La logistique s'impose comme l'un des principaux déterminants de la compétitivité économique. Longtemps perçue comme une fonction d'appui, elle se révèle aujourd'hui en tant que levier structurant, au croisement du commerce extérieur, de l'organisation des territoires et de la performance des entreprises. Au Maroc, cette mutation s'inscrit dans une trajectoire de long terme, marquée par des investissements massifs dans les infrastructures, la montée en puissance des grands ports et l'émergence d'une vision plus intégrée des flux de marchandises. À la tête de l'Agence marocaine de développement de la logistique, Ghassane El Machrafi, invité du grand entretien de «L'Invité des ECO», propose une lecture structurée des transformations et des mutations profondes qui redessinent l'écosystème logistique national. Le foncier demeure-t-il aujourd'hui un frein au développement du secteur logistique ? De mon point de vue, cette contrainte ne constitue plus un obstacle structurant. L'AMDL bénéficie d'un accompagnement étroit de plusieurs partenaires publics, en particulier l'autorité locale, dont l'implication s'est révélée déterminante dans la mobilisation des assiettes foncières. Quelques mois après mon arrivée, nous avons validé un programme ambitieux. Aujourd'hui, plus de 80% de ce programme est sécurisé sur le plan foncier. Cette avancée modifie sensiblement la nature des défis auxquels nous faisons face. L'enjeu principal réside désormais dans la mise en œuvre opérationnelle. Il s'inscrit dans un contexte national marqué par une forte dynamique d'investissement et de chantiers structurants. Cette intensité peut rendre la mobilisation des entreprises plus complexe, mais nous avançons avec des opérateurs de qualité, capables de répondre aux exigences spécifiques de ce type d'infrastructures. Les aménagements que nous développons se distinguent d'ailleurs nettement des modèles de lotissements plus classiques. La taille des lots, notamment, induit des logiques d'aménagement, de viabilisation et de commercialisation profondément différentes. La question du prix du foncier mérite également d'être replacée dans une lecture économique plus large. Le prix du foncier devient problématique essentiellement lorsqu'il est soumis à des dynamiques spéculatives. En dehors de ces situations, il ne constitue pas, en soi, un frein structurel. Notre démarche consiste précisément à proposer une offre foncière alignée sur les prix de marché, mais dans le cadre d'un marché sain, déconnecté des phénomènes spéculatifs. Cette approche repose sur une logique de «cost plus», garantissant à la fois la viabilité économique des projets et la capacité de réinvestissement. Dans cette perspective, le rôle de l'Etat ne consiste pas à intervenir par des mécanismes de subvention susceptibles de générer de nouvelles distorsions, mais à réguler par l'injection d'une offre structurée et transparente. Il est en effet essentiel d'éviter les déséquilibres concurrentiels. Certains opérateurs ont engagé des investissements fonciers significatifs il y a une dizaine d'années, souvent à des niveaux de prix élevés. La logistique étant une industrie particulièrement sensible aux coûts, proposer demain un foncier à des conditions radicalement différentes sur un même marché pourrait générer des phénomènes d'éviction économiquement regrettables. Notre approche vise ainsi à consolider une dynamique de marché équilibrée, fondée sur des mécanismes sains et soutenables pour l'ensemble des acteurs.