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Transport en milieu rural : le CESE plaide pour un plan intégré
Publié dans Les ECO le 26 - 03 - 2026

Le Conseil économique, social et environnemental insiste sur la nécessité de mise en place d'un plan intégré et durable du transport en milieu rural, dans le cadre de la Charte nationale pour le transport durable et intégré à l'horizon 2035. En cours de réalisation, ce plan a pour objectif le désenclavement de 13,7 millions de Marocains et leur accès aux droits citoyens. Bien que l'accessibilité se soit améliorée, le Conseil a mis l'accent dans son dernier avis sur l'urgence de moderniser les infrastructures, surtout les routes non classées, ainsi que le cadre réglementaire, en vue d'assurer un désenclavement durable, soutenu par un financement pérenne de l'entretien routier.
Véritable vecteur de développement territorial, le transport rural est au cœur du nouvel avis stratégique que le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a présenté mercredi à Rabat. Le conseil y dresse l'état des lieux de l'évolution de ce secteur durant les dernières décennies au Maroc et rappelle les efforts entrepris en vue de briser l'isolement des populations concernées et de dynamiser les économies locales.
Selon Abdelkader Amara, président du CESE, «le principe de la liberté de transport et de mobilité est une condition sine qua non pour l'autonomisation et l'intégration sociale des populations rurales à travers la mise en place d'infrastructures routières et de moyens de transport adéquats».
Mais au-delà de ce droit à la mobilité et au transport, en vertu de l'article 24 de la Constitution, Abdelkader Amara a confirmé que le transport dans le milieu rural est un élément essentiel pour l'accès à d'autres droits citoyens, à savoir l'enseignement, la santé, l'emploi et l'habitat, dans un milieu rural qui représente 90% du territoire national».
Sur 36,82 millions d'habitants selon le dernier recensement, 13,7 millions vivent en milieu rural, dépassant le seuil d'un tiers (37,2%), ce qui nécessite, selon Amara, l'adoption de politiques publiques efficientes sur le plan du transport rural. Pour ce faire, le CESE a appelé, à travers son diagnostic, à la mise en place d'un plan intégré et durable du transport en milieu rural dans le cadre de la Charte nationale pour le transport durable et intégré à l'horizon 2035, laquelle est en cours de réalisation.
Le but est d'ériger ce dernier en levier stratégique du développement territorial, notamment à travers le repositionnement du douar comme unité territoriale de référence. Celle-ci doit rapprocher les populations rurales des services de proximité et, ce faisant, offrir plus d'opportunités. Il s'agit également de moderniser et de pérenniser les infrastructures, de garantir la sécurité des populations et de leurs biens, d'assurer un financement durable des infrastructures et des services de transport, et de déployer un système de transport connecté et performant, alliant infrastructures physiques de qualité et outils numériques.
Plusieurs axes pour remédier aux dysfonctionnements
La vision du CESE repose sur plusieurs axes destinés à remédier aux dysfonctionnements structurels à travers l'amélioration des infrastructures. La priorité est à donner à la modernisation et au renforcement du réseau routier rural. Ceci passe par le classement progressif des routes non classées, la connexion des axes ruraux aux réseaux provinciaux et régionaux, la pérennité des investissements réalisés dans les programmes de désenclavement.
Il s'agit, également, de porter une attention particulière aux zones isolées et aux douars éloignés, afin de garantir une connectivité optimale et un accès équitable aux services pour toutes les populations rurales. L'objectif est aussi d'intégrer dans le Code de la route des dispositions spécifiques encadrant la circulation sur les routes non classées et la conduite des véhicules en milieu rural. À cela s'ajoute la révision du cahier des charges du transport mixte pour y intégrer des exigences de qualité et de sécurité.
L'idée est de mettre en place un mécanisme de subventions adapté pour soutenir son déploiement en milieu rural tout en procédant à la publication des textes réglementaires relatifs aux compétences des conseils régionaux en matière de transport et de mobilité. Ceci permettra aux régions d'exercer pleinement leurs prérogatives en matière de planification du transport à l'intérieur de la circonscription territoriale de la région et d'organisation du transport routier non urbain des personnes entre collectivités territoriales.
Parmi les recommandations du CESE, figure aussi la nécessité d'assurer un transport scolaire, sanitaire et professionnel sûr et efficace en milieu rural. Ceci suppose la consolidation de la gestion du transport scolaire via les sociétés de développement intercommunales, le déploiement des ambulances et des moyens d'urgence adaptés pour un accès rapide et équitable aux soins, et la consolidation du financement des infrastructures et du transport rural. Comment ? en mettant en place un mécanisme durable et dédié, garantissant la maintenance et l'entretien réguliers des routes non classées ainsi que des pistes rurales et agricoles, afin d'assurer leur disponibilité et leur fiabilité à long terme.
