Carrefour diplomatique: à Rabat, rencontre sur l'investissement    IPC et inflation sous-jacente : progression de 1,4% et de 1,7% en 2021    Edito : Gouvernement d'action    Industrie aéronautique marocaine : Décollage imminent    Les prix des fruits et légumes ont bondi de 9% en France entre 2019 et 2021, selon Familles rurales    USA: Suspendus à cause de la 5G, Emirates reprend « temporairement » ses vols    Achraf Hakimi dans l'équipe de l'année d'EA Sports    Covid-19: Gestion des cas contact et pic épidémique.. Le point avec un spécialiste    Météo Maroc: temps assez froid ce vendredi 21 janvier    Casablanca: le propriétaire d'un café risque très gros    France : le gouvernement dévoile le calendrier de « levée progressive » des mesures restrictives    Avion dérouté par le Bélarus: la justice américaine inculpe des responsables de Minsk    Le Datacenter du ministère de l'Economie et des Finances certifié "Tier III" d'Uptime Institute    Léger recul des homicides au Mexique, toujours miné par la violence    Bourita s'entretient avec son homologue malien    Russes et Américains se parlent à Genève pour tenter de désamorcer la crise ukrainienne    Sekkouri: Le programme "Awrach" reflète l'engagement du gouvernement à soutenir les piliers de l'Etat social    CAN 2021: Programme des 8ès de finale    Covid-19: chute du nombre de cas en Afrique, la 4e vague reflue (OMS)    Les Pharaons s'imposent sur le fil    Terrorisme : Le parquet fédéral belge enquête sur l'agression de la ressortissante à Agadir    Hachem Bastaoui a-t-il réellement mis fin à sa carrière ? Son frère Oussama brise le silence    CAN 2021 : Les Fennecs éliminés par les Eléphants    M. Bourita s'entretient avec son homologue malien    La Russie s'emporte contre les menaces américaines    NourAyadi, la pianiste qui évolue dans la cour des grands    Adonis le spirituel dissident !    Audience des chaînes nationales : que regardent les marocains ?    Covid-19 : 9 061 nouveaux cas, plus de quatre millions de personnes ont reçu les trois doses    Le Conseil de gouvernement prend connaissance d'un accord portant création du siège de l'Union Panafricaine de la Jeunesse à Rabat    Service militaire : L'annonce du ministre de l'Intérieur    Maroc: 206 nouveaux GAB en 2021 (CMI)    La FIFA annonce une nouvelle réglementation pour les prêts    Accord pour faciliter l'accès à la pilule anti-Covid de Merck dans 105 pays    Un récif corallien très rare découvert près de Tahiti par une mission de l'UNESCO    Après une année à la Maison Blanche, Biden évoque de nombreux « défis » et « d'importants progrès »    Les efforts de SM le Roi en faveur de la question palestinienne mis en avant devant le Conseil de sécurité    Espagne : Plus de 285.000 Marocains inscrits à la sécurité sociale    Ouverture des frontières : Ryanair jette l'éponge, Akhannouch reste évasif    Largement touchée par le Covid : Mission difficile pour la Tunisie face à la Gambie    Barça à Dembélé : '' On ne veut plus de vous M. Dembélé. Partez dès cet hiver SVP !''    Patrimoine : Rabat et Washington unis pour préserver les mosaïques historiques de Volubilis    Le poète El Houcine El Qomri est décédé    Tan-Tan : 16 arrestations dans une affaire d'immigration illicite et de trafic d'êtres humains    Akhannouch , Inshallah pour un gouvernement de résultats    CAN 2021 / Programme de ce jeudi : La Tunisie se présente avec seulement 16 joueurs !    José Manuel Albares : parvenir à un accord définitif sur le Sahara est un «impératif moral»    L'Oriental Fashion Show retrouve la scène de la mode parisienne    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Le géant d'Erfoud
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 08 - 08 - 2003

L'ambassade d'Allemagne organise, en automne 2003, une exposition de l'un des artistes les plus célèbres dans le monde. Hannsjörg Voth a construit trois œuvres monumentales dans le sud-est du Maroc. Elles sont admirées dans le monde entier, sauf ici.
Au milieu du désert marocain, une ville surgit soudain. Le voyageur pense à un mirage ! Il a beau se rapprocher de la cité, elle ne s'évapore pas. Bien au contraire, elle lui révèle des détails. Ses tours ne vacillent pas. Ses murs ne tremblent pas.
