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L'UMA dans tous ses “états”
Publié dans La Gazette du Maroc le 26 - 07 - 2004


Habib Boulares, secrétaire général de l'UMA
La marche ou la paralysie de l'Union du Maghreb Arabe (UMA), les maux dont elle souffre et les remèdes à apporter, le processus démocratique chez les cinq pays membres et d'autres questions d'actualité ont été au centre de l'entretien accordé à La Gazette du Maroc par Habib Boulares, secrétaire général de l'UMA.
La Gazette du Maroc : Monsieur le secrétaire général, une question médicale. Comment va l'UMA ?
Habib Boulares : Eh bien l'UMA va bien et pourrait aller mieux. Sur le plan médical comme vous dites, c'est la réponse la plus honnête que l'on puisse faire. Elle va bien parce qu'en réalité et contrairement à l'impression que l'on peut avoir de l'extérieur, l'UMA fonctionne et à différents niveaux. Il ne se passe pas une semaine sans qu'il y ait des réunions entre les ministres des cinq pays, entre les hauts fonctionnaires ou d'experts des cinq pays sur des questions aussi vitales que la lutte contre le criquet migrateur, la gestion de l'eau, les routes intermaghrébines, les télécommunications entre tous les pays, la vigilance sur la santé animale, l'intervention de tous les services à tous les niveaux. L'impression que l'UMA ne fonctionne pas vient du fait que les instances politiques ne donnent pas une impression de fonctionnalité productive. Je dis cela, ce n'est pas la langue de bois que j'utilise. Ce que je veux dire c'est que les instances politiques aussi se réunissent. Par exemple, cette semaine, nous avons une réunion des ministres des Affaires étrangères à Tripoli puisque c'est la Libye qui assume actuellement la présidence. Cette réunion sera précédée par le comité du suivi constitué par les secrétaires d'Etat chargés des affaires du Maghreb dans leurs gouvernements respectifs. Mais je dis la fonctionnalité productive pourquoi? Parce que l'opinion publique maghrébine, je m'empresse de dire à juste titre, est focalisée sur la réunion des chefs, c'est-à-dire qu'elle attend avec impatience la tenue de la réunion de ce que nous appelons statutairement le Conseil de la présidence, c'est-à-dire le Sommet. Et tant que ce Sommet n'a pas eu lieu, l'opinion publique maghrébine n'a pas l'impression que l'UMA existe alors qu'en réalité sur le terrain et sur le fonctionnement des rapports entre les cinq pays, l'UMA existe et existe bien et c'est ce que nous faisons ici.
Vous n'avez pas l'impression que l'UMA souffre d'un déficit de communication ?
Je crois que la responsabilité est nettement partagée entre les cinq pays que je visite. L'attitude à la fois des médias et de l'opinion publique, je dois dire, n'est pas tout à fait la même. Il y a des pays où je sens que non seulement l'UMA existe dans l'opinion publique mais qu'il y a une attente et une attente exprimée. Il y a d'autres pays, et je n'ai pas besoin de l'exprimer, où on a l'impression que l'opinion publique est absolument, pour employer un langage informatique, déconnectée de l'UMA et où l'on a effectivement besoin de grandes manifestations de communication.
Le problème c'est que l'outil qui est le secrétariat général ne dispose ni des moyens financiers ni des moyens de personnel suffisant pour combler ce déficit de communication. Et là nous essayons de faire ce que nous pouvons et votre intervention par exemple, j'espère qu'elle contribuera à rendre l'activité de l'UMA plus visible vis-à-vis de l'opinion publique marocaine.
Pour revenir à la langue de bois, on retrouve dans chaque communiqué la ritournelle “l'UMA est un choix stratégique irréversible” mais concrètement?
