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Inondations : Comment le Maroc est passé de la gestion de crise à la gestion de risque
Publié dans Yabiladi le 06 - 02 - 2026

Les inondations dans le nord du Maroc, notamment à Ksar El Kébir, ont poussé les autorités à évacuer près de 144 000 personnes et à mettre en œuvre des mesures préventives. Cette réponse reflète des années de réformes et une stratégie nationale qui privilégie l'anticipation, la réduction et la gestion des risques de catastrophes naturelles, plutôt que la réaction à la crise.
DR


Les pluies torrentielles ont précipité des inondations inédites, dans le nord du Maroc. Dans la province de Larache, Ksar El Kébir a été la zone la plus touchée. Le débordement de l'oued Loukkos et la capacité maximale atteinte dans le barrage Oued Al Makhazine ont entraîné des inondations, menaçant la sécurité de milliers de riverains. La réponse des autorités a été rapide. Les mesures préventives ont évité ce qui aurait pu être un lourd bilan humain.
Au 5 février, près de 144 000 personnes ont été évacuées des zones touchées. Ces opérations ne concerent pas seulement Ksar El Kébir, mais aussi les provinces voisines. Selon le ministère de l'Intérieur, 110 941 personnes ont été déplacées de celle de Larache, 16 914 de Kénitra, 11 696 de Sidi Kacem et 3 613 de Sidi Slimane. Les efforts sont toujours en cours pour protéger les vies et assurer la sécurité publique.
Ces mesures préventives ne concernent pas seulement les évacuations des populations. Il s'agit aussi de la mise à disposition d'abris, des arrangements de transport, de la fermeture des écoles dans les provinces susceptibles d'être touchées par les inondations ou les pluies torrentielles, outre les opérations de sauvetage pour les personnes piégées par les eaux, ainsi que pour leur bétail.
Un besoin d'agir depuis 2004
Evacuer un si grand nombre d'habitants est sans précédent. Cette démarche proactive reflète des années de planification pour une meilleure gestion des catastrophes naturelles, qui ont coûté la vie à des milliers de personnes par le passé. En effet, les tremblements de terre sont les plus meurtriers dans au Maroc, avec plus de 12 700 décès entre 1900 et 2019. Les inondations sont la deuxième catastrophe naturelle la plus fatale dans le pays, avec plus de 638 400 décès entre 1900 et 2019.
Pour réduire ces mortalités, surtout dans le cas de catastrophes naturelles anticipées comme les inondations, le Maroc a commencé par reconnaître la nécessité de développer une réponse d'urgence plus forte, surtout à partir de 2004, lorsque Al Hoceïma a été frappée par un séisme meurtrier qui a fait plus de 600 morts et des centaines de blessés.
«Nous nous devons néanmoins d'être honnêtes, et ce devoir nous oblige à reconnaître que nous ne sommes pas encore suffisamment préparés à faire face aux situations d'urgence», a déclaré le roi Mohammed VI dans un discours après la catastrophe de 2004.
Réformes institutionnelles et politiques
Depuis, le Maroc a pris des mesures progressives pour renforcer sa préparation aux catastrophes naturelles à travers une série de réformes institutionnelles et politiques. Après avoir renforcé les organismes d'alerte précoce et de surveillance, y compris les agences de bassins fluviaux, les services météorologiques et géophysiques, et les institutions de télédétection, le royaume a créé, en 2008, un Centre de surveillance et de coordination au sein du ministère de l'Intérieur.
En 2009, l'Etat a pris des mesures pour établir le Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles afin de soutenir les efforts de prévention et de résilience. Un changement majeur vers la prévention a eu lieu en 2014-2015, lorsque le Maroc a adopté les recommandations de l'OCDE sur la gouvernance des grands risques et a rejoint le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe (2015-2030).
En 2016, le Programme gouvernemental de gestion intégrée des risques de catastrophe a été lancé. Il compred la restructuration du fonds de secours en cas de catastrophe existant, la mise en place d'un mécanisme de financement annuel par projet, la création d'organismes de gestion des risques et le développement d'un système de couverture des risques de catastrophe incluant assurance et fonds de solidarité, selon le ministère de l'Intérieur.
