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Le 16 mai a été planifié en Espagne
Publié dans La Gazette du Maroc le 06 - 10 - 2003

C'est un beau pavé dans la mare que lance le juge Baltazar Garzon qui est parti en croisade contre
le réseau espagnol
d'Al Qaïda. Le rapport rendu officiel le 24 septembre (et qui demeure secret dans
ses détails car gardé jalousement par l'Audience nationale de Madrid), précise que les attentats du 11 septembre 2001 ont été planifiés en Espagne par le groupe d'Abu Dahdah qui comptait aussi des Marocains dont cinq ont été arrêtés. La préparation des attentats du 11 septembre, "qui ont fait plus de 3000 victimes, dont au moins une de nationalité espagnole (...), s'est déroulée en Espagne, à Tarragone", estime le juge Garzon dans son acte d'inculpation.
Les frères Benyaïch : Salaheddine, arrêté au Maroc dans le cadre des attentats du 16 mai, et Abdelaziz, écroué en Espagne, auraient, selon toute vraisemblance, joué un rôle central dans cette cellule, la même qui aurait préparé les attentats au Yémen. Salaheddine Benyaïch, alias Abu Muhgen, apparaît aujourd'hui comme l'une des figures de proue du réseau espagnol. Il est aussi la piste qui pourrait faire le lien entre l'Espagne et les attentats de Casablanca, entre le 16 mai et le 11 septembre, conclusion vers laquelle s'acheminent les enquêtes internationales.
L'histoire de ce vaste coup de filet espagnol commence par les turpitudes d'un jeune Marocain qui a décidé d'en découdre avec le destin du jihad dans le monde. “Notre lutte, le chemin de Dieu, ne s'arrête pas en Afghanistan”, est son credo. Salaheddine Benyaïch, qui met toujours en avant cette phrase, est convaincu que la guerre sainte n'avait pas une seule terre, mais plusieurs destinations.
C'est cette même détermination qui le mènera de la Bosnie à la Tchétchénie en passant par Tora Bora, Kandahar, le Pakistan, la Russie, le Daghestan, le Maroc et l'Espagne. Selon des sources proches du juge Baltazar Garzon qui a présenté fin septembre un rapport de 692 pages sur les cellules espagnoles d'Al Qaïda qui seraient au cœur des attentats du 11 septembre, des trois attentats du Yémen et du 16 mai, le Marocain Salaheddine Benyaïch apparaît aujourd'hui comme l'un des fidèles d'Oussama Ben Laden. Il a été cité à maintes reprises par les autres inculpés dans les enquêtes effectuées dans plusieurs pays, liées aux préparatifs des attentats du 11 septembre à New York et Washington.
C'est là la nouveauté dans un rapport (voir la Gazette du Maroc numéro 335) qui détaille les actes d'accusation de plus de 35 activistes proches du chef d'Al Qaïda. Et le rapport entre dans les détails. On y lit que Salaheddine Benyaïch, natif de Tanger, faisait partie des trois activistes les plus proches de Ben Laden. Ces derniers ont peaufiné l'installation de la plaque tournante que fut – et reste encore- l'Espagne pour Al Qaïda.
Du 11 septembre 2001
au 16 mai 2003
Salaheddine Benyaïch fait partie des détenus de la Salafiya Jihadiya au Maroc, et comparaît actuellement devant les juges marocains pour son implication dans les attentats du 16 mai. A ne pas confondre avec son frère Abdelaziz Benyaïch, détenu en Espagne par le juge Garzon (voir la Gazette du Maroc numéro 335). D'un autre côté, Salaheddine est demandé par le juge Garzon qui le place parmi les instigateurs des attentats du 11 septembre.
