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Mawazine : l'insolent fossé des cachets entre artistes étrangers et locaux
Publié dans Hespress le 22 - 06 - 2025

Alors que Rabat « vibre » depuis vendredi soir au rythme des concerts du festival Mawazine, un malaise s'installe dans une partie croissante de l'opinion publique.
Si l'événement est régulièrement présenté comme un levier culturel et touristique incontournable, il n'en demeure pas moins révélateur d'un déséquilibre profond : celui d'un festival qui déroule le tapis rouge aux stars internationales aux cachets faramineux, tout en reléguant les artistes marocains aux scènes périphériques et aux cachets symboliques. Une fracture culturelle et sociale qui alimente les appels au boycott et interroge l'utilité même de telles dépenses dans un pays en quête de justice sociale.
Depuis sa création, Mawazine s'est construit sur une ambition assumée : faire venir à Rabat les plus grandes vedettes de la scène musicale mondiale. Une ambition que rien ne semble freiner, ni la crise économique, ni les tensions sociales, ni la conjoncture internationale plus qu'incertaine.
Selon diverses sources, des artistes comme Mariah Carey, Shakira, Jennifer Lopez ou encore Whitney Houston (de son vivant s'entend) ont été rémunérées entre 5 et 7 millions de dirhams pour une seule prestation. Plus récemment, la Libanaise Haifa Wahbi aurait perçu près de 800.000 dirhams pour un concert de moins d'une heure. Des chiffres vertigineux, des caprices, une liste interminable d'exigences et de conditions qui posent question.
À titre de comparaison, des artistes marocains reconnus comme Zina Daoudia ou Tarik Batma se contentent de cachets allant de 40.000 à 70.000 dirhams, soit cent fois moins que leurs homologues étrangers. Aymane Serhani, artiste populaire auprès de la jeunesse marocaine, ne dépasse pas, lui, 400.000 dirhams pour ses apparitions à Mawazine.
« Scènes de seconde zone »
Au-delà des montants, c'est la répartition géographique et symbolique des scènes qui en dit long sur le traitement réservé aux artistes locaux. Tandis que les têtes d'affiche étrangères se produisent sur la scène OLM Souissi — présentée comme le temple du prestige — les chanteurs marocains se retrouvent à Salé, à Nahda, voire dans des scènes plus réduites, rarement retransmises en direct, souvent marginalisées.
Ce découpage reflète une hiérarchie culturelle implicite : l'international pour la vitrine, le local pour la périphérie. Une logique qui blesse les artistes, mais aussi un public marocain de plus en plus sensible à cette forme d'exclusion dans son propre pays.
Appels au boycott et indignation populaire
Sur les réseaux sociaux, la grogne ne faiblit pas. Chaque année, la campagne #BoycottMawazine refait surface, portée par des citoyens qui dénoncent des dépenses « obscènes » dans un pays où des secteurs comme la santé, l'éducation ou l'emploi des jeunes manquent cruellement de ressources.
« Comment justifier qu'on paie des chanteurs étrangers des millions, pendant que nos écoles rurales manquent de tables, nos hôpitaux de lits, et nos jeunes d'avenir ? », peut-on lire sur X.
Même des artistes marocains n'hésitent plus désormais à parler et à dénoncer « un système de caste culturel » où le prestige est réservé à ceux venus d'ailleurs, souvent pour quelques heures, et sans aucun investissement dans le tissu artistique local.
Arguments économiques battus en brèche
Certes, les organisateurs de Mawazine avancent des chiffres flatteurs : plus de 3.000 emplois directs, 5.000 emplois indirects, des retombées touristiques de +22 % à Rabat, des hôtels remplis à 100 %, et un chiffre d'affaires boosté dans les secteurs du transport ou de la restauration.
Mais ces retombées restent concentrées sur une période de 10 jours, dans un rayon géographique limité, et ne profitent ni aux provinces marginalisées, ni aux artistes marocains sur l'année. Ce modèle « événementiel », s'il brille par son éclat, ne laisse aucun héritage structurel au tissu culturel national. Il ne crée ni écoles de musique, ni tournées pour les jeunes talents, ni écosystème pérenne.
Vitrine sans fondation
Ce qui se joue à Mawazine, c'est l'image que le Maroc veut renvoyer de lui-même. Une image de modernité, d'ouverture, de cosmopolitisme. Mais à quel prix ? En marginalisant ses propres créateurs ? En invisibilisant la diversité musicale marocaine au profit de quelques noms bankables?
Il ne s'agit pas de rejeter les artistes internationaux, ni de verser dans le repli culturel. Il s'agit de réclamer un équilibre, une redistribution plus juste, une place centrale pour la culture nationale dans son propre pays. Car un festival financé, même partiellement, par des fonds publics ne peut s'exonérer de sa responsabilité sociale.
Mawazine continuera d'attirer les foules, mais à long terme, un festival déconnecté de son terreau culturel ne peut prétendre à la légitimité. La vraie modernité, c'est celle qui valorise d'abord ses propres voix.


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