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Distribution du médicament : le Conseil de la concurrence alerte sur un modèle économique sous tension
Publié dans Hespress le 10 - 03 - 2026

Le système de distribution du médicament au Maroc traverse une phase de fragilisation structurelle. Dans un avis rendu public ce mardi 10 mars, le Conseil de la concurrence dresse un diagnostic détaillé des équilibres économiques de la chaîne pharmaceutique et met en lumière les tensions qui affectent aussi bien les grossistes-répartiteurs que les pharmacies d'officine. Sur fond de marges comprimées, de densité officinale élevée et de mutation des modèles économiques à l'international, l'institution plaide pour une transformation progressive du modèle de distribution afin d'en assurer la soutenabilité et de préserver l'accès aux médicaments.
L'avis du Conseil de la concurrence intervient à l'issue d'un travail d'instruction approfondi ayant mobilisé l'ensemble des acteurs de la filière pharmaceutique. Au total, 36 auditions ont été menées auprès d'institutions publiques, d'organisations professionnelles, d'opérateurs de la distribution et d'associations de consommateurs.
L'étude porte sur l'ensemble de la chaîne de distribution des médicaments destinés à l'usage humain, depuis les laboratoires pharmaceutiques jusqu'au réseau officinal, en passant par les grossistes-répartiteurs.
Les agrégats sectoriels mettent en évidence l'importance économique du secteur. En 2024, le marché du médicament au Maroc a généré un chiffre d'affaires d'environ 25,9 milliards de dirhams, tandis que les importations ont atteint 10,6 milliards de dirhams contre 1,6 milliard de dirhams d'exportations.
Le pays compte 56 établissements pharmaceutiques industriels, 66 grossistes-répartiteurs et plus de 14.000 pharmacies d'officine réparties sur le territoire.
Du côté de la demande, les dépenses en médicaments prises en charge par les régimes d'assurance maladie obligatoire, notamment la CNSS et la CNOPS, ont atteint près de 11,9 milliards de dirhams, représentant environ un tiers des dépenses de l'AMO.
Le marché marocain se caractérise par ailleurs par une forte présence des médicaments génériques, qui représentent 56 % des unités vendues et environ la moitié de la valeur du marché privé.
Malgré ces fondamentaux solides, l'analyse du régulateur met en évidence des fragilités économiques touchant plusieurs maillons de la chaîne de distribution.
Le maillon de la grossisterie confronté à un modèle de rémunération inadapté
Premier constat du Conseil : la situation économique des grossistes-répartiteurs apparaît de plus en plus contrainte.
Leur modèle économique repose principalement sur une marge réglementée calculée en pourcentage du prix fabricant hors taxes (PFHT) du médicament. Or, ce mécanisme se révèle de moins en moins adapté à l'évolution des coûts logistiques et des charges opérationnelles.
Selon les données analysées par le Conseil, la rentabilité financière des grossistes a reculé au cours des dernières années. Le ratio résultat net sur chiffre d'affaires est ainsi passé de 1,3 % en 2016 à environ 0,9 % en 2024, alors même que les volumes d'activité ont progressé.
Cette dégradation s'explique notamment par l'augmentation des charges d'exploitation, qui ont progressé d'environ 36 % entre 2020 et 2024, sous l'effet notamment de la hausse des coûts logistiques, du carburant ou encore de la masse salariale.
© Ayoub Amar
Dans ce contexte, les marges réglementées apparaissent de plus en plus décorrélées des coûts réels de distribution.
À cette pression économique s'ajoutent les contraintes liées à la gestion des stocks. La réglementation impose en effet aux grossistes-répartiteurs de maintenir un stock de sécurité équivalent à un mois de ventes sur près de 80 % des spécialités pharmaceutiques autorisées, ce qui mobilise des ressources financières importantes.
Autre facteur de tension : l'asymétrie des délais de paiement au sein de la chaîne pharmaceutique. Les grossistes règlent en moyenne leurs fournisseurs industriels à 81 jours, tandis que leurs créances auprès des pharmacies s'étendent jusqu'à 97 jours, ce qui accentue les besoins de trésorerie du secteur.