Conclusion qui émane du fait que le Marocain a été mêlé ces dernières années à toutes les ramifications relatives aux activités d'Al Qaïda en Espagne. Quand on se penche de plus près sur les conclusions du rapport, il apparaît qu'après une opération secrète nommée “Opération Datil” faite par les services de renseignements espagnols, il a été conclu que Salaheddine Benyaïch, en compagnie de deux individus, dénommés Omar Deghaye et Ian Frost, ont été protégés par les membres des cellules madrilènes et celles de Grenade après les coups de filets qui ont ébranlé le monde à la recherche des terroristes d'Al Qaïda après les attentats de New York. Avant de revenir au Maroc où il sera arrêté après le 16 mai, Salaheddine aura vécu en cachette en Espagne. Mais déjà son passé avec la justice espagnole est très éloquent à ce sujet. En 1997, il a été arrêté par la police routière de Murcie qui avait déclaré que le prévenu était en état d'ébriété. Il avait alors présenté de faux papiers au nom de Mohamed Rasit Mohamed.
Ce Rasit en question était la même personne que le directeur général de la police espagnole, Juan Cotino, avait signalé, avec d'autres, comme l'un des collaborateurs de Ben Laden. Le chef de la police disait alors : “Rasit recrutait les jeunes pour remplir les camps d'entraînement en Afghanistan”. Le profil du Marocain qui multiplie les nationalités et les faux documents se précise comme un sérieux activiste en mouvement sur le sol espagnol. Il serait aussi au centre d'autres recrutements visant cette fois le Maroc. Son lien avec Pierre Robert, qui connaissait les frères Benyaïch, est désormais clair étant donné que l'émir français a au moins une fois été en contact avec des hommes du chef du réseau espagnol, Abu Dahdah, aujourd'hui en instance de procès en Espagne.
Ceci vient corroborer les déclarations de la semaine dernière faites par le juge Garzon. Il dit clairement dans son rapport que ce dangereux activiste de Ben Laden, Salaheddine Benyaïch, vivait en Espagne et y préparait différentes actions pour le compte de la cellule espagnole avant d'ajouter que le même prévenu attend d'être jugé au Maroc pour son implication dans les attentats du 16 mai à Casablanca. Ceci nous pousse à interroger ce rapport dans ces allégations concernant la préparation des attentats du 16 mai par les mêmes hommes de la cellule espagnole qui a aussi été à la source de ceux du 11 septembre. Plus loin dans le rapport, il apparaît que dans le sillage des Marocains d'Al Qaïda espagnole gravitent tous les grands noms qui ont commis les attaques du 11 septembre 2001.
Le même rapport ajoute que Salahddine avait été repéré par les services
de renseignements espagnols le 16 novembre 1997, deux ans après son retour de Bosnie où il avait perdu un œil. D'ailleurs, une bande vidéo trouvée dans le domicile d'un autre activiste montre Salaheddine habillé en treillis militaire au Daghestan, en Russie, avec d'autres moujahidines en 2000.
La phase préparatoire du jihadiste atteint à ce moment son plus haut degré. Cette cassette jette la lumière sur cette époque qui se situe juste quelques mois avant son retour en Espagne vers juin/juillet 2001 où il aurait rencontré Mohamed Atta, le kamikaze qui a percuté avec
un avion l'une des tours jumelles de New York . D'un autre côté, après cette arrestation sur la route en 1997, la police avait perdu de vue la trace de Salaheddine Benyaïch. On ne savait plus où il était ni ce qu'il faisait. Son retour à Murcie pour ramener d'autres combattants du Jihad avait été surveillé jusqu'au 23 février 1998 lorsque soudain le Marocain s'est volatilisé. Madrid a estimé alors qu'il “se trouvait en dehors de l'Espagne et très probablement en Tchétchénie”. D'un autre côté, la possibilité que Salaheddine avait une maison et une adresse à Murcie se voit renforcée par le fait qu'il avait, en 1997, un appartement situé sur la rue Galeria Robles, à Madrid qu'il allait abandonner quatre mois avant d'être arrêté pour la première fois par la police sous le faux nom de Mohamed Rasit Mohamed.
Depuis, on ne lui connaît plus aucune résidence fixe sur le territoire espagnol. Mais les soupçons sur ses activités sont restés très forts. La police savait qu'il y avait vécu encore pendant longtemps. Elle a aussi découvert en 1999 qu'il avait été admis dans une clinique madrilène où il fut opéré au visage (peut-être les yeux et cette balle ou cet obus qui lui a fait perdre un oeil). Il avait utilisé à cette époque le faux nom de David Charles Burgess. C'est à cette période que le grand responsable de la cellule d'Al Qaïda en Espagne, Abu Dahdah, l'héberge chez lui.
