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Le président Emmanuel Macron a perdu beaucoup de temps avec l'Algérie, estime Vincent Hervouët
Publié dans Barlamane le 07 - 11 - 2024

En matière de politique étrangère, le président Emmanuel Macron a appliqué une politique de «en même temps» qui a souvent conduit à des contradictions. Constance et fermeté sont indispensables pour être respecté, selon le journaliste Vincent Hervouët.
«En matière diplomatique encore plus qu'en politique intérieure, Emmanuel Macron pratique un (en même temps) absurde aux effets délétères. Prenez l'Algérie. Dans un premier temps, il qualifie la colonisation de crime contre l'humanité. Coup de théâtre ! Mais ensuite, il dénonce la rente mémorielle exploitée par les généraux pour se maintenir au pouvoir. C'est suicidaire ! La constance et la fermeté sont indispensables en politique étrangère si on veut être respecté. Emmanuel Macron enfreint en permanence cette règle élémentaire», note Vincent Hervouët dans un entretien accordé au magazine Causeur.
Le président Emmanuel Macron a adopté, depuis 2017, une posture complexe et ambivalente dans ses relations avec l'Algérie et les pays du Maghreb, notamment le Maroc, marquée par une stratégie de «en même temps» qui oscille entre reconnaissance historique et affirmations critiques.
Lors de son déplacement en Algérie, Emmanuel Macron avait créé une onde de choc en déclarant que la colonisation française constituait un «crime contre l'humanité.» Cette prise de position avait été interprétée comme un geste de reconnaissance destiné à apaiser les relations avec Alger. Quelques années plus tard, il avait dénoncé ce qu'il qualifiait de «rente mémorielle», accusant implicitement les généraux algériens de perpétuer des tensions mémorielles pour renforcer leur pouvoir interne. Ce revirement a été perçu comme une tentative de Macron de maintenir un équilibre entre les attentes mémorielles algériennes et les impératifs politiques français, mais il a également entraîné une surenchère des élites algériennes.
On annule tout!
Plusieurs fois ajournée depuis mai 2023 et finalement prévue début octobre, la visite en France du président algérien Abdelmadjid Tebboune a été annulée. «Je n'irai pas à Canossa», a-t-il déclaré lors d'un entretien à la télévision nationale. Les relations entre Alger et Paris sont au bord de la rupture après l'annonce, fin juillet, de la reconnaissance par Paris de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Alger a immédiatement retiré son ambassadeur et réduit sa représentation diplomatique, n'y maintenant qu'un chargé d'affaires.
Evoquant la colonisation française (de 1830 à 1962) et la question mémorielle, Tebboune a estimé que «l'Algérie a(vait) été choisie pour le grand remplacement, le vrai grand remplacement», consistant à «chasser la population locale pour ramener une population européenne avec des massacres, avec une armée génocidaire». «Je n'accepte pas les mensonges sur l'Algérie. Nous étions une population d'environ quatre millions, et 132 ans plus tard nous étions à peine neuf millions. Il y a eu un génocide», a affirmé Abdelmadjid Tebboune dans des déclarations outrageantes. Abdelmadjid Tebboune a aussi évoqué l'accord franco-algérien de 1968, devenu selon lui un «étendard derrière lequel marche l'armée des extrémistes» de droite en France, qui cherchent à l'abroger, a-t-il fulminé.


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