L'Office des changes a renforcé ses contrôles sur les comptes de 17 investisseurs marocains ayant transféré plusieurs milliards de dirhams vers le Golfe et l'Afrique. Appuyées par des outils d'analyse fondés sur l'intelligence artificielle, les vérifications portent sur le respect des règles de rapatriement des revenus et sur de possibles montages de fuite de capitaux. Les contrôleurs de l'Office des changes ont intensifié le rythme des nouveaux contrôles portant sur les comptes de 17 investisseurs marocains disposant de projets et d'investissements d'envergure dans les pays du Golfe et en Afrique. Ces opérations s'appuient sur les résultats de l'analyse des données financières et des déclarations comptables, effectuée à l'aide d'un système intégré fondé sur l'intelligence artificielle récemment adopté par l'Office. Les contrôleurs ont notamment ciblé des transferts d'un montant global de 5 milliards de dirhams vers des comptes situés aux Émirats arabes unis, à Bahreïn, en Libye, en Côte d'Ivoire et au Sénégal au cours des quatre dernières années. Selon des sources bien informées citées par Hespress, les contrôles se sont concentrés sur les transferts opérés par neuf investisseurs marocains vers un pays africain, certains d'entre eux ayant créé des filiales de leurs entreprises dans plusieurs États, notamment en Afrique de l'Ouest. Les contrôleurs de l'Office des changes ont exploité les données fournies par la Direction générale des impôts et ont eu accès aux comptes bancaires afin de vérifier que les revenus des investissements et les bénéfices réalisés ont effectivement été rapatriés au Maroc au cours des trois dernières années, et que les investisseurs concernés respectent les exigences des lois et réglementations en vigueur en matière de change, lesquelles interdisent le dépôt des revenus d'investissement sur des comptes à l'étranger. Les mêmes sources indiquent que les contrôleurs ont sollicité des documents et des pièces justificatives auprès de groupes bancaires disposant de succursales dans plusieurs pays africains, dans le but de retracer d'importants mouvements financiers effectués par certaines entreprises entre différents pays. Elles précisent que l'audit en cours a permis de mettre au jour des autorisations de transfert de fonds à l'étranger à des fins d'investissement, délivrées par l'Office des changes il y a plusieurs années. Les investisseurs et les entreprises bénéficiaires de ces autorisations ont été interrogés sur la destination effective des transferts, les montants rapatriés, ainsi que sur la nature de leurs activités commerciales, en coordination avec les services des douanes. Les sources ajoutent que les enquêtes et investigations se sont étendues à d'autres aspects, notamment la justification des dépenses des entités auditées à l'étranger, afin de s'assurer qu'elles ne sont pas impliquées dans des opérations de contrebande organisée de capitaux ou dans des manipulations de flux financiers légalement transférés au titre d'investissements vers des comptes bancaires étrangers. Elles soulignent que les agents de la « gendarmerie des changes » se concentrent sur la vérification de la crédibilité des justifications avancées par les investisseurs, selon lesquelles leurs projets n'auraient pas encore atteint le seuil de rentabilité et que les bénéfices réalisés auraient été réinvestis pour le développement de leurs activités, comme en attesteraient les factures produites pour justifier les dépenses engagées. Toujours selon Hespress, les opérations de vérification en cours portent également sur la confirmation de la véracité des faits relatifs au transfert de fonds par deux sociétés sur la base de capitaux destinés au financement d'investissements. Ces sociétés auraient ensuite enregistré des pertes sur des projets réalisés, en particulier dans des pays africains, et obtenu des documents fictifs auprès de parties locales afin de justifier des dépenses inexistantes. L'objectif aurait été de gonfler artificiellement les coûts, de créer un déficit structurel dans leurs comptes, puis de déclarer leur faillite. Les dirigeants des deux entités auraient eu recours à des intermédiaires internationaux spécialisés dans la fuite de capitaux à l'étranger et leur dépôt sur des comptes secrets. En 2022, l'Office des changes a adopté de nouvelles dispositions portant à 200 millions de dirhams par an le plafond autorisé pour les transferts de capitaux à l'étranger destinés au financement de projets, sans exigence de précision quant à la destination. La réglementation précédente plafonnait ces transferts à 100 millions de dirhams pour les projets en Afrique et à 50 millions de dirhams pour les investissements hors du continent africain, soit un total annuel de 150 millions de dirhams. Une nouvelle circulaire de l'Office a ainsi relevé ce plafond de 50 millions de dirhams tout en supprimant la clause relative à la destination des investissements.