Ce ne sont pas les communiqués que j'utilise. Jamais dans les communiqués que j'ai fait sortir du secrétariat général, je n'ai employé les termes que vous venez d'utiliser. Nous, nous sommes plus sur le concret. La carte qui est derrière moi, c'est une carte qui a inventorié toutes les ressources hydrauliques de tous les pays du Maghreb et les couleurs que vous voyez, ce ne sont pas des couleurs politiques, mais des couleurs des couches d'eau, des nappes phréatiques de l'ensemble du Maghreb. Pour aboutir à cette carte-là, c'est un travail de plusieurs années avec différentes organisations telles que l'UNESCO, l'OACT (Organisation africaine de cartographie et de télédétection), l'UMA et l'OSS (Observatoire du Sahara et du Sahel). Nous avons également préparé une autre carte qui est en train d'être encadrée sur la désertification. Ce sont des travaux très précis dans lesquels on ne parle pas de romantisme. Le travail qui est fait est beaucoup plus, un travail pratique, terre-à-terre. Ce qui nous manque et ce que nous essayons d'instaurer depuis deux ans. En 2002, le comité de suivi formé, en quelque sorte, par les vice-ministres des Affaires maghrébines a étudié dans les détails les réformes à introduire dans la structure de l'ensemble des institutions de l'UMA. Ces réformes existent pour l'instant mais elles ne sont pas avalisées encore parce qu'elles ne peuvent l'être que par une réunion au sommet. Nous savons très bien où se trouvent les maux de l'UMA. Nous savons très bien quels sont les remèdes qu'il faut leur apporter. Nous ne pouvons pas les apporter tant que les chefs d'Etat n'ont pas donné leur aval à ces réformes. En attendant, nous fonctionnons avec les moyens dont nous disposons. Et les moyens dont nous disposons, ce sont des comités ministériels, des conseils ministériels sectoriels, des rapports entre les cinq pays et des accords qui permettent d'avancer. Or, tous ces accords et tous ces instruments se sont révélés absolument efficaces quand il s'agit, par exemple, de problèmes sanitaires, des problèmes du commerce des produits alimentaires, de l'eau, de la lutte contre la désertification, des routes, des télécommunications, mais ces instruments se sont révélés insuffisants quand il s'agit de prendre des décisions qui dépassent ce stade-là du terre-à-terre. C'est la raison pour laquelle les réformes qui ont été préparées veulent donner plus de pouvoir aux différents conseils ministériels de manière à ce que ces derniers quand ils se mettent d'accord puissent décider de les appliquer et qu'ils les appliquent exactement comme cela se passe en Europe dans l'Union européenne alors qu'actuellement, les conseils ministériels n'ont aucun pouvoir. Ils n'ont qu'un pouvoir de rapports. Et ça c'est le système qui a été institué par le traité de Marrakech de 1989. Ces conseils ministériels n'ont rien d'autre qu'un pouvoir de rapport. C'est-à-dire qu'une fois d'accord sur une chose, ils rédigent leur rapport qui est présenté aux instances supérieures de leurs Etats qui l'acceptent ou le refusent.
Vous avez donc du pain sur la planche pour concrétiser ces réformes.
Tout à fait, tout à fait. Comme je disais nous savons exactement de quoi souffre la mécanique de l'UMA et nous avons apporté les remèdes. Mais nous ne pouvons pas les appliquer tant que les chefs d'Etat ne nous ont pas autorisés à le faire. Donc nous travaillons avec les instruments dont nous disposons mais notre vœu est d'arriver au stade où comme dans l'Union européenne, le conseil des ministres prend la décision et sa décision intergouvernementale.
Vous avez parlé de moyens. Est-ce que tous les Etats membres honorent leurs engagements financiers ?