Selon la police espagnole, ils auraient collecté ensemble des fonds pour la cause du jihad en utilisant des cartes de crédit falsifiées. Salaheddine aurait-il financé du même coup des activistes à Tanger, à Fès et ailleurs ? Pourquoi pas ? Et ses relations avec Abu Dahdah nous poussent à poser la question suivante : si Abu Dahdah était le chef des terroristes espagnols, s'il était le contact et le planificateur pour le 11 septembre 2001, ne serait-il pas du même coup complice des Marocains pour les attentats du 16 mai ?
La liste des 35 détenus de Garzon précise aussi que cinq des prévenus sont inculpés dans les attaques de Casablanca. Deux sont arrêtés en Espagne, deux au Maroc et un en Turquie. Les deux premiers sont Abdelaziz Benyaïch et Driss Chebli. Les deux suivants sont Salaheddine Benyaïch et Mustapha Maymuni, tandis que le dernier inculpé s'appelle Abdelatif Murafik. Simple coïncidence, ou alors les mêmes personnes ont-elles travaillé sous la houlette de la cellule d'Abu Dahdah, même après son arrestation en novembre 2001? C'est ce que le rapport ne dit pas ou pas encore…
Selon les sources espagnoles, “toutes ces personnes étaient intégrées depuis plusieurs années dans la cellule de Imad Edin Barakat Yarkas, alias Abu Dahdah”, la cellule qui a peaufiné les attaques contre les USA. Imad Edin Barakat Yarkas a déclaré devant le juge Baltazar Garzon, mercredi 23 septembre, par le biais de son avocat Jacobo Teijelo, qu'il “condamnait les attaques du 11 septembre” et disait que “ce sont des massacres sauvages”.
Mais toutes les preuves retenues contre lui montrent des liens puissants avec les grands du réseau et que les Marocains accusés dans les deux dossiers (11 septembre, 16 mai) ont travaillé sous ses ordres. Abu Dahdah avait notamment été proche, de 1998 à 2001, de Mohamed Behaïah, alias Abu Khaled, dirigeant émérite de la cellule espagnole.
C'est ce même Abu Khaled qui avait envoyé aux grands chefs en Afghanistan des cassettes où étaient enregistrées des cibles américaines. Quel rôle joue donc la plaque tournante espagnole dans les attaques de Casablanca et qui en a été le véritable instigateur ? Comment ne pas conclure que ceux qui ont commis les attentats du 11 septembre et ceux du Yémen n'étaient pas au courant de ce qui se tramait à quelques kilomètres de l'Andalousie, à Casablanca ? Pour le moment, il faudra attendre l'extradition des Marocains détenus en Espagne pour que la justice marocaine soit en mesure de répondre à cette question. A moins que le juge Garzon se déplace au Maroc pour approfondir son enquête. Une probabilité qu'il ne faudrait pas écarter.
Les premières audiences
Garzón a par ailleurs procédé à l'arrestation d'autres membres présumés d'Al Qaïda en étroite relation avec les attentats du 11 septembre et peut-être du 16 mai au Maroc. Ahmed Boudjella et Mourad Kaddar, selon des sources judiciaires, sont les têtes pensantes qu'il faut boucler au plus vite. Si l'on arrive à mettre la main sur ses deux activistes, les pièces manquantes du puzzle finiront par livrer leur secret sur le comment des préparations des attaques au Maroc et surtout le pourquoi de la Casa de Espana, symboliquement rattachée à des représailles contre le gouvernement espagnol et la politique proaméricaine de José Maria Aznar.
Une thèse qui est avancée en Espagne par une partie de l'opinion publique qui ne voit pas dans l'attaque de ce lieu espagnol à Casablanca une simple coïncidence. Ce serait même un avertissement qui est venu rappeler aux Espagnols que les cellules dormantes sont toujours en action sur son territoire, malgré l'arrestation d'Abu Dahdah,
fin 2001.