Il est question aussi de développer des solutions technologiques durables et innovantes pour le transport rural, adaptées aux besoins des populations, en tirant parti des avancées en énergies renouvelables et en réseaux intelligents, d'accélérer la digitalisation des services de transport et de mobilité et d'élaborer des plans ou des guides de prévention et de sécurité routière en milieu rural, à l'image de ceux existants en milieu urbain. Autant d'actions à même de permettre une meilleure prise en compte des spécificités du monde rural : routes non classées, contraintes géographiques et mobilité des populations.
Le diagnostic du CESE
Selon le CESE, grâce aux différents programmes de désenclavement initiés depuis plusieurs décennies, le taux d'accessibilité rurale est passé de 54% en 2005 à 81% en 2022. «Grâce aux programmes PNRR et PRDTS, le pays dispose aujourd'hui d'un réseau de 57.000 km. Les impacts sont palpables avec une baisse de 26% des coûts de transport et une amélioration de l'accès aux soins (+32%) et de la scolarisation», a souligné Abdelhai Bessa, rapporteur de l'avis.
Selon le CESE, malgré l'ensemble de ces acquis, la répartition des réalisations demeure disparate. Les zones montagneuses et isolées continuent en effet de souffrir de la dégradation des routes non classées et de l'absence de l'entretien des pistes rurales, ce qui impacte négativement l'accès aux services socio-économiques. Cela passe aussi par la structuration des différents modes de transport rural, y compris le transport mixte qui demeure la colonne vertébrale dans le monde rural en plus des taxis, bus, autocars et des transports sanitaires et scolaires.
Selon le président du CESE, «ces modes de transport sont confrontés à plusieurs difficultés structurelles, à commencer par la vétusté du parc du transport mixte et le dépassement des capacités, en plus de l'insuffisance de la flexibilité des itinéraires».
Pour les taxis et les bus, «ils ne couvrent pas suffisamment les zones enclavées, ce qui pousse la population à faire appel à un mode de transport non organisé et non structuré».
Le transport scolaire, assuré en majorité par les associations, en partenariat avec les conseils préfectoraux, souffre aussi de la limite du nombre de véhicules, d'un déficit en matière d'encadrement et de l'absence de son intégration dans une planification plus élargie du transport et de la mobilité. À cela s'ajoute sa dépendance en termes de financement de l'INDH. Le constat est le même pour le transport relevant de la santé.
Selon le CESE, cette activité souffre d'une répartition inégale, ce qui limite parfois l'urgence des interventions sur le terrain, en plus de la non-structuration marquant aussi le transport professionnel. Amara a attiré l'attention, au cours de son atelier de restitution des conclusions de son avis, sur l'absence de cadre légal et réglementaire qui accentue les carences constatées par cet avis stratégique sur le transport rural.
La prise en compte des différents niveaux d'enclavement
Selon Amara, ce schéma doit prendre en compte les différents niveaux d'enclavement, à commencer par les zones situées en profondeur des zones isolées. Il s'agit aussi d'adapter les modes de transport à la spécificité de chaque zone rurale et de faire du transport rural un levier de développement territorial en plaçant le «douar», qui est l'unité territoriale et sociale de base en milieu rural au Maroc, au centre de ce schéma. Il s'agit en effet de la composante essentielle et unité de base des communes rurales pour une meilleure proximité des services de base en faveur des populations.
Il est question aussi d'assurer un financement pérenne de l'entretien et de la maintenance des routes rurales, en particulier les routes non classées au niveau national. Afin d'opérationnaliser son avis, le CESE a appelé à l'adoption d'une série d'orientations pour enrichir ce plan à travers la modernisation et la consolidation des routes rurales via le classement progressif des routes non classées, tout en reliant les centres avec le réseau des routes provinciales et régionales. Il est nécessaire par ailleurs d'assurer la durabilité des infrastructures pour un meilleur désenclavement du monde rural via l'entretien et la maintenance des routes, surtout en faveur des douars et centres isolés.
Abdelhay Bessa, rapporteur de l'avis, a mis l'accent sur la dégradation du patrimoine routier, particulièrement les routes non classées et les pistes agricoles, souvent impraticables en période de pluie ou de neige. Le bilan humain est lourd : en 2023, les routes rurales non classées ont enregistré plus de 6.000 accidents et 450 décès, faute de maintenance et de signalisation adéquates. Le diagnostic des services de transport est tout aussi préoccupant.
Le «transport mixte», pilier de la mobilité rurale, souffre d'une flotte vieillissante (23 ans d'âge moyen) et d'un manque d'attractivité économique. Le transport scolaire, bien qu'étendu, repose à 90% sur des associations au financement précaire, l'Etat n'y contribuant qu'à hauteur de 2%. Quant au transport sanitaire, il pâtit d'un manque criant de personnel qualifié et de moyens logistiques.
Yassine Saber / Les Inspirations ECO


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