Ce qui devait être l'apothéose du football africain s'est transformé en une scène de crispation et de confusion. Une finale de Coupe d'Afrique des Nations, un stade plein, deux nations majeures du continent. Mais au lieu d'un sommet sportif, la finale entre le Maroc et le Sénégal a basculé tragiquement, une cacophonie largement provoquée par le comportement du sélectionneur sénégalais, Pape Thiaw, qui avait déjà anticipé, d'une certaine manière, une stratégie de déstabilisation psychologique. À très haut niveau, les finales ne se jouent jamais uniquement sur la pelouse. Elles se construisent aussi dans les discours, les silences, les attitudes et les messages envoyés à l'adversaire comme à l'environnement. Dans les grandes compétitions internationales, la communication devient une arme à part entière, capable d'influencer le climat, la perception et parfois même le déroulement des événements. La finale de la CAN 2025 n'a pas échappé à cette réalité, tant le contexte émotionnel et médiatique a été chargé dès les heures précédant le coup d'envoi, installant une tension latente qui dépassait largement le cadre du jeu. En effet, la veille de la finale de la CAN 2025 face au Maroc, Pape Thiaw a choisi de sortir du cadre strictement sportif pour déplacer le débat sur le terrain extra-footballistique. En dénonçant publiquement des manquements supposés en matière de sécurité lors de l'arrivée de la délégation sénégalaise à Rabat, le sélectionneur des Lions de la Teranga a installé un climat de tension inédit à quelques heures d'un rendez-vous majeur. « Mes joueurs étaient en danger », a-t-il martelé en conférence de presse, évoquant une situation « anormale » et laissant entendre que « tout pouvait se passer ». Un discours lourd de sous-entendus, dans lequel la question sécuritaire dépasse largement le simple cadre logistique pour devenir un élément de pression psychologique à la veille d'une finale continentale. Installer une idée d'un environnement défavorable avant d'abattre l'ennemi Cette prise de parole, loin d'être anodine, s'inscrivait dans une séquence bien huilée. Quelques heures plus tôt, la Fédération sénégalaise de football avait déjà ouvert la voie en pointant du doigt des « dysfonctionnements » et en appelant la CAF à intervenir pour garantir équité, fair-play et sécurité. En relayant et en amplifiant ce message, Pape Thiaw a contribué à installer l'idée d'un environnement défavorable, voire hostile, autour de son équipe. Aux yeux de nombreux observateurs, cette communication offensive ressemblait davantage à une tentative de déstabilisation du contexte de la finale qu'à une simple alerte sécuritaire. En plaçant «l'image de l'Afrique » et la crédibilité de la CAN au Maroc, au cœur de son discours, le sélectionneur sénégalais a indirectement mis les organisateurs et le pays hôte sous pression, tout en préparant le terrain psychologique de l'après-match. Une stratégie classique dans les grandes compétitions, mais rarement assumée avec autant de fermeté à la veille d'une finale, et qui a contribué à alourdir l'atmosphère autour d'un Maroc-Sénégal déjà chargé d'enjeux sportifs et symboliques. Le coup de grâce intervient lors du match, au moment du penalty accordé au Maroc en faveur de Brahim Díaz. À partir de là, le match quitte le terrain du jeu pour entrer dans celui de la mise en scène. Contestations outrancières, agitation incontrôlée du banc sénégalais, puis un geste spectaculaire et rarissime à ce niveau : l'ordre donné aux joueurs de quitter la pelouse. Un acte lourd de sens. Et surtout lourd de conséquences. En ordonnant à ses joueurs de sortir du terrain, Pape Thiaw n'a pas défendu le football sénégalais. Il l'a exposé. Il a placé ses propres joueurs dans une position intenable, les transformant en instruments d'un rapport de force émotionnel et symbolique. Il a interrompu une finale continentale suivie par des millions de téléspectateurs, érigeant une décision arbitrale contestable (à son sens) en crise institutionnelle. À cet instant précis, l'arbitre n'était plus au centre du débat. Le jeu non plus. Le principal protagoniste était devenu le sélectionneur lui-même, un sélectionneur qui semble avoir oublié le Code disciplinaire de la Confédération Africaine de Football et notamment l'article 148 qui stipule clairement que : « Toute équipe qui refuse de jouer ou de poursuivre un match qu'elle a commencé sera sanctionnée par un forfait, assorti d'une amende minimale de 20 000 dollars américains, sans préjudice d'autres