L'image d'Abu Dahdah se précise davantage. Il a été entendu mardi 30 septembre devant le juge Garzon.
Cette audition vient après celle, très attendue, de tous les autres détenus qui a eu lieu le 24 septembre dernier. Ils étaient nombreux les accusés du réseau espagnol à comparaître pour la première fois après l'inculpation officielle et la remise du rapport sur Al Qaïda et les liens avec les attentats du 11 septembre et ceux du 16 mai au Maroc devant le juge Baltazar Garzón.
Mohamed Ghaleb Kalaje Zouaydi (Abu Thala), Bassam Dalati Satut (Abu Abdo), Mohamed Khair el Saqqa (Abu al Darda), Abderrahman Alarnaot (Abu Aljer), Kamal Hadid Chaar (Abu Nour), Mohamed Needl Acaid, Mohamed Zaher Asade (Zaher Abu Hmeid), Jasem Mahboule (Abu Mohamad), Oussama Darra (Othman al Andalus), Said Chedadi, Najib Chaïb Mohamed (Najib) et Luis José Galán González (Yusuf Galán). Jusque-là il n'y a pas encore d'audition pour les frères Benyaïch : Abdelaziz, détenu en Espagne et demandé par le Maroc et Salaheddine, prisonnier au Maroc et faisant partie des principaux accusés de Madrid.
Le lien entre les deux dossiers, celui de Casablanca et celui du 11 septembre est très vite établi et ce sont les deux frères marocains qui en sont les chaînons incontournables.
Selon des sources proches du dossier, il n'est pas exclu que les deux affaires aboutissent à une même cellule de logistique autour d'Abu Dahdah, des frères Benyaïch, Pierre Robert et d'autres salafistes sur le sol marocain qui avaient aussi leurs entrées en Europe, via l'Espagne.
Les charges retenues contre le groupe sont explicites : participation aux attentats de 2001, fraude fiscale, escroquerie, falsification de documents, détention illégales d'armes. Il faut y ajouter dans les cas des cinq Marocains écroués en Espagne et demandés par la justice de Rabat, d'autres actes d'accusations relatifs au 16 mai. D'après le juge, sans l'appui du réseau, sans base arrière, les attentats du 11 septembre 2001 auraient pu être évités.
Abu Dahdah,
la tête pensante
On ne peut comprendre les ramifications d'Al Qaïda en Europe et ses liens avec tous les derniers attentats sans parler de cette figure qui est aujourd'hui devant la justice espagnole. Il s'agit d'Abu Dahdah, la tête pensante. Le groupe espagnol a été créé à partir de l'année 1994. Son chef fondateur a été Cheikh Salah, d'origine palestinienne, que l'on dit aussi l'un des proches des membres du Hamas et du Jihad Islamique. C'est Abu Dahdah qui a succédé à la tête de la cellule espagnole au Palestinien. La cellule espagnole d'Al Qaïda est devenue opérationnelle depuis 1994-1995. Elle a été dirigée jusqu'en 2001, date de son arrestation, par Imad Eddin Barakat Yarkas, alias Abu Dahdah, issue d'un groupe extrémiste islamique baptisé "Soldats d'Allah" et qui exerçait ses activités de propagande à la mosquée Abou Bakr de Madrid. Au service d'Al Qaïda, il aurait mené des activités de recrutement, de formation et d'envoi de militants pour prendre part au djihad en Bosnie, en Tchétchénie, en Afghanistan ou en Indonésie, ou encore des activités de financement du réseau terroriste. Selon le juge Garzon, l'Espagne a servi aux terroristes "de lieu ou base de repos, de préparation, d'endoctrinement, d'appui et de financement". La préparation des attentats du 11 septembre "qui ont fait plus de 3.000 victimes, dont au moins une de nationalité espagnole (...), s'est déroulée en Espagne", affirme le juge espagnol. Ainsi, parallèlement aux préparatifs des attentats en Allemagne, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, "les