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Comment l'Algérie utilise la cause palestinienne à des fins politiciennes
Publié dans Barlamane le 06 - 12 - 2021

L'Algérie se refuse à établir des relations diplomatiques avec Israël mais elle a toujours entretenu des relations officieuses avec l'Etat hébreu, surtout après la signature des accords d'Oslo de 1993 entre Palestiniens et Israéliens. La reprise des relations entre Rabat et Tel-Aviv ainsi que l'alliance sécuritaire maroco-israélienne poussent le régime à jouer le tout pour le tout, quitte à manipuler le dossier palestinien à des fins peu avouables.
Un mythe : «l'Algérie, fervent soutien de la cause palestinienne !» Un autre : «l'établissement de relations algériennes avec Israël est conditionné de l'avancée de ce dernier vers un règlement de la question palestinienne.» C'est un mot d'esprit du défunt président Abdelaziz Bouteflika, prononcé un jour en 1999 lors d'un déplacement local : «Si j'ai un malade qui agonise à la maison, que j'ai besoin d'un médicament, que tous les pharmaciens sont fermés, sauf l'Israélien, je ne sais pas ce que vous faites, mais moi, j'achète.» Une leçon de réalisme qui rompt avec l'hypocrisie actuelle de son successeur délégitimé et mal élu, Abdelmadjid Tebboune.
Alors que le Maroc s'est dit disposé à «mettre à profit» ses liens avec toutes les parties du conflit israélo-palestinien pour favoriser la reprise du processus de paix, lors de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, le régime algérien continue dans son bluff depuis la signature à Rabat d'un accord de coopération sécuritaire «sans précédent» entre le royaume chérifien et l'Etat hébreu lors d'une visite au Maroc du ministre israélien de la défense, Benny Gantz. L'instabilité chronique de l'Algérie, la montée en puissance marocaine et les bouleversements régionaux qui se dessinent poussent le régime d'Alger à afficher un soutien factice à la cause palestinienne; surtout après la coopération qui s'était développée entre Rabat et les industries de défense israéliennes.
Pour l'opinion publique algérienne, la vérité est claire : le caractère autoritaire, répressif et antidémocratique du régime militaire, l'aspect dictatorial du pouvoir d'Abdelmadjid Tebboune; la grande pauvreté de larges couches de la population, souvent au bord de la misère, l'extrême injustice du système et les clivages sociaux, la corruption généralisée des cercles dirigeants, la nomenklatura et le népotisme des proches du régime, le rôle des polices politiques, l'emprisonnement massif des opposants, souvent sans procès, les évolutions régionales, ces caractéristiques poussent le régime algérien à réactiver certains dossiers pour réinvestir la scène régionale, étant incapable de rétablir l'économie du pays, de reconstruire la structure sociale pour améliorer le niveau de vie des masses.
Officiellement, un discours hostile à Israël. Officieusement, un go-between entre les dirigeants palestiniens et israéliens
Israël était avant depuis le début des années 2000 le premier fournisseur d'Alger en produits de santé. Le régime d'Alger s'offrait à bon prix des médicaments de qualité à une époque où (quelle coïncidence !) il tentait de redevenir acteur sur la scène internationale après des années de déchirement intérieurement. «La spectaculaire poignée de main entre Abdelaziz Bouteflika et Ehoud Barak, lors des obsèques du roi du Maroc, a montré qu'Alger, qui a longtemps campé sur des positions intransigeantes, entend ne plus rester en marge du mouvement», avait écrit Le Monde entretemps. Le journal français raconte qu'un haut responsable algérien, à la fin des années 1980, aurait aurait rencontré à Paris, une demi-douzaine de fois, l'ancien président israélien Shimon Pérès, alors ministre des affaires étrangères. En 1994, une délégation secrète du ministère israélien de la santé a signé un premier contrat commercial. Quelques semaines après, la première commande a été effectuée à travers une société écran israélienne qui disposait de bureaux... au Maroc.