Non malheureusement mais c'est une question que nous essayons de résoudre par la négociation et les contacts permanents. Je ne peux pas ne pas souligner qu'il y a deux pays qui ont honoré en permanence la totalité de leurs engagements financiers. C'est le Maroc et la Tunisie. Les autres pays ont honoré leurs engagements il y a des années et pour d'autres années ils sont en retard mais pour l'ensemble des cinq pays, il y a un problème très précis qui s'est posé surtout depuis un an de manière très claire. C'est que tous nos budgets et tous nos traitements ont été libellés en dollar et avec la chute du billet vert depuis un an, cela en réalité s'est traduit par le fait une réduction de nos moyens financiers .Même si tous les pays paieraient les cotisations nos moyens financiers seraient réduits de 20 %. On est donc en marche arrière sur ce plan-là. C'est pourquoi j'ai parlé de moyens humains et financiers car si on engage des gens il faut bien les payer.
Ce n'est pas un secret de Polichinelle que la question du Sahara constitue la pierre d'achoppement sur la voie de l'édification du Grand Maghreb. On assiste ces derniers temps à un chassé-croisé diplomatique dans la région. Quelle est votre lecture?
Je ne peux pas. Je n'ai pas le droit d'avoir une lecture particulière pour la bonne raison que je ne peux exprimer que ce qui est une volonté commune des cinq pays. Or jusqu'à présent, le dossier du Sahara n'a pas fait l'objet d'une discussion au sein de l' UMA. Il a été maintenu hors de l'UMA soit au niveau bilatéral soit au niveau des Nations Unies et qu'à aucun moment, une structure officielle de l'UMA n'a pris le dossier en main pour déterminer une attitude. Le secrétaire général ne peut que traduire la volonté commune. Tant que cette volonté commune n'existe pas sur ce dossier, je n'ai pas le droit de me prononcer car, après tout, le secrétaire général est le prolongement de la volonté des cinq pays réunis. Il est évident, j l'espère, que cet handicap sera levé le plus vite possible pour faciliter un certain nombre de choses. Et je dois dire quelle que soit l'ampleur de cet handicap, je constate que les relations diplomatiques existent entre les cinq pays. Les relations humaines aussi.
Mais les frontières sont fermées ?
Il faut préciser les frontières terrestres parce que les liaisons aériennes entre le Maroc et l'Algérie existent, les liaisons financières et bancaires, les télécommunications. Bref, toutes les liaisons fonctionnent d'une manière régulière.
En parlant de liaison terrestre, qu'en est-il de l'autoroute transmaghrébine ?
Les autoroutes transmaghrébines ont été définies en commun accord entre les cinq ministres, la commission, le conseil sectoriel de l'infrastructure qui ont absolument défini la totalité des routes maghrébines qui sont en train d'être réalisées par chacun des pays en fonction des décisions qui ont été prises. Mais le secrétariat général de l'UMA est intervenu à plusieurs reprises auprès des instances financières pour le financement de certains tronçons et pour faciliter l'accès au financement. Donc, pour moi, le problème des routes n'est pas un handicap parce que tout le monde est d'accord. Telle route doit aboutir à tel endroit. Que cette route-là a telle et telle définition. L'exécution se fait par le pays intéressé. Ce dernier peut avoir besoin de soutien financier et dans ce cas-là nous intervenons auprès des différentes instances. Par exemple dans le cadre du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique) nous avons fait inscrire les routes transmaghrébines, la même chose avec la Banque africaine de développement. Dans nos contacts avec l'Union européenne, nous avons parlé des routes intermaghrébines mais le problème c'est que lorsqu'on parle de la structure de l'UMA, on oublie qu'à aucun moment cette structure n'a été envisagée comme un organe exécutif.
La structure de l'UMA n'intervient pas elle-même sur le terrain. Elle est une sorte de bureau de liaison et de courroie de transmission entre les cinq gouvernements. Par conséquent, en matière de routes maghrébines c'est dans le cadre des institutions de l'UMA qu'on se met d'accord mais l'exécution revient à chacun des pays. Et l'organe central intervient à ce niveau –là pour faciliter le contact.