derniers détails se réglaient en Espagne", le tout "dirigé, depuis l'Afghanistan, par Oussama Ben Laden et sa structure criminelle". "Dans notre pays, pendant l'été 2001, les 'sommets' se sont succédé", assure le juge, qui cite des rencontres impliquant Mohammed Atta, le chef des kamikazes du World Trade Center à New York. Abu Dahdah, qui a certainement eu des liens avec les cinq inculpés marocains, a déclaré devant le tribunal espagnol que les preuves retenues contre lui, à savoir des conversations téléphoniques et autres enregistrements avec des activistes, dont les Marocains, ont été manipulées ou mal traduites. D'origine syrienne, Abu Dahdah a parcouru le monde et a séjourné en Turquie et en Afghanistan pour apporter son soutien aux moujahidines de la “guerre sainte”. Il est aussi accusé d'avoir eu des rapports très étroits avec l'une des figures les plus connues des attentats du 11 septembre, Mohamed Atta, qui a voyagé en Espagne durant le mois de juillet 2001, la même époque où Salaheddine Benyaïch est rentré en Espagne ! Devant le juge Garzon, Abu Dahdah a catégoriquement nié avoir eu le moindre contact avec Atta et qu'il ne l'avait jamais vu de sa vie…
Les grands coups de filet liés à l'enquête sur Al Qaïda dans le monde
USA : Le Français Zakaria Moussaoui a été inculpé en liaison directe avec les attentats du 11 septembre. Accusé de complicité dans la préparation de ces attentats, Moussaoui, arrêté en août et emprisonné aux Etats-Unis risque la peine de mort. Le Britannique Richard Reid, qui a tenté de faire exploser un vol Paris-Miami en décembre 2001, est également détenu aux Etats-Unis. Près de 140 personnes ont également été inculpées par les autorités fédérales américaines dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 11 septembre, sans que ces personnes ne soient nécessairement liées aux attentats ou en relation directe avec le réseau Al Qaïda. 75 étaient toujours en détention au 16 août. Près de 600 hommes d'une quarantaine de nationalités, talibans ou membres présumés d'Al Qaïda sont également détenus par les autorités américaines à Guantanamo (Cuba). La plupart ont été transférés d'Afghanistan.
Canada : Un Yéménite, Nageeb Abdul Jabar Mohamed Al-Hadi, a été arrêté en liaison directe avec les attentats le 11 septembre 2001 à bord d'un avion de la Lufthansa dérouté au Canada. Ottawa doit se prononcer sur son extradition vers les Etats-Unis.
Allemagne : Le Marocain Mounir Moutassadeq a été inculpé le 29 août de complicité de meurtres dans les attentats du 11 septembre, devenant la deuxième personne au monde, après Zakaria Moussaoui, à devoir répondre devant la justice des attaques kamikazes. Une commission spéciale mise en place après le 11 septembre mène 27 enquêtes sur les ramifications allemandes du réseau Al Qaïda. Trois des kamikazes du 11 septembre - Mohammed Atta, Marwan Al-Shehhi et Ziad Jarrah - ont séjourné pendant des années à Hambourg sans jamais éveiller les soupçons. Un procès ouvert en avril à Francfort concernant quatre Algériens et un Franco-Algérien, soupçonnés d'avoir fomenté un attentat fin 2000 à Strasbourg (France), mentionne également la piste Al Qaïda.
Grande-Bretagne : Onze personnes soupçonnées d'être liées à Al Qaïda ont été arrêtées. Neuf sont actuellement en détention. Les Etats-Unis ont obtenu le feu vert pour l'extradition d'un Algérien, Amar Makhloulif, accusé d'être "l'un des chefs de cellule d'Al Qaïda" en Grande-Bretagne. La justice doit se prononcer le 1er novembre sur sa demande en appel.