Dans les années qui suivent, les expéditions se sont diversifiées : antibiotiques, seringues, tests génétiques, mais aussi hôpitaux de campagne, scanners, appareillages divers et médicaments spéciaux consacrés aux victimes d'attentats. Plusieurs projets de coopération ont rassemblé, les années suivantes, des scientifiques et des industriels algériens avec leurs homologues israéliens, relativement à plusieurs domaines, distribution et exploitation des eaux, agriculture en milieux désertique, informatique et haute technologie.
Mieux : quelques mois après l'accession d'Abdelaziz Bouteflika au pouvoir, Israéliens et Algériens ont abordé le sujet de l'ouverture éventuelle de bureaux de représentation réciproques à Alger et à Tel-Aviv. «Selon les premiers, leurs interlocuteurs en auraient accepté le principe, mais en posant une condition qui est une constante maintes fois rappelée par le président Bouteflika : rien ne sera officiellement scellé tant qu'un accord de paix définitif entre Israéliens et Palestiniens ne sera pas conclu. Selon les mêmes sources, les Algériens auraient également demandé la prééminence dans les rapports qu'Israël entretient au Maghreb. Pour le moment, Israël a ouvert un bureau de représentation au Maroc et un en Tunisie qui servent de consulat. L'Etat hébreu a aussi noué des relations diplomatiques complètes avec la Mauritanie», raconte le journal Le Monde.
Les responsables algériens ont d'ailleurs pris part, à plusieurs reprises, aux dîners du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et les mauvaises langues racontent que l'ancien président Bouteflika a «cherché à rencontrer les dirigeants américains du Congrès juif mondial. L'entrevue, longuement préparée à Paris, n'a finalement pas eu lieu, apparemment du fait des Américains, qui semblent en avoir mal apprécié l'importance», raconte-t-on.
«De leur côté, les Algériens ont tendance à penser qu'entretenir de bonnes relations avec l'Etat juif équivaut à ouvrir la bonne porte en direction des Etats-Unis et, plus généralement, à s'attirer la sympathie des médias internationaux rapidement jugés dominés par les juifs», pointe la même source.
En août 2021 ; Alger a condamné l'annonce de l'Union africaine (UA) d'accorder à Israël le statut d'observateur à l'organisation panafricaine. Elle a dénoncé la «décision du président de la Commission de l'Union Africaine (UA), d'accueillir un nouvel observateur qui relève de ses prérogatives administratives n'est pas de nature à altérer le soutien constant et actif de l'organisation continentale à la juste cause palestinienne», tout en la qualifiant de «non-évènement».
Pourtant, Israël a obtenu ce statut qu'il réclamait depuis des années, sachant qu'il entretient des relations avec 46 pays africains, et qu'il avait ce statut d'observateur au sein de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) jusqu'à sa transformation en Union africaine en 2002.
La reprise des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, accompagnée d'une reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara, a été un choc vécu par l'Algérie qui a dénoncé des «manœuvres étrangères» visant à la déstabiliser.
Contesté intérieurement, le régime utile le Maroc et Israël comme épouvantails
En octobre, les services de sécurité algériens ont affirmé «avoir déjoué des attaques armées qu'un groupe séparatiste kabyle planifiait à l'aide de complices à l'étranger.» Dans un communiqué reproduit par les médias, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a annoncé que la police avait démantelé un réseau lié au Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), classé «terroriste» par l'Algérie, et arrêté 17 personnes [qui] projetaient de mener des «actions armées visant à porter atteinte à la sécurité du pays avec la complicité de parties internes prônant le séparatisme», a ajouté la DGSN. Selon le communiqué, les suspects ont avoué avoir été «en contact permanent via internet avec des parties étrangères opérant sous le couvert d'associations et d'organisations de la société civile et basées dans l'entité sioniste (Israël) et dans un pays d'Afrique du Nord», selon la même source.
L'opinion internationale était profondément étonné d'apprendre que l'Algérie accise le Maroc de soutenir le MAK, une ligne rouge pour Alger qui s'oppose à toute velléité indépendantiste de la Kabylie, région berbérophone du nord-est du pays, alors qu'elle soutient le Polisario depuis près de quatre décennies. Pire, les preuves avancées par le régime algérien sur une probable implication israélo-marocaine dans cette affaire se sont révélées fabriquées, ainsi que les aveux récoltés.


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