Changeons de route. Comment voyez-vous l'évolution du processus démocratique dans les pays de l'UMA?
Vous savez que le processus démocratique est un objectif de travail qui fait partie de l'évolution de chaque pays en fonction de ce qui existe dans le pays. Nous avons constaté que, par exemple, en Tunisie, il y a eu une première tentative en 1970 qui a fait long feu puis il y a eu une deuxième tentative en 1980 qui a elle aussi plus ou moins capoté et puis on a repris les choses d'une autre manière à partir de 1987-1988 . Cela avance à un rythme qui correspond à l'évolution économique et sociale de la Tunisie. En Libye, ce pays tient pour des raisons idéologiques à ce qu'il appelle la démocratie de base, c'est-à-dire que les congrès populaires élisent les comités populaires qui eux assurent la gestion. Là-dessus on peut avoir une discussion interminable sur les options qui ont été faites.
En Algérie, c'est à partir d'octobre 1988 qu'il y a eu un changement total et le passage du parti unique au multipartisme avec une liberté de la presse qui est évidente et qui fonctionne.
Au Maroc, il n'y a jamais eu de parti unique. Il y a toujours eu un multipartisme et une pluralité politique qui se traduit par une pluralité de la presse. La Mauritanie fait aussi ses pas vers le pluralisme et elle est en voie de définir ses propres traits.
A travers ces cinq cas, vous ne trouvez pas deux cas identiques. C'est la meilleure preuve qu'il n'y a pas de formule magique. Il y a des situations propres à chacun des pays qui sont des situations à la fois sociologiques, économiques, sociales aussi, et culturelles.
Vous savez dans la Constitution fran-çaise, on parle des partis politiques et on dit ils concourent à l'expression de l'opinion publique, c'est-à-dire qu'ils sont un instrument qui participe à la cristallisation d'une opinion publique. Or quand vous vous trouvez dans un pays, cette opinion publique s'exprime de différentes manières. On ne peut pas trouver un modus vivendi standard pour que cette opinion publique s'exprime dans tous les pays du monde d'ailleurs. Si vous comparez la démocratie suisse à la démocratie américaine, vous n'avez absolument pas de point commun et personne ne peut se permettre de dire que l'une des deux est meilleure que l'autre. C'est aussi la dimension de la Suisse qui fait qu'il y a des pratiques qui sont possibles dans ce pays mais l'on voit mal comment les transposer dans un pays comme l'Amérique. Un jour le président Kadhafi a cité en exemple l'histoire du Botswana et il a dit que ce pays est habité pratiquement par une seule tribu. Et on vient dire au Botswana pour que vous soyez démocratiques, il faut avoir plusieurs partis. Il dit comment voulez-vous qu'il y ait plusieurs partis à l'intérieur d'une même tribu. C'est une situation tout à fait à part. Donc à ce niveau-là, la démocratie c'est quelque chose de très différent.
Vous venez d'évoquer l'aspect tribal en Afrique noire. Que pensez-vous de l'aspect régionaliste dans certains pays maghrébins ?
Ça veut dire quoi ?
Pour être clair, quand on prend le cas de la Tunisie et qu'on regarde les membres du gouvernement du temps de Bourguiba, à un moment donné pratiquement 90 % venaient de Monastir, sa ville natale et de sa région.
D'abord ce n'était pas vrai du temps de Bourguiba. Il y a des gens de toutes les régions. Et maintenant du temps de Ben Ali c'est encore mieux. Il n'y a pas une région de Tunisie qui n'est pas représentée à un niveau ou un autre parce qu'après tout le gouvernement, ce n'est pas un ensemble de députés. Mais l'essentiel, c'est qu' aucune région ne se sente ostracisée.