Belgique : La justice traite deux dossiers liés au terrorisme islamiste et à l'Afghanistan. Le premier concerne un réseau qui préparait des attentats en Europe contre des intérêts américains. Parmi les personnes inculpées figure l'ancien footballeur professionnel tunisien Nizar Trabelsi, qui vient d'être condamné à 10 ans de prison. Le second dossier concerne l'assassinat du commandant Massoud le 9 septembre 2001 par deux hommes porteurs de passeports belges volés. En décembre, un Belge d'origine tunisienne, Tarek Maâroufi, soupçonné d'appartenir à Al Qaïda a été arrêté. Il aurait facilité le voyage vers l'Afghanistan des deux assassins du chef de l'Alliance du Nord. Maâroufi constituerait un lien entre ces deux affaires, puisqu'il est également inculpé dans le cadre du dossier Trabelsi.
France : Le Franco-Algérien Djamel Beghal extradé de Dubaï vers la France en octobre, a déclaré préparer un attentat contre l'ambassade américaine à Paris. Il affirme avoir pris ses ordres directement d'Abou Zoubeida, bras droit d'Oussama Ben Laden. L'Algérien Yacine Akhnouche, mis en examen en février avec deux autres hommes dans l'enquête sur un attentat à Strasbourg fin 2000 a déclaré avoir rencontré Richard Reid et Zakaria Moussaoui en Afghanistan en 2000 ainsi que des proches de Ben Laden dont Abou Zoubeida.
Pays-Bas : Quatre hommes inculpés aux Pays-Bas, dont un Français, sont soupçonnés d'avoir projeté des attaques contre l'ambassade américaine à Paris, et contre une base de l'armée américaine en Belgique. Leur arrestation en septembre 2001 a eu lieu à la suite de déclarations de Djamel Beghal, détenu en France et présenté comme la tête du commando.
Italie : Trois hommes (un Algérien, un Marocain et un Tunisien), arrêtés en novembre 2001 et soupçonnés d'appartenir à une cellule proche d'Al Qaïda doivent être jugés à Milan à partir du 8 octobre.
Bosnie : En octobre 2001, la police a arrêté cinq Algériens et un homme qui se dit Algérien et Yéménite, accusés de projeter une attaque contre l'ambassade américaine et suspectés de liens avec Ben Laden. Remis aux autorités américaines en janvier à Sarajevo, ils ont été transférés à Guantanamo.
Arabie Saoudite : Le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al Fayçal, a affirmé le 11 août que Téhéran avait extradé vers l'Arabie saoudite 16 Saoudiens membres d'Al Qaïda réfugiés en Iran depuis l'Afghanistan voisin. Par ailleurs, les autorités saoudiennes ont annoncé en juin que sept membres d'Al Qaïda avaient été appréhendés dans le royaume.
Jordanie : Le 11 février, la Cour de sécurité de l'Etat jordanien a condamné à mort l'Américano-jordanien Raed Hijazi pour avoir préparé des attaques terroristes contre les touristes américains et juifs dans le royaume. Le Yémen détient 84 personnes soupçonnées d'implication dans l'attentat contre l'USS Cole à Aden (Sud-Yémen) en octobre 2000, appartenant notamment à Al Qaïda.
Tunisie : Depuis janvier, 34 Tunisiens soupçonnés d'activités liées à Al Qaïda ont été condamnés à des peines allant de 8 à 20 ans de prison. Ils seraient liés à "la cellule de Milan" (Italie), soupçonnée d'activités de recrutement et d'entraînement notamment dans les camps afghans d'Al Qaïda. L'attentat contre la synagogue de Djerba qui a fait 19 morts le 11 avril a également conduit à une arrestation. Belgacem Nawar, oncle du kamikaze Nizar Nawar, fait l'objet d'une information judicaire pour complicité dans cet attentat revendiqué par Al Qaïda. Un Tunisien, Salem Zirda, extradé par les Etats-Unis, fait l'objet d'une instruction pour liens présumés avec Al Qaïda.
Mauritanie : Le Mauritanien Mouhamedou Ould Slahi soupçonné d'être impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001 a été interpellé puis relâché en octobre. Selon sa famille, cet homme a été de nouveau arrêté en novembre et aurait été extradé vers les Etats-Unis.
Pakistan : Les forces pakistanaises ont arrêté près de 400 personnes soupçonnées d'appartenir à Al Qaïda, ayant fui l'Afghanistan. Parmi elles figure Abou Zoubeida, qui a été remis aux autorités américaines et est détenu dans un endroit tenu secret. Les autres membres présumés d'Al Qaïda ont été transférés à Guantanamo.
