtiment ne servait à l'origine que de simple oratoire avant de devenir progressivement une mosquée à part entière. Les almohades dessinèrent ses limites actuelles. La dynastie des Mérinides la dota d'une fontaine dans la cour intérieure ainsi que d'une bibliothèque. Elle fut rénovée sous les Alaouites par Moulay Ismaïl.
Située en haut d'une montée accessible par marches, la mosquée des Andalous est reconnue visuellement pour son monumental portail orienté au nord, orné de zelliges avec un auvent en cèdre sculpté et par son minaret blanc doté de faïences vertes foncées. Une fontaine se situe au milieu du patio et la mosquée possède une bibliothèque. On y trouve à l'intérieur une chaire en bois datant de 980.
Musée Batha
Le musée fut à l'origine un palais d'audience et une résidence estivale construite à la fin du XIX ème siècle par le Sultan Moulay Hasssan 1er .La bâtisse fut complétée et embellie par son successeur Moulay Abdel Aziz. Les bâtiments ne sont donc pas très anciens mais les proportions des arcades, des galeries, des cours et du jardin sont d'une très belle harmonie. Ce palais fut donc érigé en un musée « Des Arts et Traditions populaires » dès 1915.
Le Musée comprend plusieurs appartements et salles qui sont réservés aux aspects prépondérants de la vie quotidienne, de l'art de vivre citadin et du degré de raffinement atteint par les habitants de cette ville, de la vie religieuse et scientifique. Des corans et livres de prière, des calligraphies enluminées, des reliures, des astrolabes et autres collections démontrent que Fès n'a pas cessé d'être, depuis sa fondation, la demeure du Fikh, de la science et de la piété.
Bab Boujloud
Construite une première fois au XIème siècle, puis sous le règne des Almohades au XIIIème siècle, elle a été restaurée et réaménagée à plusieurs reprises. En 1913, sous le règne du sultan Alaouite Moulay Hafid, cette porte a été décorée en céramique émaillée, bleue d'un côté et verte de l'autre. La face bleue de la porte donne sur une esplanade récemment réaménagée où ont lieu des spectacles et concerts de musique de différents festivals et événements.
Elle se compose d'un arc central et de deux petits arcs latéraux. Ses façades sont respectivement recouvertes de zelliges bleus à l'extérieur et verts, à l'intérieur. À l'entrée de la porte, dans la perspective de l'arc, on aperçoit le minaret de la médersa Bouâanania et la mosquée Sidi Lazaz.
Place Boujloud
L'importance de la place Boujloud est due à sa position stratégique, point d'entrée principal à la médina, ainsi qu'aux activités pittoresques d'antan (conteurs, groupes folkloriques, jeux..). La place s'étend sur une surface de près de 2 hectares située dans la zone reliant les deux entités composant la médina : Fès Bali (l'ancien) à Fès Jdid (le nouveau). Cette vaste esplanade est ceinte de hautes murailles en pisé et donne accès au prestigieux Lycée Moulay Idriss. Cet espace gigantesque est souvent utilisé pour des concerts, dont ceux du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde.
La Médersa Bou ‘Inania
C'est une médersa édifiée entre 1350 et 1355 par le sultan Abou ‘Inan Faris. Elle est la seule médersa de la ville comportant un minaret, et elle jouxtait aussi des boutiques permettant son financement, ainsi que de vastes latrines, qui témoignent de son caractère public. En effet, la médersa fonctionnait aussi bien comme une école que comme mosquée du vendredi. Cette médersa est ouverte aux non-musulmans, comme la médersa Ben Youssef à Marrakech, par exemple.
La médersa était située dans un quartier faisant jonction entre la vieille cité et les nouvelles constructions mérinides. Le plan général est irrégulier, du fait de l'emplacement, mais une certaine symétrie y est respectée. L'entrée principale mène à une grande cour centrale, sur laquelle s'ouvrent deux halls plus petits, servant aux cours, et surmontés de dômes de bois. Ce plan rappelle les plans à deux iwans, nés en Iran et utilisés de manière contemporaine en Egypte mamelouke.
Au fond de la cour, on trouve une salle de prière composée de deux nefs parallèles à la qibla. Elle comporte un unique mirhab, qui fait saillie dans le mur et quatre colonnes d'onyx. Cette salle est couverte de deux voûtes en bois. Autour de ce complexe principal se déploient les cellules des étudiants, accessibles à partir du vestibule d'entrée via des couloirs étroits.
Comme dans toute construction mérinide, le décor est particulièrement riche et fin. Trois matériaux sont à l'honneur : le stuc, travaillé en muqaranas, qui orne les arcs et les niches, le bois sculpté de motifs complexes d'étoiles, ou formant une imposante corniche, et la mosaïque dans les lambris.
La façade de la médersa a conservé un exemplaire exceptionnel et très complexe d'horloge à eau, un système qui permettait notamment de connaître avec précision les heures de prière.
La Médersa Es Sahrij (1321/1323), la plus ancienne, est située près de la Mosquée des Andalous. Elle est remarquable par la finesse de ses décors en bois, ses plâtres et ses zelliges.
La Médersa Attarine (1323/1325) est le type même des collèges médiévaux. Son entrée superbement décorée ouvre sur un patio agrémenté d'une fontaine pour les ablutions. Les sols et murs sont colorés par de magnifiques faïences vernissées.
Les colonnes et leurs chapiteaux sont en marbre. Les plafonds sont en bois de cèdre sculpté. La médersa est dotée d'une salle de prière et de l'indispensable mihrab. Les chambres des étudiants situées à l'étage ouvrent sur le patio.
Fès Jdid
Le principal monument de Fès Jdid est le Palais Royal dont la construction a commencé au XIIIème siècle. La Place des Alaouites, vaste esplanade aménagée en 1968, offre une vue impressionnante sur les portes finement ouvragées du Palais Royal.
A l'intérieur de Fès Jdid, la grande rue est une succession de boutiques proposant une grande variété de tissus : tissus pour l'ameublement, étoffes pour les djellabas et les caftans, … Deux mosquées veillent sur ce quartier : La Mosquée Hamra (la rouge) datant du XIVème et la Mosquée Beida (la blanche).
Cette rue débouche sur le petit Méchouar. Après avoir longé le jardin de Jnane Sbil, se trouve Le Musée du Batha est un ancien palais du XIXème siècle qui expose, entre autres, des collections de poteries anciennes. Fès Jdid se distingue aussi par la Kasbah des Cherrardas puis le Borj Nord, forteresse construite en 1582 par le sultan Saadien Ahmed El Mansour et qui abrite le musée des Armes. Du Borj Nord aux vestiges de la Nécropole des Sultans Mérinides, toute la médina de Fès s'étale en un panorama saisissant.
Les remparts mènent à Bab Guissa, entrée nord de la médina devant le Palais Jamai, ancien palais viziriel datant du XVIIIème siècle et transformé en hôtel de luxe, puis à Bab Ftouh, puis le Borj Sud, jumeau du fort situé sur le versant nord de la ville et qui offre, lui aussi, une très belle vue sur la médina de Fès sous un angle et un éclairage différents.


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