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L'histoire de Hicham, clandestin à 11 ans
Publié dans La Gazette du Maroc le 22 - 12 - 2003

ENQUÊTE sur les mineurs de l'immigration clandestine
Il y a trois ans, Hicham B., alors âgé de 11 ans seulement, a décidé d'entrer clandestinement à Sebta. C'était le début de son voyage vers l'enfer. Après son “ arrestation ” et trois mois passés à San Antonio, la “ prison dorée ” pour mineurs clandestins, il est expulsé une première fois vers le Maroc. Il récidive quelque temps après, mais cette fois tente sa chance à travers le Détroit et choisit de passer en Espagne. A Barcelone où il atterit malgré lui, il vit d'expédients, de vols, de violence, de drogues pendant un an. Commence alors pour ce gosse désillusionné une longue descente aux enfers. Nous vous livrons cette semaine la première partie du témoignage de Hicham.
Ce n'est que très tard dans la soirée qu'une réponse nous a été donnée par téléphone. Aujourd'hui, Hicham B. a été placé, grâce à un oncle paternel, comme aide-jardinier dans l'une des villas de la colline d'Anfa. Nous avions entendu parler, par le biais d'un ami fleuriste à Casablanca, de ce jeune garçon originaire de Castillejos, dans la région de Tétouan, qui avait entrepris le voyage vers l'Espagne à travers l'enfer des pateras et du Détroit. C'était il y a trois ans et il n'avait que onze ans. Au téléphone, une voix craintive, enrouée, comme rompue par le temps. Hicham nous apprenait qu'il acceptait de nous voir et de parler. “Parler de quoi ?” avait-il demandé ce premier jour de contact. “Cela dépend de toi”, avions-nous rétorqué, pour le mettre à l'aise et ne pas l'alarmer. En réalité, nous cherchions un témoignage sur les mineurs marocains qui immigraient en Espagne et Hicham le savait parfaitement. Il était méfiant comme on peut l'être lorsqu'on a bravé les pires tempêtes de
la vie, frôlé la mort, sombré dans la délinquance, assisté à des scènes horribles… A quinze ans, Hicham revient de loin. L'Espagne des illégaux, il connaît bien. Il a fait la traversée périlleuse, a tout tenté pour s'accrocher à son bout de rêve qui a éclaté comme une bulle de savon et a été expulsé il y a à peine six mois par les autorités espagnoles. Lui, en est revenu indemne. D'autres, il en connaît un bon bout, ont fini au fond des eaux salées du Détroit ou se sont retrouvés accros à la drogue dure et à d'autres vices comme la prostitution masculine. C'est un spécimen rare, un être miraculé qui a vu les démons, a assisté à des crimes affreux et a vu comme il dit “combien l'homme est abominable et peut faire souffrir les autres”.
Un premier périple
dans la ville de Sebta
Nous sommes allés le voir, un dimanche matin. Le café populaire situé à Bourgogne est vide à cette heure de grasse matinée. Assis seul à une table du coin, un garçon aux cheveux roux nous regarde entrer et un début de sourire s'esquisse sur sa bouche. Hicham est chétif, mystérieusement pâle comme s'il souffrait d'un manque d'hémoglobine et ses dents sont ravagées par le tartre. Quand on le regarde de près, sa longue balafre sur le cou, un “souvenir” de Barcelone dira-t-il, le regard blafard ou comme éteint, les gestes lents et indécis de celui qui a été choqué émotionnellement, il ne paie pas de mine. Et il commence par expliquer : “je peux vous parler de la désolation de ma ville natale, Castillejos” (il simule un crachat par terre). Ou encore “Je suis un enfant de la rue, ou presque… J'ai une famille, un père, une mère, quatre sœurs et un petit frère. J'ai grandi dans la rue et je me suis toujours débrouillé tout seul. C'est comme si je n'avais pas de famille. Pour moi, je n'en ai jamais eu”.
D'autres sont partis à l'aventure pour fuir des familles violentes, un père alcoolique, la délinquance, la faim ou un sombre passé qu'ils préfèrent taire. Parfois ils voyagent avec le consentement de leurs familles. Si “beaucoup d'enfants qui dorment dans les rues espagnoles sont des orphelins réels ou ont été délaissés par leurs parents comme moi, certains ont été envoyés avec le consentement de leurs familles”. Et il se souvient de son enfance dans le Nord, jusqu'à ses onze ans. “Mon père était maçon et ma mère entrait deux fois par semaine à Ceuta pour acheter des tissus qu'elle revendait aux commerçants de souk Gourna à Tétouan. Nous vivions ainsi depuis toujours… Quand mes sœurs ont grandi, elles ont aidé ma mère. Moi, je passais le plus clair de mon temps au bord de la mer, avec les pêcheurs”. C'est là qu'il allait assister à des départs nocturnes de pateras vers la ville limitrophe de Ceuta. C'était presque un jeu d'enfant pour les grands maâlams du coin. Contrairement à ce que l'on croît, ils choisissent les nuits de grands vents pendant lesquelles la vigilance des guardias diminue pour atteindre les côtes de Ceuta. Hicham explique alors qu'il “n'en pouvait plus” et que son père le battait à la maison. “Il me traitait de bon à rien, m'insultait dès qu'il me voyait. C'est vrai que je refusais d'aller à l'école et me bagarrais souvent dans la rue”.
