L'inquiétude gagne le marché mondial de l'énergie face à l'enlisement du conflit avec l'Iran et au blocage de l'une des principales routes maritimes pétrolières. Conséquence directe : les experts et les grands négociants avertissent que le baril pourrait frôler rapidement les 100 dollars si ces perturbations de l'offre perdurent. Cette flambée des prix est d'ailleurs déjà visible depuis quelques jours. Les contrats à terme sur le brut américain ont touché les 90 dollars le baril et le Brent a frôlé les 95 dollars en séance, un sommet inédit depuis près de deux ans. Pour les courtiers, cette hausse ne serait que les prémices d'un choc plus vaste, à condition que la guerre persiste et maintienne l'embargo de fait sur les exportations du Golfe. Au cœur des inquiétudes figure la paralysie quasi totale du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, véritable artère vitale du commerce pétrolier. En temps normal, près de 20 millions de barils y circulent quotidiennement, ce qui représente environ un cinquième de la consommation planétaire. Un blocage prolongé de ce point de passage menacerait donc le marché international d'une rupture majeure. Les estimations des institutions financières révèlent d'ailleurs une perte potentielle de 7 à 11 millions de barils par jour à cause de cette paralysie. Une grande partie de l'or noir du Golfe reste ainsi bloquée et n'atteint plus les marchés mondiaux. Cette situation aggrave logiquement les craintes d'une véritable pénurie dans les semaines à venir. Un tel statu quo, même temporaire, suffirait à propulser les cours vers les 100 dollars le baril, préviennent les analystes. Ce risque sera décuplé si les pays producteurs décident de réduire leur extraction à cause de la saturation des cuves de stockage et de l'impossibilité d'exporter. Une simple crise logistique se muerait alors en un déficit d'approvisionnement à l'échelle mondiale. Face à l'urgence, certains pays producteurs cherchent des solutions palliatives. Ils acheminent le pétrole vers des ports alternatifs via des oléoducs ou détournent les navires vers d'autres itinéraires. Toutefois, ces alternatives ne compensent qu'une fraction infime des volumes qui transitent d'ordinaire par le détroit d'Ormuz. Le marché des carburants raffinés subit lui aussi le contrecoup de ces tensions. Les prix du diesel et du kérosène ont fortement grimpé récemment. Or, cet indicateur précède souvent une flambée des cours du brut et prouve que l'offre est déjà sous haute pression. Au-delà de l'énergie, l'onde de choc frappe les chaînes d'approvisionnement mondiales et le transport aérien. Les risques sécuritaires ont contraint les compagnies aériennes à annuler des milliers de vols vers le Moyen-Orient. Parallèlement, les armateurs ont dû réviser leurs routes maritimes dans la région. Sur le plan diplomatique, le président américain Donald Trump a fermé la porte à toute négociation pour mettre fin au conflit. Il a fermement déclaré que Washington exigerait une reddition inconditionnelle de Téhéran. Ces propos ont immédiatement ravivé les craintes des investisseurs face au risque d'une guerre d'usure. La Maison Blanche s'efforce néanmoins d'apaiser les esprits. L'administration américaine étudie une batterie de mesures pour limiter la flambée des prix. Elle envisage notamment d'offrir des garanties d'assurance aux navires commerciaux et de déployer des escortes navales militaires pour sécuriser le trafic des pétroliers dans la zone. En parallèle, les États-Unis explorent des leviers internes, comme la hausse de leur propre production ou l'accélération des forages. La recherche de nouveaux fournisseurs fait également partie des pistes envisagées pour soulager la pression mondiale. Toutes ces précautions risquent pourtant de s'avérer insuffisantes si le détroit d'Ormuz reste bloqué durablement, préviennent les experts. Face à des cuves pleines et des exportations à l'arrêt, les pays producteurs n'auraient d'autre choix que de sabrer leur production. Cette menace a été confirmée par le ministre qatari de l'Énergie, Saad Al-Kaabi. Il a alerté sur le fait qu'une escalade militaire continue obligerait les pays du Golfe à suspendre leurs exportations d'ici quelques semaines. Un tel scénario propulserait alors le baril autour des 150 dollars. Dès le début de la semaine, le Qatar avait d'ailleurs montré l'exemple en stoppant sa production de gaz naturel liquéfié. Une décision lourde de conséquences, puisque l'émirat assure près de 20% de l'approvisionnement mondial de ce combustible. Le verdict des analystes est sans appel : un enlisement du conflit fera inévitablement exploser les prix. La barre des 100 dollars sera franchie très rapidement si la guerre s'étend ou si de nouvelles infrastructures énergétiques sont ciblées. Un pétrole aussi cher impacterait alors directement et durement l'économie mondiale, plombée par l'explosion des coûts de transport et d'énergie. Une telle flambée déclencherait une nouvelle vague d'inflation, et placerait les gouvernements et les banques centrales sous une pression inédite.