Un réseau officinal dense mais sous pression économique
L'autre maillon particulièrement fragilisé concerne les pharmacies d'officine, qui constituent pourtant le dernier rempart de la chaîne d'accès aux médicaments pour les patients.
Le Maroc compte aujourd'hui 14.134 officines, contre un peu plus de 9.000 en 2015, soit une progression de plus de 54 % en moins d'une décennie.
Cette expansion rapide a conduit à une densité pharmaceutique particulièrement élevée, avec une pharmacie pour environ 2.600 habitants, soit près du double de la recommandation de l'Organisation mondiale de la santé.
Le réseau officinal apparaît en outre fortement concentré dans les grands pôles urbains, notamment dans l'axe Casablanca-Settat / Rabat-Salé-Kénitra, qui concentre à lui seul près de 45 % des pharmacies.
Cette configuration entraîne une fragmentation du marché et exerce une pression croissante sur la rentabilité des officines.
Les indicateurs financiers confirment cette tendance. Le ratio de revenu professionnel rapporté au chiffre d'affaires des pharmacies est ainsi passé de 10,3 % en 2016 à environ 8,9 % en 2024, malgré la progression globale des ventes.
Dans les faits, la majorité des officines réalisent des volumes d'activité relativement modestes. Près de 70 % des pharmacies enregistrent un chiffre d'affaires annuel inférieur à 1,2 million de dirhams, tandis que seulement 10 % dépassent 2,5 millions de dirhams.
Cette pression économique est accentuée par le modèle de rémunération actuellement en vigueur, largement dépendant de la marge commerciale sur les médicaments.
Or, le marché officinal est fortement orienté vers les médicaments à bas prix : la tranche correspondant aux produits dont le prix fabricant est inférieur à 166 dirhams représente près de 99 % du volume des ventes.
Dans le même temps, la majorité des baisses de prix décidées par les pouvoirs publics ces dernières années a concerné précisément cette catégorie de médicaments, réduisant mécaniquement les marges des pharmaciens.
© Ayoub Amar
Vers une transformation progressive du modèle officinal
Au-delà du diagnostic économique, le Conseil de la concurrence met en avant la nécessité d'engager une transformation progressive du modèle de distribution pharmaceutique.
L'analyse comparative internationale montre en effet que de nombreux pays ont fait évoluer leur système officinal vers des modèles plus diversifiés, où la rémunération du pharmacien ne repose plus exclusivement sur la marge commerciale.
Dans plusieurs systèmes de santé européens, une part croissante des revenus des pharmacies provient désormais des services pharmaceutiques : accompagnement des patients chroniques, vaccination, dépistage, suivi thérapeutique ou encore actions de prévention.
Dans certains pays, ces prestations représentent désormais entre 20 % et 40 % des revenus des officines, contribuant à réduire leur dépendance économique aux prix des médicaments.
Le Conseil souligne également la montée en puissance des réseaux et groupements de pharmacies, qui permettent de mutualiser les investissements, d'améliorer la logistique et de renforcer les capacités d'innovation.
Au Maroc, la structure actuelle du réseau officinal reste toutefois dominée par des officines exploitées en nom propre, avec une faible structuration sociétaire et des capacités d'investissement limitées.
Dans ce contexte, le régulateur plaide pour une restructuration progressive et encadrée du tissu officinal, afin de renforcer sa viabilité économique tout en préservant l'indépendance professionnelle des pharmaciens.
Parmi les pistes évoquées figurent notamment la valorisation de l'acte pharmaceutique, l'élargissement des missions de santé publique des officines, le développement de nouvelles sources de rémunération et l'encouragement à des formes de coopération entre pharmaciens.
L'objectif affiché est double : préserver l'équilibre économique du réseau officinal tout en garantissant un accès durable et équitable aux médicaments pour l'ensemble de la population.
© Ayoub Amar


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