Une stratégie nationale de gestion des catastrophes naturelles
La principale avancée a été la création, par le ministère de l'Intérieur, de la Stratégie nationale de gestion des catastrophes naturelles (2020-2030). Première du genre, elle privilégie l'anticipation, la réduction et la gestion des risques de catastrophes naturelles plutôt que la simple réaction après leur survenue.
Pour ce faire, la stratégie définit trois objectifs : améliorer les connaissances et l'évaluation des risques ; promouvoir la prévention afin de réduire l'exposition et la vulnérabilité ; renforcer la préparation afin d'assurer une reconstruction rapide et efficace après les catastrophes.
Ces objectifs sont atteint grâce à cinq axes :
• Renforcer la gouvernance des risques de catastrophe par une définition plus claire des rôles, la création de nouveaux organes de coordination et une coordination accrue à tous les niveaux territoriaux ;
• Améliorer les connaissances et l'évaluation des risques en développant des observatoires nationaux, des cartes des risques, des études de vulnérabilité et en facilitant l'accès du public à des données fiables ;
• Promouvoir la prévention et la résilience par des campagnes de sensibilisation, des investissements dans des infrastructures résilientes au climat et de protection contre les inondations, et la protection des installations critiques ;
• Améliorer la préparation, la réponse aux crises et la reconstruction en renforçant les systèmes d'alerte précoce, la planification d'urgence et en appliquant le principe de «reconstruire en mieux» ;
• Soutenir la recherche scientifique, la coopération internationale et le renforcement des capacités par la formation, la participation du monde universitaire et les partenariats avec les organisations internationales.
Agir avant que les catastrophes ne surviennent
La mise en œuvre s'effectue par le biais de plans opérationnels quinquennaux. La première phase couvre la période 2021-2026 (Plan d'action opérationnel) est déclinée en plans d'action prioritaires à plus court terme, tels que celui de 2021-2023. Chaque action est clairement définie en termes de calendrier, de budget, de parties prenantes responsables et de résultats attendus, avec un accent sur quatre risques majeurs : inondations, séismes, glissements de terrain et tsunamis, tout en permettant l'intégration ultérieure d'autres risques, comme l'indique un rapport détaillé sur la stratégie.
Pour suivre les progrès des plans d'action, la stratégie décrit un système d'évaluation consistant à mesurer l'impact et à ajuster les politiques si nécessaire, à l'aide d'indicateurs tels que la réduction des pertes en vies humaines, des dommages économiques, l'amélioration de l'accès aux systèmes d'alerte précoce et le renforcement de la préparation et de la gouvernance.
Concernant les inondations, une réponse écrite du ministre de l'Intérieur, Abdelouafi Laftit, datant de février 2025, a présenté plusieurs projets mis en œuvre dans le cadre de cette stratégie. Parmi ceux-ci figure un programme pilote, «Vigirisques Inondations», visant à une gestion préventive des risques d'inondation. Il a été testé dans quatre zones pilotes : Mohammedia, Al Haouz, Kenitra et Guelmim. Ce programme a prévu la création de centres de gestion des risques d'inondation, d'unités de prévision des crues au sein des agences de bassin et des efforts pour la mise en place d'un centre national de prévision des crues.
La stratégie a également soutenu une série de projets visant à mieux se préparer aux inondations. Le ministre a révélé qu'entre 2016 et fin décembre 2024, 321 projets ont été financés, pour un investissement total d'environ 4,68 milliards de dirhams, grâce au Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles (FLCN).
Parmi ceux-ci figurent 139 projets d'infrastructure destinés à protéger les villes et les centres urbains les plus exposés aux inondations, et 177 projets non structurels, tels que des études et des évaluations des risques d'inondation, ainsi que le renforcement des systèmes de surveillance et d'alerte précoce.
Cette stratégie semble porter ses fruits, les efforts de prévention se poursuivant pour assurer la sécurité des populations vivant dans les zones inondables.


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