Sceptique et même méfiant, "Dbibina", ce matin de fin de semaine. Cela fait plusieurs jours qu'il regarde et suit les informations et qu'il tourne sur les réseaux sociaux. Et il tombe toujours sur Jerando, le type qui se pose en justicier. Et qui s'est donné pour but de redresser les torts au Maroc depuis son lieu de résidence au Canada. "Dbibina" se dit que c'est vertueux et louable, si ce n'était des mensonges et de la calomnie, et des attaques commandées. Mais ce qui inquiète le plus "Dbibina" est le silence du Canada, pays qui accueille Jerando et qui lui a même offert sa citoyenneté. Comment un pays comme le Canada, grand et très vertueux, peut-il laisser un type comme Jerando insulter à longueur de journée un autre pays, le Maroc ? Ces dernières semaines, ce gars a explosé, faisant une vidéo pratiquement chaque heure. Et tout y passe, monarchie, les services, la justice et jusqu'à de simples personnes dont il sort les photos et qu'il accable d'injures. Ce ne sont même pas de simples accusations, mais carrément des injures. Alors "Dbibina" se met à réfléchir sur le cas de ce pays froid par le climat et par l'attitude de ses chefs. Et d'imaginer un canadien installé à Fès ou Al Hoceima ou Tinghir, et qui chaque jour se met devant son téléphone ou son laptop et attaque Trudeau, Carney, Charles III, le premier ministre du Québec, le chef de la police de l'Alberta, un juge de l'Ontario. Chaque jour, chaque heure. Il dira de Trudeau qu'il est un voleur, dont la mère et le frère ont touché 250 000 dollars de pots-de-vin, que lui-même est un raciste forcené qui se peint le visage en noir quand il est ivre, que Carney est membre d'un complot international depuis qu'il est entré au club de Bilderberg, qu'il a avantagé la livre sur le dollar canadien quand il était gouverneur de la banque d'Angleterre, et il dira aussi que Charles III n'a jamais été amoureux de Diana qu'il trompait. Eh bien, un jour, la justice du Canada appellera le Maroc pour lui demander d'agir légalement contre ce Canadien qui sort tous ces mensonges sur eux. Le Maroc dira «ah chez nous on respecte la liberté d'expression.» Mais les Canadiens répondront qu'insulter n'est pas de la liberté d'expression, pas plus qu'accuser à tort, et que ce que fait ce Canadien au Maroc relève plus du pénal que du militantisme. Et que si le Maroc ne fait rien, c'est qu'il est hostile au Canada ou complice de ce Canadien. Justice canadienne inerte face aux agissements de Jerando En pensant à cela, "Dbibina" se demande si le Canada est vraiment un pays ami car les amis ne laissent pas faire et dire des mauvaises choses sur leurs amis. Le Maroc n'a pas de problème avec les militants, les vrais militants, qui disent ce qu'ils pensent même quand ça va contre la politique de l'Etat mais pas les menteurs, les calomniateurs. "Dbibina" aurait espéré que la justice canadienne demanderait des comptes à Jerando, le plus légalement du monde, en lui demandant, par exemple, de prouver ce qu'il dit car ça tombe sous le coup de la loi. C'est comme cela que les Marocains auraient agi, pour protéger des amis contre des mensonges. Et plus grave encore, Jerando passe aux menaces, promet de multiplier ses sites et ses attaques, et qu'il ne s'arrêtera jamais. Il est devenu un peu fou, mais même les fous, on ne doit pas les laisser agir comme ils veulent. "Dbibina" se dit finalement que le Canada, qui reçoit des centaines de milliers de nos compatriotes, n'est pas un ami. La question doit alors se poser de savoir s'il est un adversaire, ou au moins hostile au Maroc. Les semaines et mois à venir le prouveront, à moins que les Canadiens se décident à appliquer la loi et rien que la loi, mais toute la loi.