À Yokohama, la diplomatie japonaise a déployé un dispositif en apparence sécuritaire pour les séparatistes du Polisario, tout en maintenant officiellement sa non-reconnaissance de cette entité. Ce contraste manifeste illustre une véritable schizophrénie diplomatique : Tokyo concède des privilèges protocolairement excessifs, conférant à une entité illégale (à ses yeux) une visibilité qu'aucun fondement juridique ne justifie, alors même que le gouvernement japonais affirme, à chaque occasion, que la structure fantoche soutenue par l'Algérie ne possède aucune autorité. La propension du Polisario à exploiter toute tribune internationale accentue cette contradiction, donnant à voir une posture où le Japon, par ses gestes, et le Polisario, par ses faux-semblants, se complètent dans un simulacre que le Maroc rejette. En Afrique, le constat est quasi-unanime : La Ticad, hum, panache sans substance-chiffres à l'appui. Le neuvième sommet de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD-9) a mis à nu l'ambiguïté persistante du Japon, qui, tout en proclamant la non-reconnaissance du Polisario, a offert à ce dernier des facilités protocolaires perçues comme une complaisance indigne par de nombreux observateurs marocains. Selon des sources liées à l'événement, «les autorités nippones ont accordé au Polisario une prétendue [protection] spéciale, traduite par une escorte rapprochée et des mesures sécuritaires disproportionnées». Ce dispositif, qualifié de «pathétique et dégradant», a été interprété comme une mise en scène destinée à légitimer symboliquement une délégation marginale alors même que Tokyo affirme ne pas la reconnaître. Une contradiction diplomatique flagrante Le ministre japonais des affaires étrangères, Takeshi Iwaya, a tenu, devant ses homologues africains, à réaffirmer une ligne officielle que l'agence MAP décrit comme «constante et solennelle». Selon ses mots, «la présence dans cette réunion de toute entité que le Japon ne reconnaît pas comme Etat n'affecte en rien la position du Japon concernant le statut de cette entité». Le chef de la diplomatie a précisé que «cette participation ne saurait conférer au Polisario aucune légitimité étatique». Or, l'écart entre la déclaration de principe et la réalité du protocole saute aux yeux. Dans un même mouvement, Tokyo proclame la fidélité au droit international et, simultanément, organise un dispositif qui confère au Polisario une visibilité que son inexistence juridique ne saurait justifier. Cette contradiction illustre une politique hésitante, soucieuse d'apaiser l'Union africaine tout en préservant ses relations avec Rabat, mais au prix d'une incohérence manifeste. Les ressorts d'une diplomatie équivoque De nombreux analystes rappellent que le Japon cherche, à travers la TICAD, à amplifier sa présence économique sur le continent africain face à la concurrence chinoise et européenne. Néanmoins, Tokyo tolère la présence d'une entité qu'il ne reconnaît pas, multipliant les contorsions diplomatiques. Cette logique de compromis rappelle des pratiques anciennes où des Etats hôtes, tout en proclamant leur neutralité, facilitaient officieusement l'accès de délégations contestées à des forums multilatéraux. Dans le cas du Japon, cette duplicité est d'autant plus frappante qu'elle contredit les fondements mêmes de la diplomatie nipponne, traditionnellement attachée à la légalité internationale et à la clarté des statuts. L'écart entre la posture affichée et la réalité du terrain fragilise, selon des diplomates marocains, «la crédibilité du discours japonais sur la stabilité et la paix en Afrique». Pourquoi Rabat devrait tourner la page Pour Rabat, la conclusion apparaît de plus en plus inévitable. La TICAD, censée être un vecteur de coopération, est devenue un espace où le Maroc se trouve contraint d'affronter la visibilité artificielle d'une entité marginale. Plusieurs analystes qui se sont confiés à Barlamane.com estiment que «la persistance de cette duplicité n'offre aucun avantage au Maroc et l'expose à des scènes récurrentes de mise en avant du Polisario». En conséquence, nombre de voix au Maroc considèrent que le royaume devrait cesser de cautionner par sa participation un format qui, en pratique, mine ses intérêts fondamentaux. Le rappel par la MAP que «la position du Japon rejoint celle des Nations unies et de la très large majorité des Etats membres, qui refusent toute reconnaissance du Polisario et soutiennent le plan d'autonomie présenté par le Maroc en 2007», ne suffit pas à occulter la contradiction des gestes observés à Yokohama. Le constat, formulé avec sévérité dans les cercles marocains, est sans appel : le Maroc a plus à perdre qu'à gagner en s'associant à un dispositif où le Japon vend, pour reprendre l'expression de certains commentateurs, «le bruit de vaines paroles», tout en ménageant, par des gestes ostentatoires, une entité non seulement illégale, mais soupçonné de terrorisme. Contactés par Barlamane.com, les organisateurs de Ticad n'ont pas donné suite.