Malaisie : Parmi les militants islamistes emprisonnés en Malaisie, figure Yazid Sufaat. Ce biochimiste aurait rencontré en janvier 2000 à Kuala Lumpur deux des 19 pirates de l'air du 11 septembre.
Inde : Arrêté en octobre 2001, l'Indien Mohammed Afroz Abdul Razzak a été relâché en avril dernier pour vice de forme. Il aurait avoué être membre d'Al Qaïda et révélé que des commandos-suicide devaient attaquer les parlements de Londres et de New-Delhi, ainsi que des tours en Australie.
Singapour : Treize personnes ont été arrêtées en décembre alors qu'elles préparaient des attentats contre des cibles américaines. Elles seraient membres de Jemaâ islamiya (JI), organisation liée à Al Qaïda.
Chili : Onze commerçants libanais sont emprisonnés, dont trois pour blanchiment d'argent. Ils seraient liés au chef d'entreprise libanais Ahhad Mohamed Barakat, habitant le Paraguay, suspecté d'être un financier d'Al Qaïda ou du Hezbollah.
Paraguay : Depuis le 11 septembre, 23 personnes, majoritairement d'origine libanaise, ont été arrêtées.
Tayssir Allouni, dernières nouvelles
Le 24 septembre, l'avocat de Tayssir Allouni, José Galan, rapporte que son client, le reporter d'Al Jazeera, a nié devant le juge Garzon tout lien avec les réseaux de Ben Laden. La justice espagnole met en avant l'affaire des 4.000 dollars que Tayssir Allouni aurait remis en Afghanistan à Abu Khaled, l'un des responsables locaux d'Al Qaïda. Cette preuve serait suffisante, selon Baltasar Garzon, pour épingler le reporter syrien. Il faut préciser que le journaliste espagnol d'origine syrienne, arrêté le 5 septembre à Grenade, est inculpé "d'intégration dans l'organisation terroriste Al Qaïda". Le juge a confirmé le 30 septembre son maintien en détention. Il a déclaré à son sujet que "son inculpation s'appuie sur des faits qui n'ont rien [en gras dans le texte] à voir avec son métier de journaliste actuel" et qui "remontent en substance à l'époque où il travaillait comme simple traducteur pour l'agence (de presse) espagnole EFE" jusqu'au début 2000. Le journaliste est accusé d'appartenir à la cellule présidée par Imad Eddin Barakat Yarkas, alias Abu Dahdah.
Lors de l'audience, Tayssir Allouni a rejeté en bloc toutes les accusations espagnoles. Il a surtout nié avoir collecté des fonds pour la cause terroriste d'Al Qaïda, et d'avoir recruté des soldats pour le Jihad. Il a déclaré aussi devant le juge Garzon qu'il se trouvait en Afghanistan pour des raisons professionnelles et que, pour des raisons déontologiques liées à son métier de journaliste, il ne pouvait dévoiler l'identité de son contact. Pourtant, le rapport Garzon le met au centre des intérêts d'Al Qaïda en Europe.
Selon une lettre ouverte adressée à Aznar par des groupes internationaux de défense des droits de l'homme : “en plusieurs occasions, des journalistes occidentaux se sont réunis avec des organisations secrètes et jamais aucun d'entre eux n'a été inquiété légalement par la justice… Pourquoi alors Allouni n'est pas traité comme les autres ?”. D'autres voix n'hésitent pas à brandir la thèse selon laquelle l'Espagne aura servi de cheval de bataille au service de la direction américaine pour jeter le discrédit sur la chaîne Al Jazeera qui avait concurrencé Fox News et CNN et, surtout, joué un rôle décisif pour montrer les horreurs de la guerre en Irak et de l'invasion de l'Afghanistan.. Il apparaît qu'à travers Allouni, ce sont les messages diffusés par Ben Laden sur Al Jazeera et d'autres chaînes arabes maintenant qui sont visés.


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