sanctions plus lourdes». Difficile de ne pas y voir une tentative de déstabilisation psychologique délibérée : pression exercée sur le corps arbitral, tension imposée à l'adversaire, rupture volontaire du rythme du match, et construction immédiate d'un récit de victimisation. Une stratégie connue dans le football, mais rarement assumée avec autant de théâtralité lors d'une finale continentale. Le problème, c'est qu'elle n'a produit aucun effet. Le penalty a été maintenu, la rencontre a repris, et le Sénégal n'en est pas sorti grandi. Pire encore, cette séquence a éclipsé la prestation des joueurs, réduit la finale à une polémique extra-sportive et donné de la sélection sénégalaise l'image d'un groupe davantage focalisé sur la contestation que sur le jeu. Une posture de victime après le sacre Cette stratégie de communication ne s'est pas arrêtée au coup d'envoi. Après la finale, Pape Thiaw a prolongé sa ligne de défense médiatique en se positionnant, cette fois, en victime d'un contexte qu'il jugeait injuste. Furieux après le penalty accordé au Maroc dans le temps additionnel, le sélectionneur sénégalais a franchi un cap en demandant à ses joueurs de regagner les vestiaires, provoquant une interruption du match de plus de dix minutes et une séquence largement relayée à l'international. Un geste spectaculaire, vécu au Maroc comme une atteinte grave à l'esprit du jeu, mais que Thiaw a tenté de recontextualiser après la rencontre. Confronté à l'hostilité ambiante et contraint d'annuler sa conférence de presse, le technicien sénégalais a opté pour une communication défensive, mêlant mea culpa et justification. « Je m'excuse pour le football », a-t-il déclaré, reconnaissant une réaction à chaud tout en remettant implicitement en cause l'arbitrage, évoquant un penalty contestable et un but sénégalais refusé quelques instants plus tôt. Ce discours, sous couvert d'apaisement, s'inscrivait dans la continuité d'un narratif déjà installé avant la finale : celui d'un Sénégal confronté à un environnement défavorable, contraint de subir décisions arbitrales et tensions extérieures. En invoquant l'erreur humaine de l'arbitre et en soulignant la pression émotionnelle du moment, Pape Thiaw a cherché à diluer la responsabilité de son geste, tout en recentrant le débat sur ce qu'il percevait comme des injustices accumulées. Cette posture victimaire, assumée après coup, a renforcé l'idée d'une communication maîtrisée de bout en bout, où chaque sortie publique participait à construire un climat de défiance et de tension autour de la finale. Si le Sénégal a finalement soulevé le trophée, la controverse, elle, a durablement marqué les esprits, au point de reléguer l'exploit sportif au second plan, éclipsé par une gestion émotionnelle et médiatique jugée excessive par une partie des observateurs. Pape Thiaw, du sommet à la dégringolade? Cette séquence n'est d'ailleurs pas restée sans conséquences sur le plan disciplinaire. Quelques heures seulement après le sacre du Sénégal, le comportement de Pape Thiaw s'est retrouvé au cœur des discussions au sein de la Confédération africaine de football. Selon plusieurs sources concordantes, l'instance continentale étudiait la possibilité d'une sanction lourde à l'encontre du sélectionneur sénégalais, jugé directement responsable d'avoir incité ses joueurs à quitter la pelouse après le penalty sifflé en faveur du Maroc. Une suspension de plusieurs rencontres était évoquée, d'autant que l'intervention du capitaine sénégalais aurait été décisive pour éviter un abandon pur et simple du match. Dans l'hypothèse d'une sanction sévère, cette affaire pourrait même avoir des répercussions à long terme, allant jusqu'à compromettre la présence de Thiaw sur le banc lors de la Coupe du monde 2026. La Fédération sénégalaise de football, de son côté, n'échapperait pas non plus à d'éventuelles mesures disciplinaires, notamment financières, en raison des incidents et débordements constatés dans les tribunes au cours de la finale. Ce qui restera de cette CAN 2025, au-delà du résultat, c'est l'image d'une finale confisquée par un comportement managérial défaillant. Le football africain mérite mieux que des scènes théâtrales. Il mérite des dirigeants capables de gérer la pression, d'encadrer leurs joueurs et de respecter l'institution qu'ils représentent. En choisissant le spectacle du conflit plutôt que la maîtrise, Pape Thiaw a fragilisé sa propre crédibilité, bien davantage que ne l'aurait fait n'importe quelle décision arbitrale.