Comme à son habitude, dès qu'Abdelilah Benkirane se trouve devant un micro, il ne mâche pas ses mots. Le secrétaire général du parti de la Justice et du Développement (PJD) a critiqué la nomination d'Abdellatif Ouahbi, comme ministre de la Justice, la qualifiant de « catastrophe ». Il a également raillé Abdelwahab Rafiqi (Abou Hafs), récemment nommé conseiller par Ouahbi. Lors d'un rassemblement régional des organisations territoriales et des élus de la région de Béni Mellal-Khénifra, Benkirane s'en est pris à Ouahbi, notamment au sujet des libertés individuelles, affirmant que le ministre cherche à occulter le caractère criminel des relations sexuelles hors mariage, considérées comme une conduite de mauvaises mœurs, et c'est ce que ces gens (Ouahba...) souhaitent répandre dans le pays. La dépénalisation de ces pratiques conduira à une « banalisation de la chose », en ce sens que les jeunes pourraient s'y livrer en toute impunité, et si quelqu'un dénonce cette situation, il irait en prison, a déploré Benkirane, notant qu'actuellement que cela se fait +en cachette+, personne n'intervient, mais ils veulent que cela soit au grand jour sans que personne ne soit inquiété. Il a, à cet égard, affirmé que si ces pratiques venaient à sortir du cadre légal, même les situations d'adultère ne seraient plus gérées par le ministère public, « et là on se retrouvera dans la même situation que la France où une femme est tuée tous les deux jours pour adultère, qui n'est pas incriminé là-bas ». Dans la foulée, le SG du parti de la Lampe s'en est pris à Abou Hafs, soulignant que « ce Fquih salafiste qui se moquait de nous au parlement, a cédé aux tentations de l'ancien maire de Fès, Hamid Chabat, pour accéder à l'hémicycle et améliorer sa situation vu qu'il sortait de prison ». Sur un autre registre, Benkirane a salué les efforts déployés pour réformer le système judiciaire, considérant que le fait que des juges corrompus soient traduits en justice est une chose « qui ne se faisait pas avant, mais maintenant si, ce qui est positif, car la corruption a touché la justice et tout le reste. Si le pouvoir judiciaire se porte bien, c'est tout le pays qui en bénéficiera car tout y est lié, mais nous sommes sur la bonne voie« , a-t-il soutenu. Le secrétaire général du PJD a, en ce sens, appelé à une lutte totale et générale contre la corruption. « Nous avons remarqué que certains présidents de collectivités locales, qui étaient loyaux au pouvoir, ont commencé à être touchés par la main de la justice, et c'est positif, car chaque président de collectivité réalisera à l'avenir qu'il est responsable de ses actes« , a-t-il dit. L'ancien chef du gouvernement, de 2011 à 2016, a également souligné que le pouvoir judiciaire devrait s'étendre à d'autres responsables, car certaines personnes ont accumulé d'immenses richesses sans être inquiétées par la justice. Si elles ne sont pas invités à s'expliquer et à répondre de leurs actes, cela créera un sentiment de partialité, ce qui n'est pas bon pour le pays.