Tissu royal, mémoire vivante et matière première des créateurs béninois d'aujourd'hui, le Kanvô est en train de reconquérir les podiums. Le Kanvô, pagne tissé composé de lin, de chanvre et de coton, était l'étoffe des rois d'Abomey. Au XVIIIe siècle, le roi Agonglo fit venir du pays Yoruba un maître tisserand dont le génie l'avait fasciné. Ce tissu ne se portait pas, il se méritait : seuls les souverains et leurs dignitaires pouvaient l'arborer. Chaque motif, chaque combinaison de fils racontait un rang, une lignée, un pouvoir. Aujourd'hui, le Kanvô vit sa renaissance, portée par une génération de créateurs qui refusent de séparer esthétique et identité. Faridatou Modukpè Yekini, fondatrice de la marque Mod'ukpè, explique : « Ce n'est pas un pagne ordinaire, c'est d'abord un pagne de prestige, un pagne noble. » Appelé aussi "Tako" dans le nord du pays, en langue Baatonu, le Kanvô est le seul textile entièrement fabriqué sur le sol béninois depuis des siècles. Là où le Ghana a son Kenté, le Nigeria son Aso Okè, le Mali son Bogolan, le Bénin a son Kanvô. Lourd, noble, souverain dans ses versions les plus riches, il était longtemps cantonné aux cérémonies. Trop formel, trop épais, il restait marginal dans la mode contemporaine. Les stylistes ont changé la donne. Des noms comme Lolo Andoche, Edi Sessi, Mod'ukpè ou Funkè Fashion House le réinventent. Des robes de cocktail aux vestes structurées, des accessoires aux bijoux textiles, le Kanvô s'allège, se fluidifie, se modernise. Il habille désormais les bureaux, les mariages, les soirées et les podiums. Charlemagne Amoussou, créateur chez Lolo Andoche, souligne : « Le Kanvô incarne la richesse et l'identité béninoise. » En 2017, le gouvernement béninois a officialisé cette ambition en créant le Label Kanvô, une certification destinée à valoriser et protéger le tissu, de la main du tisserand au consommateur. L'initiative vise à transformer le pagne tissé en produit économique à part entière, capable de générer des emplois et de rayonner à l'international. Des maires ont suivi, imposant le port de tenues traditionnelles certains jours de la semaine dans leurs communes. Des défilés lui sont dédiés, et des plateformes digitales le vendent désormais à l'international. Le Kanvô avance ainsi avec son récit, entre tradition et modernité, affirmant sa place dans l'univers de la mode contemporaine et dans l'identité culturelle béninoise, rapporte Elle Afrique Francophone.