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15 questions pour comprendre
Publié dans La Gazette du Maroc le 26 - 07 - 2004


Interview
L'opération du recensement général de la population et de l'habitat est sur toutes les lèvres. Prévue pour ce 1er septembre 2004, elle devra se terminer dans les 20 jours qui suivent, soit le 20 du même mois. À J-2 du lancement de cette opération, La Gazette du Maroc a tenté de comprendre le pourquoi de cette opération en interviewant Ahmed Lahlimi Alami, le Haut commissaire au plan chargé par le Souverain pour cette mission de grande envergure.
La Gazette du Maroc : Pourquoi le recensement ? Et pourquoi aujourd'hui ?
Ahmed Lahlimi Alami : Tous les pays du monde organisent régulièrement des recensements. Le dernier recensement réalisé au Maroc remonte à 1994. Entre-temps, notre pays a profondément changé.
L'actualisation des données démographiques, socio-économiques et culturelles est devenue impérative pour que le pays planifie son développement économique et social sur des bases fiables.
Sur le terrain, comment se déroulera l'opération du recensement ? Et quelle est la population cible ?
Chaque agent recenseur aura un programme de travail journalier à suivre. Il devra se présenter aux ménages en présentant sa carte d'agent recenseur, remplir les différents documents en respectant les instructions à la lettre, soumettre les problèmes rencontrés à son contrôleur. Quant à la population cible, c'est celle se trouvant à la date de référence du recensement, sur le territoire national et que l'on peut répartir en trois catégories : la population faisant partie des ménages ordinaires, la population résidant dans les établissements de populations comptées à part, et enfin, la population de passage dans les hôtels et assimilés.
Combien de temps vous faudra-t-il pour annoncer les résultats ?
À mon avis, je pense qu'il faut attendre l'automne 2005. Le temps d'analyser toutes les données ainsi que les chiffres collectés par les agents chargés du recensement.
Lors de votre récente intervention télévisée, vous avez brièvement parlé du cadre légal qui réglemente cette opération de grande envergure. Pouvez-vous nous en parler davantage ?
En effet, la loi du 16 juin 1971 constitue la référence légale de base du recensement. Celle-ci est claire et impose des obligations de part et d'autre aux agents et aux ménages interrogés. D'une part, la loi exige que “quiconque refusera de se soumettre aux formalités ou fera sciemment de fausses déclarations aux agents chargés du recensement sera puni conformément à l'article 609 (alinéa 11) du code pénal”.
D'autre part, la loi soumet toute personne qui participe à un titre quelconque, à l'exécution ou à l'exploitation du recensement sera astreinte au secret professionnel sous peine des sanctions pénales prévues en la matière.
Justement, quelles sont les garanties qui sont à même de traduire les données ainsi que les chiffres réels de la population et de l'habitat du pays ?
Grâce à un système d'information géographique, nous avons divisé le territoire en 37 000 districts pour cerner de près la population résidant au Maroc. En outre, les agents du recensement ont reçu une formation adéquate. Les 30 et 31 août, munis des cartes de leur district, ils iront en reconnaître les contours avant de commencer le 1er septembre à interviewer chacun des ménages qui y réside. Les citoyens, de leur côté, ont été suffisamment sensibilisés à l'importance qui s'attache à l'exactitude de leurs déclarations. Du reste, de par la loi, sous peine de sanctions pénales à tout manquement, les recenseurs sont tenus au strict secret professionnel et les citoyens ont l'obligation de répondre sans fausses déclarations aux questions qui leur sont posées.
Quels sont les moyens ainsi que le budget que le Haut commissariat au Plan a mobilisé pour réussir cette opération ?
Un encadrement adéquat, une soixantaine de milliers d'agents de recensement de différentes catégories, 19 000 auxiliaires relevant de l'administration territoriale seront mobilisés. En outre, plus de 5 000 véhicules seront mis à leur disposition pour qu'ils puissent accomplir leur travail convenablement. Quant à l'enveloppe budgétaire allouée au recensement, elle est de 428 millions dh.
Aux yeux des Marocains, les recensements précédents n'ont jamais, ou presque, été crédibles. En quoi celui de 2004 le sera ?
Tous les recensements au Maroc ont été réalisés sur des bases scientifiques correctes. Le scepticisme qui a pu prévaloir au sujet des résultats de tel ou tel recensement procède beaucoup plus de l'appréciation du contexte politique global d'alors. Aujourd'hui, ce contexte a fondamentalement changé. Les campagnes de communication et la transparence dans la gestion de cette opération éviteront sûrement que la rigueur scientifique qui continue à être respectée ne soit occultée par d'autres considérations.
Comment s'est déroulée l'opération du recrutement des agents chargés du recensement ? La participation a été volontaire ou imposée au corps des enseignants ?
Le recrutement des agents du recensement a été opéré sur la base d'un appel à candidatures. L'offre a représenté presque le double des besoins. La sélection s'est faite sur la base de critères adaptés à chacun des niveaux d'encadrement requis : superviseurs, contrôleurs, recenseurs.
Ou en êtes-vous aujourd'hui avec les préparatifs pour le bon déroulement de cette opération ?
Je tiens des réunions quasi-quotidiennes avec l'ensemble des directions impliquées dans cette opération et d'autres partenaires encore. Nous faisons constamment le point sur l'état d'avancement de nos travaux. Je peux vous dire que tout est fin prêt.
Vous avez rencontré des problèmes avec le personnel chargé du recensement dans plusieurs villes. De quoi s'agissait-il ? Et est-ce que vous avez réussi à les résoudre ?
Comme vous le savez, l'organisation sur le terrain du recensement est supervisée par les autorités territoriales relevant des provinces. Sur 238 centres de formation, quelque 10 % ont connu des perturbations dues aux conditions locales d'infrastructures et de services ou à des revendications concernant le niveau ou les modalités de leur indemnisation. Ces perturbations ont pu être finalement réglées grâce au haut niveau de conscience des uns et des autres, dans les meilleures conditions possibles.
Concrètement, quel est l'impact réel du recensement sur les politiques du pays ?
Les résultats du recensement qui seront fournis aux niveaux national, régional et local permettront aux responsables politiques, administratifs et aux élus, comme aux citoyens, à tous ces échelons, de mieux concevoir les objectifs de développement, les moyens d'y parvenir et les conditions d'une participation et d'un contrôle plus rigoureux de la part des citoyens.
Quels sont les instruments d'analyse que ce recensement pourra donner aux décideurs socio-économiques ?
Le recensement de 2004 donnera la situation de la population légale du Maroc. Il fournira, en outre, des informations précises aux niveaux géographiques les plus fins sur les données et comportements démographiques des Marocains, leur niveau d'instruction et de formation, leurs activités économiques, leurs conditions de vie et d'habitat, leur accès aux services sociaux de base (eau, électricité, assainissement...) et d'une façon générale, sur tous les aspects qui relèvent du développement humain. Par ailleurs, le recensement permettra, pour les années à venir, de disposer d'un échantillon maître, pour réaliser les enquêtes et études dont le pays aura besoin pour mieux cibler les politiques nationales, la mise à niveau des entreprises, l'activité de la société civile, etc.
Le plan quinquennal 2000-2004 arrive à échéance. Ce recensement va-t-il tenir compte de cette donne ?
Ce sont plutôt les plans à venir qui doivent tenir compte des résultats du recensement de 2004. C'est, là même, une de leurs raisons d'être.


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