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L'infini mirage de l'avenir dans l'œuvre d'Amina Benbouchta
Publié dans La Gazette du Maroc le 17 - 11 - 2003


Exposition
La rentrée artistique sera à coup sûr marquée par le grand retour d'un artiste atypique sur la scène des arts plastiques au Maroc. Amina Benbouchta exposera ses derniers travaux en décembre chez le peintre Saâd Hassani dans son atelier à Fandouk Bachko. Une nouvelle plongée dans le cœur de la lumière avec toujours cette merveilleuse légèreté qui marque les toiles du peintre. Une nouvelle approche de la peinture qui place l'artiste dans un mouvement perpétuel de remise en question avec une constante indissociable du travail du peintre : sa quête de lumière secrète. La peinture d'Amina Benbouchta est un hymne au suspendu, au temps et à l'espace comme un essaim de feuilles d'or sur le cadran de la vie.
L'exigence du retour pourrait se lire comme un signe de grand recul par rapport à la vie, aux êtres et partant à l'art. Amina Benbouchta marque cette année son retour avec une expérience picturale dont les maîtres mots restent la pureté, l'épuration, le don et la profondeur. C'est toujours en droite ligne d'un travail de fond fait depuis des années sur la texture des choses, des formes et de leur signifiance que le peintre achève ici un cycle toujours en mouvement. Amina Benbouchta dans son cheminement non sans accrocs pour atteindre le cœur invisible de la toile, n'enlève rien à la matière pour découvrir sous son écorce le tracé préétabli d'un espace à remplir où à habiter. Son voyage se situe sur la rive coloriée de sa main doublée de son cœur, qui est souvent son œil, où se jouent les interminables fins du monde, où l'imaginaire accomplit son ouvrage de nous rappeler le chaos qui gît toujours quelque part sous une main ou derrière la fine membrane d'une paupière. Ce qui
est d'habitude nommé surface n'est en réalité pour le peintre que le processus d'accointance avec une nouvelle texture des choses qui appelle constamment d'autres formes en devenir. Le chemin traversé d'une courbe à l'autre nous fait ressentir que nous sommes face à une nouvelle semence, une autre consistance, un nouveau visage qui n'est que l'une des facettes dévoilables de la matière. Aucune violence dans ce passage muet d'un état à l'autre, aucune vitesse ne vient altérer le cours souple du dessin. Le monde se livre alors comme une surface pleine qui est en somme la sensualité naissante du mariage de divers degrés de plénitude.
Miracle de la lumière
Ce qui confère à la toile d'Amina Benbouchta ce caractère presque mystique demeure ce parfum de lumière qui drape les objets vivants dans sa peinture. Loin de leur ôter leurs strates du passé, l'œil du peintre leur imprime son vœu d'une réelle exploration de la matière qui préside à leur naissance. La toile révèle dans sa complète candeur sa structure intérieure, se laisse toucher dans ses interstices les plus profonds. Elle déploie devant le regard la complexité d'une nature concrètement secrète qui laisse une grande part au mystère. Mystère du non-dit, mystère d'une touffeur d'orage qui appelle la clarté nocturne, mystère enfin d'une flamme sur le mur effacé du bonheur.Ce que les toiles d'Amina disent en formes et en courbes, c'est qu'au bout de la nuit, il y a bel et bien une lumière toute en signes et en secrets qui laisse son faisceau de clarté inonder la face étrange de la mémoire. Nous sommes constamment sur une terre inconnue dont les contours ne sont pas ceux de la toile mais les reflets rougeâtres d'une aube obstinée. Aucune épaisseur de durée ne vient obscurcir le pays de la lumière tel qu'il est décrit dans son interminable mouvement dans la peinture d'Amina Benbouchta. Nous sillonnons un dédale fait de fleurs, d'égratignures sur la face du temps, de minces tiges suspendues sur l'arête de l'espace, de tâches inscrites sur le cadran léger de la terre, des points qui emporteront leurs sens aussi loin qu'une ligne droite peut aller.
Amina atteint alors au haut degré du léger, du suspendu, de l'éternellement flottant dans l'air nubile de l'imagination. Cette peinture n'a d'autres attaches que sa liberté, d'autres impératifs que son envol, d'autre retenue que l'écoulement de l'eau jetée sur la couleur. Sur le même trait qui marque sa détermination à ne jamais jeter l'ancre, c'est la sensation heureuse de voir d'impossibles alliances unir leurs semences sur le pinceau du temps et de l'espace qui nous fait franchir le labyrinthe où nul besoin de fil n'est requis. Il y a la saveur d'une table dressée dans sa nudité primordiale, il y a la couleur de midi dans la maison, il y a l'amour nouveau qui éclot d'objets et de choses jusqu'alors indifférentes à leur devenir immédiat. Mais là encore une exigence se fait sentir dans le travail d'Amina Benbouchta : rien n'est jamais acquis, aucune limite n'est tracée devant la liberté qui trépigne. L'artiste aime l'essor, peint l'élan, définit la couleur de ce qui sera, qui a déjà été parmi nous sans jamais révéler ses secrets immémoriaux. Le peintre n'intervient dans l'ordre des choses ni pour exagérer leur empreinte ni pour asservir leurs contours, il passe au milieu des formes à naître pour toucher le temps d'un éclair à leur avidité de se construire.
Calme, virginité, abondance
Encore une fois, la peinture d'Amina Benbouchta a ébauché ses propres lignes à l'orée d'un pays sans enclos parce qu'elle a su renouveler la douleur et son érosion, le bonheur et son buvard furtif. Elle a su imprimer à sa palette de couleurs toujours sobres une infinité de nuances, un kaléidoscope qui offre différents angles à la vision. De fait, ses traits sillonnent un plateau sarclé mais sans insomnies où la lune reçoit les fins ruisseaux d'un rêve rocheux. Et c'est là toute la force d'une peinture ancrée dans une fragilité d'éléments oublieux de leurs propres fissures, qui savent que leur seul salut est dû en grande partie au flux de leur chair défaite. Cet univers est érigé dans la vigueur où la fragile beauté met sa tunique de verdure et de fertilité pour atteindre la rencontre du présent. Ses toiles se font l'écho de ses vers: "j'ai pesé de tout mon désir/Sur ta beauté matinale/pour qu'elle éclate et se sauve…" (René Char). Comme l'intervalle d'un vertige où la pénétration de l'objet et sa possession profonde ne sont établies que dans l'éparpillement successif des choses. Le monde de la toile qui est aussi le monde dans son devenir est désormais lavé d'une croûte qui oblitérait son éclat. L'opacité est essaimée en une myriade de fragments où la nouveauté émane des propriétés intimes de la matière à modeler sur la surface plane et profonde de la toile. Chez Amina Benbouchta, lors de ce travail d'épuration des multiples surfaces superposées du monde, nous touchons très vite à une source de feu à peine sortie des entrailles de l'oubli.La forme donnée à voir est alors habillée de l'intérieur, chauffée dans le noyau qui laisse irradier une couleur verte très rare dans la peinture marocaine. La couleur signale ici le calme, la virginité, l'abondance. Le peintre y place le devenir, ce réel toujours en gestation.
C'est que dans ce grand labeur de la couleur du temps et le parfum de l'espace, Amina Benbouchta fait circuler des gestes invisibles, à peine perceptibles qui donnent aux coloris de nouvelles fonctions, aux formes des ombres inconnues et à l'avenir l'odeur de l'éternel.
Amina Benbouchta exposera en décembre à Fandouk Bachko, atelier de Saâd Hassani, Bab Marrakech, Casablanca.


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