Dans le café, le silence est entrecoupé par la voix monocorde du gamin. Il continue: “c'était décidé, je voulais aller là-bas. J'ai demandé à un homme que je connaissais de me faire passer. Il l'a fait gratuitement. Je n'ai rien dit à personne. J'avais suffisamment d'argent pour me nourrir pendant une semaine”. Un matin d'octobre, Hicham le rouquin s'est retrouvé de l'autre côté du monde, à Ceuta. Le voyage a été facile : “dans la nuit, je ne voyais rien autour de la barque. Nous étions une trentaine. J'avais très froid. Je me suis collé contre les jambes de mon voisin, un homme qui venait d'Afrique, et je me suis endormi. Je crois que la traversée a duré une heure”.
Avec les enfants
du centre San Antonio
Hicham est catégorique : “à Ceuta, aucun des enfants que j'ai connus n'a reçu un document pour la résidence temporaire auquel nous avons droit”. Pourquoi? “Parce que les conseillères qui géraient les centres d'accueil, nos tutrices légales, n'avaient jamais demandé ces documents auprès des autorités judiciaires espagnoles. Elles font ça exprès. Car si nous avions obtenu ces résidence temporaires, nous aurions eu droit automatiquement à la nationalité espagnole à l'âge de nos dix-huit ans”.
En entrant à Ceuta, Hicham avait tenu plus d'une semaine avec ses économies : “la police m'a choppé après deux mois. Je vivais dans le barrio del Principe en attendant de trouver un moyen pour aller en Europe. Comme j'étais un enfant, des ouvriers m'ont accueilli chez eux”. L'enfant de Castillejos faisait les courses et entretenait la maison de ses quatre hôtes, jusqu'au jour où une descente de la police dans le quartier allait le démasquer. “Je n'avais pas de papiers et les policiers de là-bas se méfiaient déjà des enfants Marocains”. Hicham est appréhendé puis il passe toute une journée dans un commissariat de la ville, “dans une cellule avec d'autres enfants”, avant que deux hommes habillés en civil ne l'emmènent vers une destination inconnue : “Moi, je pensais qu'on allait me ramener vers la frontière et me remettre à la police marocaine. J'avais peur”. Le bambin se retrouve le soir devant une large porte métallique. Il est toujours à Ceuta, en territoire “espagnol”, et il se sent rassuré. “J'avais entendu dire que certains enfants trouvés dans la rue étaient emmenés dans un endroit, une sorte de petite prison avant d'être remis au Maroc”.
Hicham a été placé dans le centre d'accueil le plus malfamé d'Espagne, le centro San Antonio. C'est une ancienne installation militaire rénovée à l'intention des enfants clandestins. San Antonio a été ouvert en 1999 avec une capacité de trente lits, mais Hicham assure qu'ils étaient plus de cent enfants à Ceuta. Certains étaient obligés de dormir sur le sol ou au-dessus des tables, abrités dans des couvertures malpropres. Dans le centre, les enfants étaient réunis par tranche d'âge pour dormir, formant des dortoirs de six lits. Parfois deux enfants dormaient dans un même lit.
Il continue: “tous les enfants partageaient une seule salle de bain. On avait froid. On nous donnait à manger du porc, bien que nous soyons musulmans et nous protestions sans illusion”. Personne n'avait le droit de sortir. Les mouvements des mineurs étaient contrôlés. Pour sortir, il fallait une autorisation spéciale du centre. Le rouquin va jusqu'à dire : “je suis tombé malade à cause des pastèques et j'ai eu une diarrhée pendant une semaine. J'ai demandé à voir un médecin car j'avais très mal au ventre la nuit. Je suis resté comme ça. Plus tard, j'ai appris que j'avais le droit de bénéficier d'une carte sanitaire et d'aller visiter l'hôpital. Mais les autorités ne voulaient pas cela. D'autres avaient des maladies plus graves et ils sont restés comme ça”. Même en ville, si un enfant au faciès d'étranger se présente à un hôpital pour se faire soigner ou demander des médicaments gratuits, il sera tout de suite renvoyé s'il n'est pas accompagné par un adulte ou s'il ne dispose pas de sa carte sanitaire.
Les mineurs non accompagnés qui vivent dans les centres d'accueil sont exposés au vol, aux abus physiques de la part des enfants plus grands. “Les enfants de seize et dix-sept ans nous frappaient et volaient nos chaussures”. Le personnel des centres ne “levait pas le petit doigt et n'intervenait jamais même lorsqu'il était témoin de choses graves”. Selon Hicham, il avait trop peur que les choses ne se retournent contre lui. “D'ailleurs, les employés nous infligeaient des punitions collectives et nous menaçaient à longueur de journée d'expulsion”. Il se rappelle: “un jour, quelqu'un a volé quelque chose du centre. Oh, rien d'important, je crois que c'était une couverture. On a fait sortir tous les enfants à l'extérieur et nous sommes restés là dans le froid jusqu'à une heure du matin…”
A Sebta, les enfants étaient souvent enfermés dans une cellule d'isolement, petite, sale, obscure. Il n'y avait ni service pour faire ses besoins, ni lit, ni table. Alors quoi? Pour pisser, il fallait appeler pour que les éducateurs viennent ouvrir. Si on ne venait pas, alors il fallait le faire dans un coin… “Il y avait quelques couvertures miteuses sur lesquelles je me suis endormi pendant les cinq jours qu'a durés ma captivité”. Les enfants de San Antonio entraient dans ce trou à rats parce qu'ils avaient enfreint une loi de base du centre : fumer, sortir sans permission… Ce n'est qu'en 2000, suite aux plaintes des associations, nous apprend Hicham, que cette cellule allait être humanisée. La municipalité de Ceuta allait construire une petite fenêtre dans le mur.
(à suivre)


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