Les creux opérés dans les murs pour l'évacuation de l'eau deviennent nets à mesure que le voyageur se rapproche. Il se frotte les yeux pour faire disparaître l'apparition, mais ne réussit pas. Il s'avance d'un pas décidé, et se retrouve tout près des tours qui le dominent de plusieurs mètres.
Il en appelle au toucher pour se persuader qu'il ne rêve pas ! Ses mains lui communiquent une sensation rugueuse. Il se résout enfin à accepter qu'il est en présence de constructions qui ne sont pas le fruit de son imagination ou d'une insolation.
Il entre dans la ville où il constate que les bâtiments sont conservés dans un état impeccable. Le voyageur se met à courir dans tous les sens, à crier sans que personne ne lui réponde. Il n'y a pas âme qui vive ! Il est sûr alors d'être le premier témoin de la réapparition d'une cité mythique, enfouie dans le désert pendant des siècles. Il court annoncer la bonne nouvelle à Erfoud où il est stupéfait de constater que personne ne s'enthousiasme pour sa découverte. «C'est la ville de l'Allemand Voth», lui répond un maçon.
Cet ouvrier sait de quoi il parle, parce qu'il a pris part à la construction de la « Cité d'Orion ». Son concepteur, Hannsjörg Voth, est l'un des artistes contemporains les plus célèbres dans le monde, et particulièrement dans la forme d'art dite “land art”. Cette expression désigne des interventions, souvent gigantesques, d'artistes contemporains dans des paysages naturels. Les œuvres participant du “land art” ne peuvent ni se commercialiser, ni se transporter vers d'autres endroits. Il existe deux façons seulement d'en prendre connaissance: la diffusion par la photographie ou la visite du lieu pour lequel elles ont été conçues.
Au demeurant, la « Cité d'Orion », réalisée en 2003, n'est pas l'unique œuvre que Voth a réalisée dans le sud-est marocain. Il en existe deux autres. « L'escalier céleste » date de 1987. Haut de 16 mètres, il constitue l'un des ouvrages les plus représentatifs de l'artiste allemand. Cette œuvre exprime l'inclination de l'Allemand pour la chose ancienne. La vision de cet escalier renvoie immédiatement le spectateur à l'Histoire. Pas n'importe quelle histoire, mais celle où les hommes n'étaient pas clairement distingués des dieux, où ils pouvaient toucher dieu, où ils s'érigeaient en dieux. L'escalier céleste est une espèce de pendant de la tour de Babel. On n'y parle pas toutes les langues, mais il permet une ascension. Cette œuvre ne peut s'appréhender indépendamment du soleil. Les escaliers dessinent des scies lorsqu'ils sont éclairés à certains moments de la journée. D'ailleurs, il arrive que des bergers se reposent à l'ombre de l'escalier céleste. La troisième œuvre de Voth s'intitule « la spirale en or ». Il s'agit d'un mur sous forme de spirale qui mesure 60 x 97 mètres. Il s'appréhende en une seule fois seulement par une vue aérienne.
« La spirale en or » ressemble à quelques vestiges des civilisations anciennes friandes des géométries strictes. Elle rappelle les tracées laissées sur des vestiges précolombiens.
« Il est impossible de regarder les œuvres de Hannsjörg Voth sans penser qu'une autre civilisation est passée par là », nous précise l'écrivain et critique d'art espagnol Emmanuel Borja qui vit à Rabat. Il ajoute que la facination de l'architecture sur Voth tient au métier de son père. « Je pense que Hannsjörg Voth est à la fois nourri par la nostalgie de son père qui était architecte, et celle des origines de l'art qui sont consubstantielles à l'acte de bâtir », dit-il. Pour construire ses œuvres près d'Erfoud, Voth fait appel à la main d'œuvre de la région et aux techniques de construction locale. Pas de grue, ni de bulldozers, mais des hommes qui répètent un geste millénaire, consistant à mettre une pierre au-dessus de l'autre pour élever un bâtiment. « La cité d'Orion », « L'escalier céleste » et « la spirale en or » ont été financés, selon Emmanuel Borja, grâce à la vente des esquisses et dessins de l'artiste. Ils sont bien connus des habitants d'Erfoud, mais inconnus de la plupart des Marocains. L'artiste ne tiendrait pas d'ailleurs à ce qu'ils soient repérés par des touristes. Mais est-ce une raison suffisante pour qu'un artiste célébré dans le monde entier, et dont les œuvres construites au Maroc ornent des catalogues lourds de plusieurs kilos, ne suscite pas d'intérêt chez nous ?


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.