Le samedi 13 janvier 2009, Ahmed Gharbaoui s'est éteint. La scène artistique vient de perdre l'une de ses figures emblématiques. Parcours Issu d'une famille originaire de Meknès, Ahmed Elgharbaoui est né à Rabat en 1938. Passionné de chant et de musique, en parallèle à ses études scolaires, il poursuivait un cursus au conservatoire Moulay Rachid, clôturé en 1951 par un diplôme. Au cours du concours «ghanni ya chabab», qu'animait à travers le royaume Abdessalam Sefiani à la recherche de jeunes talents, il se classa premier. En 1954, il intègre l'orchestre moderne de la radio sous la direction de Ahmed Bidaoui et en 1957 il rejoint, en tant que contrebassiste, l'orchestre «al mounawaat» que dirigeait Ahmed Chajaii. Grand amateur de la chanson orientale et de ses écoles syrienne, iraquienne et égyptienne, il imitait à merveille son idole Farid Al Atrache, surtout son mythique «Awwal hamsa». Encouragé par le journaliste Ahmed Rayane, il s'essaya, pour la première fois, à la composition avec «Bida oumaziana oukhad wardi», écrite par Abdelkrim Bouaâlaga. En collaborant ici et là, il fréquenta les grands chanteurs et musiciens des années cinquante et soixante, les Mohamed Fouiteh, Abdelkader Rachedi, Ismail Ahmed, Maâti belkacem, Mohamed Mazgaldi , Abdenebi Jirari, Abbes Khiati et Salim Halali qui l'intégra, pendant une certaine période, à l'orchestre de son cabaret, le fameux Coq d'Or. En 1961, il fonda avec Ahmed Benmoussa une troupe réunissant des grands musiciens, tels Ahmed El Ouali (violon), Abdelfattah El Ouali (cithare), Moulay El Ghali (violon), Said El Hanchi(flutte), Abdelhafid Dinia (tarr) et les chanteuses Aicha Hassan et Khadija Ziani. L'ensemble animait, une heure avant la projection des films, les cinémas «Chaâb», «ABC» de Rabat et le «Royal» de Salé. De temps à autre, le chanteur judéo-marocain Léony Elmaghribi les accompagnait. Connu par ses soirées interminables et ses «mawawil», Ahmed Elgharbaoui était une star dont les concerts et soirées à la télévision, au temps des directs du samedi de Ain Chock étaient suivis par de nombreux fans. La phonothèque de la radio lui conserve pas moins de 134 chansons dont 110 sont composées et chantées par lui, le reste confié à Maati Belkacem, Mohamed Ali (Dikrayat) et Souâd Mohamed. Les mémoires des mélomanes retiennent et fredonnent «Gharib», «Al kaouini binnar», «Ana Abd zine», «Ommah», «Ya harib minni», écrite par Mehdi Zeriouh, «Likaa», écrite par Abderrafia Jawhari, «Alik ya hbibi rani ghannit», «Jrah ouadab», «Tfakker marra»…Mais le nom d' Ahmed Elgharbaoui reste lié à son chef d'œuvre «Molhimati», la muse écrite par le poète Egyptien Ahmed Nadim, composée et enregistrée en 1961. Elgharbaoui n'était pas seulement un interprète de grande valeur, notamment, en ce qui concerne les «quasida» dont il est l'un des spécialistes maghrébins, sinon arabes. Compositeur, il maniait plusieurs instruments dont le «tarr», la guitare, le piano, la violoncelle et le luth. Le rossignol s'est tu, nous léguant un riche répertoire. Nous garderons de lui l'image d'un artiste fin et exigeant, modeste, élégant, avec un sens de l'humour incomparable. ■