Pour le reste, il y a des circuits. Vous savez les circuits d'accès aux responsabilités, il existe dans chaque pays des circuits spécifiques. Pendant trop longtemps par exemple, la France n'a vécu sur la base que pour accéder au pouvoir, il faut passer par l'Ecole nationale d'administration (ENA). Et cette dernière vous mène soit au Conseil d'Etat, soit à l'inspection des finances, soit à la Cour des comptes et à partir de là vous pouvez accéder aux cabinets ministériels, à la députation. Tel est le circuit. En Tunisie par exemple, pendant très longtemps, le circuit a été le parti où l'on se fait valoir, ce qui permet d'accéder à autre chose. Mais aujourd'hui, il n'y a pas que le parti, il y a les syndicats, l'université et les centres de technologie évidemment en fonction de ce qui existe comme problèmes et comme solution possible. Si on veut porter un jugement sur un régime politique, à mon avis et je parle en tant qu'homme d'expérience, il faut regarder quels sont les circuits d'accès aux responsabilités, par où passent les gens qui deviennent après dirigeants parce qu'il n'y a pas que le dirigeant politique, il y a aussi le dirigeant économique. Il y a ceux qui gèrent les banques. D'autres sont à la tête de grandes entreprises. Le président de l'Office chérifien des phosphates, par exemple, était aussi important qu'un ministre.
Les dirigeants, la direction d'un pays, les clefs par lesquelles on dirige un pays sont entre les mains de qui ? Et quand on regarde ces personnes qui détiennent les clefs et qu' on voit le circuit par lequel elles sont passées, c'est là où on découvre quel est le fonctionnement véritable d'une société. Et là on peut porter des jugements. C'est la raison pour laquelle je disais tout à l'heure qu'il n'y a pas de modèle standard. On ne peut pas l'affirmer.
Prenez le cas de la Tunisie puisque vous avez parlé de la Tunisie, je me sens plus à l'aise pour en parler. Le parti tunisien le RCD actuellement (Rassemblement constitutionnel démocratique) a 2.300.000 membres payant leurs cotisations et ayant leurs cartes. Il est évident que quand il y a une élection, si chaque membre du parti amène un seul électeur, vous avez immédiatement cinq millions de votants pour la liste du parti. C'est une situation qui est tout à fait particuliére. Donc vous ne pouvez pas calquer.
En tant qu'homme politique. Que pensez-vous du projet Bush pour le Grand Moyen-Orient surtout que les peuples arabes n'ont pas attendu le locataire de la Maison-Blanche pour réclamer des réformes et des changements ? Que vous inspire cette attitude américaine ?
Elle m'inspire et là je parle très franchement en tant que citoyen maghrébin et je le dis de la manière la plus brutale, elle ne m'inspire que de la méfiance parce que je ne vois absolument pas de quel droit et au nom de quelle morale, au nom de quelle éthique, au nom de quelle esthétique, au nom de quelle idéologie politique M. Bush ou M. X vient dire voilà ce qu'il faut faire dans telle région du monde. S'agissant de notre région, c'est mon droit de dire que c'est inacceptable. Quel que soit le contenu. C'est le fait même de dire voilà ce qu'il faut faire. Ce n'est pas le contenu. Si on est dans un séminaire d'intellectuels, le contenu, on peut en discuter mais le problème n'est pas là. Le problème est que quelqu'un se permet de dire voilà ce qu'il faut faire dans tel ou tel pays. Moi aussi je peux dire à Bush ce qu'il faut faire en Amérique . Quand vous avez un pays comme l'Amérique qui est capable d'intervenir dans n'importe quelle région dans le monde et quand vous faites une investigation à l'intérieur de ce pays, vous ne trouvez pas 10 % de la population qui s'intéressent à la vie mondiale . Ils feraient bien de commencer par l'éducation de leur propre opinion publique que plutôt de venir donner des leçons un peu partout. Cela dit, le contenu en lui-même peut être discuté dans des séminaires et des conférences contradictoires mais n'en faisons pas un projet politique qui se discute entre gouvernements. C'est le principe que je récuse.


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