Le secteur des hydrocarbures se trouve dans une situation bien épineuse. Le Conseil de la concurrence a révélé l'existence de plusieurs anomalies qui seraient contraires aux principes de la concurrence loyale, en plus de porter atteinte aux droits des consommateurs. Cela dit, le Groupement des Pétroliers du Maroc (GPM) n'infirme ni ne confirme ces informations, ce qui laisse une grande zone d'ombre dans ce dossier, pourtant vital de l'économie nationale. Les prix des carburants changent chaque mois du 1er au 15, et du 16 au 30/31. Cette variation devrait, logiquement, tanguer entre hausse et baisse, sauf que la tendance bascule plus du côté des hausses ces derniers temps. Toutefois, c'est une « première » pour le secteur, puisqu'une baisse a été enregistrée suite à la nomination du gouvernement Othmani II, ce qui va en accord avec la chute des prix à l'étranger. Cela dit, il faut bien comprendre que cette baisse dépend en premier lieu de la situation du marché du pétrole à l'international, plus qu'elle ne dépend d'une « quelconque » décision du gouvernement ou des pétroliers du royaume... mais encore. Avant de rentrer dans les détails, il est à noter que les importations de produits pétroliers au sein du royaume ont connu une régression à fin août dernier, puisqu'une baisse de 1,1 milliard de dirhams de valeur a été enregistrée pour ce qui est du gasoil, kérosène et de l'essence. La valeur totale des importations s'est ainsi établie à près de 26,2 milliards de dirhams à fin août 2019, contre 27,3 milliards une année auparavant, une situation qui s'explique par la baisse des prix sur le marché international. Cette situation devrait donc contribuait favorablement, surtout au profit des consommateurs nationaux, auprès des différentes stations-services du royaume, sauf que non. Malgré la baisse ayant accompagné le gouvernement dans sa nouvelle mouture, il n'y a pas eu de grand changement pour ce qui est des prix durant ladite période, si ce n'est que ceux-ci se sont maintenus à un niveau élevé par rapport aux prix pratiqués à l'international. Cette situation est d'ailleurs l'un des motifs ayant poussé le Conseil de la concurrence à se pencher de près sur le dossier des hydrocarbures, démontrant ainsi la présence de plusieurs anomalies. Une alliance secrète entre les membres du GPM ? Le Conseil a indiqué dans une série de griefs, visant les membres du GPM, la présence de plusieurs anomalies, notamment des pratiques anticoncurrentielles, contraires aux dispositions de la loi 104-12 concernant la liberté des prix et de la concurrence, notamment l'article 6. Celui-ci stipule « sont prohibées, lorsqu'elles ont pour objet ou peuvent avoir pour effet d'empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence sur un marché, les actions concertées, conventions, ententes ou coalitions expresses ou tacites, sous quelque forme et pour quelque cause que ce soit, notamment lorsqu'elles tendent à limiter l'accès au marché ou le libre exercice de la concurrence par d'autres entreprises ; faire obstacle à la formation des prix par le libre jeu du marché en favorisant artificiellement leur hausse ou leur baisse ; limiter ou contrôler la production, les débouchés, les investissements ou le progrès technique ; répartir les marchés, les sources d'approvisionnement ou les marchés publics ». Or, le Conseil indique qu'il y'a eu « collecte, échange et diffusion d'informations sensibles » entre certains membres du GPM. Concrètement, certains membres du Groupement auraient partagé des informations relatives aux ventes réalisées, mensuellement annuellement, leurs parts de marché, les volumes liquidés, etc., afin de tirer profit de la situation du marché et maximiser leurs profits. L'objectif derrière ces pratiques était par ailleurs de « donner de la visibilité aux opérateurs sur les tendances du marché ». En effet, malgré la présence de plusieurs acteurs sur le marché des hydrocarbures national, celui-ci est « partagé » entre une poignée de marques, qui s'imposent en tant que « références » ayant le plus d'influence sur les prix pratiqués localement. En réponse aux informations du Conseil sur ces faits, le GPM indique que l'objectif est de « seulement connaître la tendance générale du marché ». Un argument « peu crédible » pour les enquêteurs du Conseil de la concurrence, qui rajoutent que certains membres du GPM ont réussi à mettre en place une base de données permettant de « mettre en œuvre un système de surveillance mutualisé entre les opérateurs en cause », et de rajouter que cette base a pour but de faciliter « la détection de toute tentative de déviation par rapport à l'équilibre collusif sur le marché ». En quoi cela dérange ? Surtout dans le fait que la libéralisation du secteur avait pour but de créer une réelle atmosphère de concurrence et d'encourager les opérateurs pétroliers à se démarquer avec des stratégies marketing et commerciale, que ce soit dans le B2B ou vis-à-vis des consommateurs. Sauf que cela est loin d'être le cas au vu des révélations du Conseil de la concurrence. Une situation qui ne risque pas de changer de sitôt Si les consommateurs nationaux aspiraient à un changement avec la venue du gouvernement Othmani II, il semble qu'ils devront attendre encore pendant un bon moment. En effet, l'un des points à retenir du remaniement ministériel est la suppression du ministère des Affaires générales et de la Gouvernance, qui était sous la tutelle de Lahcen Daoudi. Celui-ci devrait d'ailleurs être remplacé par une nouvelle direction, qui sera sous les ordres du Chef du gouvernement. Dans ce sens, Hespress FR s'est entretenu avec Bouazza Kherrati, président de la Fédération Marocaine des Droits des Consommateurs (FMDC), qui nous a déclaré qu'il ne faudrait pas sauter aux conclusions dans ce dossier, et que « personne ne peut se prononcer sur la position du GPM, sauf le Conseil de la concurrence ». Toutefois, le président de la Fédération nous a déclaré que le prix du carburant est effectivement plus cher au Maroc, malgré la baisse, par rapport aux autres pays du monde, mais surtout pour ce qui est du pouvoir d'achat des consommateurs nationaux. « Malheureusement, depuis la libéralisation des prix du carburant, aucune mesure n'a été entreprise pour orienter ou contrôler le secteur, à l'instar du secteur des télécoms avec l'ANRT, le secteur des médias avec la HACA, les assurances avec l'ACAPS. Ce qui est pire avec le remaniement ministériel est le fait que le ministère des Affaires générales et de la Gouvernance a disparu, laissant ce secteur sans contrôle », nous a déclaré Kherrati, tout en rajoutant « que la FMDC s'attendait à la création d'un ministère de la consommation, mais malheureusement, il n'y a eu qu'un vide ».